La véritable histoire de l’automne (41)

Ève s’avance en direction de l’arbre, se baisse, s’assied, le dos contre son tronc. Au-dessus d’elle, le serpent glisse sans bruit, coule vers la plus haute branche où il s’allonge, dénoue ses anneaux pour mieux les exposer au soleil sucré de ce juin qui ne sera jamais juillet.
– Viens t’asseoir ici.
– Pas question, c’est interdit.
– Viens t’asseoir Adam. Tu ne risques rien si tu t’appuies sur moi.
– C’est interdit.
– Je sais. Tu l’as déjà dit. Mais tu peux t’étendre à l’ombre de cet arbre. Son ombre est fraîche, elle est douce, elle prendra soin de ton petit serpent.
– Ça aussi, c’est interdit.
– Ah bon ! Maintenant Dieu a interdit le vent.
– Dieu a dit : « Jamais sans protection. »
– Viens ici Adam, maintenant. Mes mains vont s’occuper de ton petit serpent.

Adam s’approche en maugréant. Il s’allonge sur le dos. Ève se penche sur lui et la magie opère à nouveau : le serpent se redresse, se tend, vertical et frémissant. Adam a fermé les yeux, le pouls coincé dans le tracé dur de deux veines jugulaires. Il se raidit. Il se tend. Tous ses muscles se figent. Sa poitrine se soulève et se bloque. Il va, il va, il va, et d’un seul coup elle est entrée en lui qui se détend, prodigieusement.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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