Discours de Bill Gates à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du 46ème Forum Économique de Davos

Mes chers amis,

Autant vous le dire tout de suite, j’ai peur.

Il y a une année, nous étions encore 62.
62 nantis avec autant de pognon que 3 milliards et demi de pauvres. Les plus pauvres, ceux qui grattent la surface de la terre à la recherche de racines comestibles alors que l’indice Big Mac atteint à peine 4 dollars 80 aux États-Unis.
Une année plus tard, nous ne sommes plus que 8, mes potes et moi, plus que 8 à avoir autant de fric qu’une moitié de l’humanité. Pour être honnête, il faut dire que 2016 a été vraiment dramatique pour les miséreux.

Alors, réfléchissez un peu mes amis. Imaginez que 3 milliards et demi de nécessiteux soient à même d’effectuer une simple division (malgré tous mes efforts pour les priver d’éducation, voir mon discours de 2015) et qu’ils découvrent que le rapport de force en leur faveur se situe à environ 437 millions 500 mille contre moi. Que croyez-vous qu’il va se passer dans la tête de ces frustes esprits ?
Je vais vous le dire, moi, ce qui va se passer. Un beau matin, cette horde de sauvages en haillons va débarquer chez moi. Ils voudront manger à ma table et boire mon vin. Leurs corps sales se glisseront dans mes salles de bain. Leurs pieds écorchés convoiteront le cuir souple de mes chaussures et mes lotions hydratantes aiguilleront la concupiscence de leurs mains décharnées.

Ils se coucheront sur mes lits.
Ils conduiront mes voitures.
Ils fouleront mes pelouses.
Ils ne voudront plus porter que le parfum de mes roses.
Et surtout, surtout, ils seront beaucoup.

Alors, mes amis, que faire en attendant le jour inéluctable où ces hordes païennes viendront mugir jusque dans mes salons ? J’ai longuement réfléchi à la question. Et j’ai trouvé la solution ! Pour que les sauvages restent chez eux, il suffit de les empêcher de partir. Comment ? En les immobilisant. Le moyen ? Le gras ! L’excès de graisse, tout simplement.

Voici mon plan pour engraisser rapidement les couches les plus défavorisées de la population.

Tout d’abord, nous allons les gaver. Gratuitement. J’ai déjà un accord de principe des principales chaînes de restauration rapide étasuniennes. Elles pourront ainsi recycler leurs produits périmés et leurs huiles frelatées. Un peu sur le modèle de l’essence, vous voyez ? L’essence qualité africaine, vous savez, ce carburant toxique qu’on vent avec succès aux pays du tiers-monde. Eh bien, nous ferons pareil pour les hamburgers gratuits qui seront distribués à ces nécessiteux : aux ingrédients habituels, nous ajouterons un cocktail de produits chimiques qui favoriseront le développement rapide de leur masse graisseuse. Nous modifierons également la composition des sodas en ajoutant du sucre au sucre pour que la charge calorique soit en mesure de répondre à nos attentes en matière d’obésité.
Ensuite, et pour prévenir leur besoin naturel de bouger, ce sera ordinateur gratuit pour tout le monde avec accès Internet illimité. Enfin, quand je dis illimité, nous leur donnerons essentiellement du divertissement, des séries, vous voyez ?  Des séries et de la télé-réalité. Ces gens-là n’ont pas besoin d’être informés, encore moins d’être éduqués. (Revoir mon discours de l’année dernière.) Non. Ils ont juste besoin d’être assis. Assis derrière leur écran avec un plateau-repas toujours bien rempli. Quelque mois suffiront pour transformer ces corps faméliques en corps gras. En corps obèses. Et après, bonne chance pour l’invasion… Les chers barbares ! Je les vois d’ici essayer de faire trois pas avant marcher sur leur ventre. Ils pourraient bien être quatre milliards, ou cinq ou six, le temps que ils prennent les armes elles seront déjà rouillées.

Donc, mes amis, voilà le plan que nous avons préparé, moi et mes 7 compagnons de très grande fortune. Et n’oubliez pas qu’en nous protégeant, nous vous protégeons également, vous et vos tout petits millions. C’est ce que j’appellerai une opération gagnant – gagnant.

En parlant de gagnant, laissez-moi terminer avec une information qui pourrait vous intéresser. Si j’étais vous, j’investirai quelque argent dans Mc Donald’s ou Burger King. Ces deux sociétés seront les partenaires principaux de notre action intitulée « Un Hamburger Pour Tous ».  Nous n’allons toutefois pas investir notre argent dans une entreprise purement  philanthropique. Non. Faut pas rigoler. Ce sont les états qui seront sollicités. Les états. Les organisations internationales. Les organisations non-gouvernementales. Et les dons bien sûr, les dons. Grâce aux collectes que nous organiserons. Cet extraordinaire mouvement de solidarité permettra de financer tous les coûts liés à cette opération et fera grimper la valeur du steak haché jusqu’à des sommets encore inconnus aujourd’hui.

Alors, chers amis, je vous laisse dès maintenant vous pencher sur votre portefeuille d’actions pour que cette petite affaire se fasse au profit de tous. Vous voyez, nous sommes tellement trop riches, nous ne sommes plus que 8, mais nous aimons tellement trop partager.

Applaudissements, hourras, larmes de joie et délire bruyant dans la salle.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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