La véritable origine de l’automne (48)

– Ça fait du bien. Ça calme.
– Je suis désolée.
– C’était… C’était bien ?
– J’ai retrouvé la mer.
– La mer ?
– J’ai flotté longtemps dans la lumière, juste au-dessus de l’eau. À un moment, le monde s’est retourné. Le ciel en bas. La mer en haut. J’ai perdu pied et je suis tombée en nageant dans le ciel.
– Tombée ? Dans le ciel ?
– L’air était doux et ensuite… Ensuite, je ne me souviens plus. Je me suis disloquée.
– C’était bien alors ?
– Mieux que ça, Adam, c’était ailleurs. Hors de ce monde.

Adam regarde ses mains pour la première fois.
Deux paumes et dix doigts articulés, agiles, habiles. Un index tendu qu’il replie dans le creux de son poing et qu’il redéploie, une phalange après l’autre, lentement, à la recherche d’un signe, d’un indice, d’un détail infime qui lui aurait échappé. Il ne voit rien. Rien qu’une surface de peau plissée. Il ne voit rien. Il n’y a rien à voir.  
– Moi aussi, je suis parti. Je suis parti très loin d’ici.
– On a fait le même voyage.
– Je n’ai pas vu la mer.
– Tu as vu d’autres paysages.
– Un éclair. Rouge. Après, le ciel s’est cassé.
– On pourra recommencer.
– Je voudrais bien, oui.
– SURTOUT SI VOUS VOULEZ FAIRE DES BÉBÉS ?

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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