Scène 5 (cont.1)

Madame H. : Et pourtant votre poitrine n’a pas changé.
Patrizia : C’est vrai. J’ai toujours deux seins.
Madame H. : Les seins grossissent, vous ne saviez pas ?
Patrizia : Regarde sa poitrine.
Madame H : Vous faites partie de cette nouvelle génération de femmes qui ont des seins plus gros. Il paraît que c’est une question d’hormones.
Patrizia : Des hormones…
Madame H. : Oui, les hormones qu’on donne aux animaux pour qu’ils grossissent plus vite. Et aussi, toutes les autres substances chimiques que les seins retiennent, un peu comme des éponges, vous voyez ?
Patrizia : Je ne vois pas non.
Madame H. : Mais si ! Des colorants. Des additifs. À tous les repas dès le berceau. Je dois avouer que le résultat est plutôt réussi, de profil, avec un bon soutien-gorge. Seulement, on ne sait pas ce que ça va donner quand vous aurez cinquante ans.
Patrizia : Quand j’aurai cinquante ans, il y aura une machine à regonfler les seins.
Madame H. : Et à retendre la peau du visage.
Patrizia : Vous avez fait les deux, non ?
Madame H. : L’augmentation mammaire, c’était après.
Patrizia : Après le lifting ?
Madame H. : Non, après la photo de mon mari.
Patrizia : Donc, vous êtes mariée.
Madame H. : Depuis 27 ans.
Patrizia : Et vous avez des enfants ?
Madame H. : Mon mariage a 27 ans.
Patrizia : Joyeux anniversaire.
Madame H. : C’était l’année dernière.
Patrizia : Et sûrement l’année prochaine.
Madame H. : En novembre. J’étais à Paris et lui… Lui, il devait être à Hong Kong.
Patrizia : C’est pratique pour le diner aux chandelles.
Madame H. : C’est le début de l’été sur l’Île Maurice.
Patrizia : Vous vous êtes retrouvés à mi-chemin.
Madame H. : Je dois reconnaître qu’il avait fait un très bon choix. Côte ouest. Pas trop de vent et pas trop chaud. Et aussi, une bonne idée, le choix de la villa. 600 mètres carrés avec piscine et plage privative. Un peu cher, mais forcément plus discret qu’une suite. J’adore me baigner très tôt le matin, juste après le lever du soleil. L’eau et l’air ont exactement la même température. Il faut fermer les yeux et s’enfoncer doucement dans la mer. Fermer les yeux. Laisser l’eau monter et se laisser couler doucement, sur le dos. On ne sait plus si on flotte ou si on vole.
Patrizia : Ça fait envie d’essayer.
Madame H. : La photo était floue. Il avait l’air heureux.
Patrizia : Et vous pas ?
Madame H. : Il était avec une jeune femme blonde.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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