Scène 3 (cont.1)

Patrizia : Et puis, je ne suis pas venue ici pour discuter de la pertinence de mes études.
Docteur Heini : La pertinence de vos études… Au moins, on vous apprend à parler, dans votre faculté. Un bon point.
Patrizia : Merci. Je collerai la pastille jaune dans mon carnet journalier.
Docteur Heini : Ou dans votre carnet de chômage. Mais vous avez raison, nous ne sommes pas là pour discuter de la vacuité des sciences sociales ou politiques. Nous avons eu plus de quatre cents candidates pour cette expérience. Aujourd’hui, il n’en reste plus que trois. J’ai recommandé votre candidature pour différentes raisons : groupe sanguin, bien sûr, ADN et surtout votre code HLA qui est étonnamment proche de celui de ma cliente.
Patrizia : Les sciences du vivant aiment bien les acronymes abscons.
Docteur Heini : C’est ADN qui vous pose un problème ?
Patrizia : Petit rigolo.
Docteur Heini : Ce n’était pas de l’humour, juste une question. J’essaie de mesurer la profondeur de votre ignorance.
Patrizia : Donc, mon code HLA…
Docteur Heini : Votre code HLA. Je vais simplifier. Dans le cas d’un don d’organes, l’analyse de ce code permet de s’assurer que les tissus du donneur sont bien compatibles avec ceux du receveur.
Patrizia : Vous voulez que je donne un rein, c’est ça ?
Docteur Heini : Mais qui vous a parlé d’un rein ?
Madame H. : Mademoiselle, je vous ai déjà dit qu’il ne s’agit en aucune façon d’un don d’organes.
Patrizia : Alors, vous faites des analyses juste comme ça, pour le fun ?
Docteur Heini : Pour le « fun »
Patrizia : Pour vous amuser…
Docteur Heini : Vous avez oublié de mentionner vos talents de traductrice dans votre CV.
Patrizia : Je parle plusieurs langues mais certainement pas la vôtre.
Docteur Heini : Vous allez peut-être comprendre ceci.
Il tend un papier.
À partir de ce moment, tout ce je vais vous dire restera strictement confidentiel.
Ceci est un non-disclosure agreement, un accord de non-divulgation en somme. Vous voyez : moi aussi je parle plusieurs langues.
Patrizia : Et qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ?
Docteur Heini : Vous le signez. C’est tout.
Patrizia : Je pourrais peut-être le lire aussi ?
Docteur Heini : Vous pourriez.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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