La fin du contre-jour

Le soir tombe orange et bleu.

À contre-jour les montagnes, le cèdre du Liban frangipane et les aiguilles de pin, leur parfum vert, bronzé, brûlé, leur parfum qui crépite fugace et entêtant, ses étincelles qui s’allument au contact de l’essence du soir, le soir marée noire s’étend, s’étale, d’est en ouest, liquide et soyeux.
La nuit se lève lentement et la terre enfin, repassée de noir, la terre se détend, se déploie, respire de tous ses poumons, de tous ses pores, s’étire jusqu’au bout de ses longs doigts, les jambes toujours prises dans la résille des routes qui scintillent, mais le long de la trace horizontale découpée dans le ventre saillant de la montagne, la ligne continue des phares se barre de longs intervalles dépourvus de toute électricité.
La ville se tait, engluée dans la nappe de chaleur qui remonte de l’asphalte et des murs blancs que le jour à chauffés, la ville se tait, elle écoute le pas étouffé d’un chat aérien qui marche en apesanteur, les ultrasons stridents et courts des chauves-souris, leur vol tranchant, leur trajectoire remplie de cassures et de droites brisées.

Le contre-jour s’éteint.

Il reste au fond du ciel une dernière ligne claire, diffuse et phosphorescente, l’illusion éphémère de l’éternité d’un jour d’été.

IMG_3098.jpg

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s