Incipit

Le Rhône.
Le Rhône, vous voyez ? 
Ce long fleuve intranquille au chemin compliqué.
 
Le Rhône, ruisseau sorti du ventre d’un glacier qui fond plus vite que sa vraie fausse grotte instagrammable et recouverte de bâches pour que les touristes puissent s’offrir l’illusion de pénétrer au coeur de la bête. De ce Disneyland réfrigéré et perdu au milieu d’un océan de pierre, on pourrait tirer un tas de conclusions hâtives sur ce monde en pleine déconfiture, mais on est là pour parler géographie et pas de l’extension du territoire de notre connerie.

Donc, au début un torrent glacé qui s’enfonce dans la vallée, traverse les premiers villages aux noms rugueux, Obergoms, Obergesteln, Ritzingen… Peuplés, mais si peu, d’habitants aux dialectes rauques et aussi indéchiffrables que la Pierre de Rosette pour qui n’est pas Champollion. 

Arrive le moment où une rivière perpendiculaire nommée Raspille vient grossir le débit de sa grande soeur en flots. Ce gué franchi, l’automobiliste moderne se retrouve à son aise : les panneaux indicateurs, les pompistes, le personnel du Mac Drive, tout le monde parle Français à l’exception de quelques vallées reculées où les patoisants patoisent encore. Pourtant, dès 1900 les autorités du pays en interdisent l’usage dans le cadre scolaire, espérant forcer ainsi le passage de la traite de la vache indigène à celle du touriste étranger.

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Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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