Vous n’en avez pas marre d’être transformés en zombies ?
Regardez autour de vous, dans la rue, le train, le métro, au restaurant, sur les bancs publics, une dalle de silice fondu collée au coin de l’oreille ou dans le creux de sa main, une plaque de verre qui efface tous les contours du monde que nous traversons sans plus rien voir, plus rien sentir, plus rien entendre sauf ces pneus qui hurlent à la mort sur le bitume brûlant. Le coeur battant on relève la tête, on découvre un pare-chocs à quelques centimètres de soi, un pare-brise un peu plus loin et derrière, un conducteur blême et tremblant, on se demande bien pourquoi. Pourquoi tous ces cris ? On ne comprend pas où est le problème, qui se situe en fait sur le petit pictogramme en forme de piéton allumé en rouge sur le feu lumineux, de l’autre côté de la route, ah bon, on n’avait pas vu. On avait rien vu.
On ne voit plus rien.
Alors quoi, c’est quoi la suite ? On nous plante des lunettes aveugles sur le nez avec une webcam incorporée pour voir dehors en 3D ? Et un implant dans la tête avec Chat GPT incorporé, un micro dans la gorge avec un chatbot pour parler ?
Et ensuite ?
Est-ce qu’on a voulu tout ça ?
Est-ce qu’on a besoin de tout ça ?
Est-ce qu’on est pas simplement les jouets d’une petite troupe de patriarches bouffis, une poignée de mecs qui ont un peu trop forcé sur les injections de Botox et de testostérone, qui se voient demain aux portes de Mars et de l’immortalité ? Est-ce qu’on va continuer à les suivre encore et toujours, devenir nous aussi moitié humains, moitié robots et cent pour cent décérébrés ?
Si on s’arrête là, est-ce bien grave ? Après tout on a déjà de quoi s’occuper pendant des millions d’années, alors, à quoi bon télécharger un avatar téléguidé pour passer l’aspirateur ?
De toute façon, on aura jamais assez de satellites, quand on aura mis tous ces cons sur orbite.
« Je pense que quand on mettra les cons sur orbite, t’as pas fini de tourner »
Jean Gabin, Le Pacha, dialogues de Michel Audiard