La Croisière (1)

Il faut.

Que je me retourne.

Ne pas rester sur le dos.

Surtout pas sur le dos.

Ça va revenir. Je sens que ça va revenir. La bulle au fond de mon ventre, je la sens qui remonte.

Utiliser mes épaules. Faire pivoter mon torse autour de l’axe de mes épaules. Avec un peu de chance, en calculant bien mon élan, je m’arrêterai à mi-chemin, en équilibre sur mon coude plié. En équilibre. Sur le côté.

Mon Dieu ou quelqu’un d’autre, il va falloir m’aider. Maintenant. Je sens au fond de la gorge le sirop du flan caramel. Dessous, le beurre maître d’hôtel. Une grosse boule de frites. Les frites. C’est trop bête. Les frites vont m’étouffer.

Il faut que je me retourne. Tout de suite. Maintenant.

Allez! Un. Deux. Trois!

Sur le tapis vert brun gris, la masse sombre a bougé. Le corps inerte s’est animé, au ralenti. Ce corps gorgé a basculé pour venir s’échouer sur le côté. Immobile. Attendant la vague, le spasme qui remonte lentement le long de son ventre jusqu’au fond de sa gorge qui résiste, par réflexe, et le corps se tord de douleur.

Laisse aller. Laisse aller, Pierre.

Alors il vomit à longs traits luisants, à grand jets vert-de-gris sur les motifs du tapis vert brun gris.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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