Scène 6 (Cont.9)

Madame H. : C’est dommage. C’est un jeu qui peut durer des heures et qui peut même s’arrêter là.
Patrizia : Génial : on danse, on se touche un peu et après chacun rentre chez soi.
Madame H. : On rentre toujours seule, c’est vrai, mais peut-être qu’avant, il s’est agenouillé.
Patrizia : Comme ça ! D’un coup ! Au milieu de la piste de danse !
Madame H. : Bien sûr que non. Quelque part dans le noir. Vous debout et lui à genoux. Ses mains sur vos fesses et sa langue qui fait son chemin. Deux corps verticaux ne prennent pas de place. Pas besoin d’une chambre ou d’un lit. Juste un bout de mur pour appuyer votre dos. Vous pouvez même garder votre robe, c’est l’immense avantage des bas, vous comprenez ? Les bas s’arrêtent juste là où il faut.
Patrizia : Et faire l’amour, vous avez déjà essayé ? Sans musique. Sans robe. Sans bas. Sans rien. Juste vous et lui allongés sur un lit.
Madame H. : Vous avez une drôle de manière de dire « faire l’amour ». Un peu comme si c’était un gros mot.
Patrizia : Baiser, vous avez déjà essayé ?
Madame H. : Seulement dans les grandes occasions.

Scène 6 (Cont.8)

Patrizia : On pourrait s’embrasser, par exemple.
Madame H. : D’abord se chercher dans le noir. Il a de belles mains, non ? Pourquoi ne pas en profiter ?
Patrizia : Voyons ces mains.
Madame H. : Ses mains, elles remontent des hanches vers les épaules. Elles redescendent. Elles glissent sous le tissu de la robe. Elles remontent jusqu’à la bordure des bas.
Patrizia. : Je ne mets jamais de bas.
Madame H. : Vous devriez.
Patrizia : Les bas, c’est pour les vieilles, non ?
Madame H. : C’est très troublant, les bas. Très érogène. Les jambes au chaud jusqu’à cette ligne qui s’arrête juste sous le pli de vos fesses. Vous dansez et la robe vous caresse, exactement à cet endroit. Vous ne pouvez pas être plus nue et plus habillée à la fois.
Patrizia : Vos préliminaires, c’est de la masturbation ?
Madame H. : De l’auto-érotisation.
Patrizia : OK : auto-allumage d’abord. Ensuite, le cavalier glisse ses mains sous la robe pendant que les autres danseurs continuent à danser.
Madame H. : Les autres danseurs continuent à danser. C’est le jeu.
Patrizia : Ça s’appelle de l’échangisme.
Madame H. : Vous ne comprenez pas.
Patrizia : Si si, je comprends très bien. On met des bas, on sort, on danse, et on se tripote en public.
Madame H. : Justement pas. Ses mains doivent savoir rester invisibles.
Patrizia : J’oubliais, votre cavalier est aussi magicien.
Madame H. : Mais non, il est juste habile, attentionné et courtois. Et il peut vous tenir très longtemps au bout de ses doigts.
Patrizia. : C’est ce que je disais : un magicien.
Madame H. : Vous n’avez jamais rencontré un homme habile de ses mains. ?
Patrizia : Je ne sais pas… Je ne crois pas.

 

Scène 6 (Cont.7)

Patrizia : Petite dévergondée !
Madame H. : Vous faites chier. Chier. CHIER !
Patrizia : Encore un effort : si vous décroisez les jambes, on pourra vraiment discuter.
Madame H. : Se lève. Se met à marcher, tourne en rond.
Vous aimez danser ?
Patrizia : Danser quoi ? Le Twist ? La Rumba ?
Madame H. : Danser. Danser toute seule, moi j’aime ça. Fermer les yeux. Danser. Mes cheveux qui collent et les bulles de Champagne. Froid, le Champagne. Très froid.
Patrizia : Sur le sable au bord de la plage.
Madame H. : Les pieds nus.
Patrizia : Et vos escarpins ?
Madame H. : Il faut les lancer. Les lancer en l’air et voir qui les rattrape. C’est un jeu très amusant. Tout le monde tend les mains. Il y a une mêlée comme au rugby. Quelqu’un crie : Je l’ai ! Je l’ai ! Il tend le bras très haut. Les autres le tirent. Ils s’agrippent à son bras. Finalement, je récupère ma chaussure et le bras.
Patrizia : Et qu’est-ce qui se passe ensuite ?
Madame H. : Ensuite, ça dépend du bras.
Patrizia : Disons musclé à la peau mate.
Madame H. : Je prends le bras.
Patrizia : Et ensuite ?
Madame H. : Ensuite, on continue à danser. On boit. On se regarde du bout des doigts.
Patrizia : Drôle de façon de s’envoyer en l’air.
Madame H. : Vous devriez essayer les préliminaires.

Scène 6 (Cont.6)

Madame H. : Le danger, à mon âge, serait de m’attacher.
Patrizia : Vous avez peur de quoi ? Des photos ? Des remarques de vos copines ?
Madame H. : Je l’ai très peu utilisé, mon cœur. Très peu. Une fois peut-être. Non. Soyons honnête. Une vraie fois et j’ai bien failli le suivre.
Patrizia : Il était beau ?
Madame H. : Je vous parle de mon cœur.
Patrizia : Et pourquoi vous l’avez planté ?
Madame H. : C’était au début de l’été. J’ai regardé les roses. On voyait encore les traces du râteau sur les allées du jardin. La pelouse avait l’air d’un damier. Tout était parfait et moi j’allais mettre un grand coup de pied dans le gravier. J’ai pensé au jardinier.
Patrizia : J’aimerais bien voir votre jardin.
Madame H. : C’est une grande plate-forme devant les fenêtres du salon. Pas d’arbres, juste des buis, des fleurs et de l’herbe. Comme une longue terrasse suspendue au-dessus de la plaine, vous voyez ? Tout était si… ordonné, c’est ça, ordonné. J’ai marché et je me suis assise tout au bout, sur le rebord de la barrière. J’ai croisé les jambes. Je me suis redressée. Il n’y avait pas de vent. Tout était calme. Je faisais partie du plan. Comme les rosiers, les plates-bandes. Comme les allées de gravier.
Patrizia : À votre place, j’aurais pas hésité.
Madame H. : Et qu’est-ce que vous auriez fait, à ma place ?
Patrizia : J’aurais misé tout mon argent sur un nouveau jardin. Vous avez les moyens, non ? À quoi ça vous sert, tout ce fric, si c’est juste pour vous transformer en plante verte ? Pour vous, tout est possible et rien n’est possible. Vous êtes là, bien droite, les jambes croisées, exactement comme dans votre jardin. Tous les jours la même pose. De l’ordre. De l’ordre ! Surtout pas de vent !
Madame H. : Faites chier.

Scène 6 (cont.5)

Madame H. : J’ai perdu du poids.
Patrizia : Forcément, à force de faire le hamster…
Madame H. : …Rien à voir avec le hamster. J’ai perdu du poids.
Patrizia : La regarde.
C’est vrai, vous avez l’air moins bouffie.
Madame H. : Quel joli compliment. Et vous savez quoi ? Hier soir, j’ai oublié de prendre mes somnifères. J’étais si fatiguée. Je me suis couchée, je ne me souviens même pas de m’être endormie.
Patrizia : Gros bébé va !
Madame H. : Vous ne comprenez pas. Je prends des somnifères tous les soirs depuis des années. J’ai commencé juste après mon mariage.
Patrizia : Tout ce sexe, tout d’un coup, forcément ça excite et après on dort plus.
Madame H. : Je vous rappelle que mon mari fabrique et moi je vends.
Patrizia : Même pas une petite gâterie de temps en temps ?
Madame H. : Nous faisons chambre à part. C’était dans le contrat.
Patrizia : Et ça vous arrive de baiser sans un avocat ?
Madame H. : Vous savez, l’avantage avec les contrats, c’est la précision. D’un côté, il y a le prix, de l’autre la liste des prestations. Et puis, il y a les limites aussi. Je ne supporte pas qu’un homme dorme dans mon lit. Essayez de congédier un amant après avoir fait l’amour avec lui.
Patrizia : Moi, j’aimais bien quand Toni dormait avec moi.
Madame H. : Le syndrome du doudou.
Patrizia : L’avantage avec un homme qu’on aime, c’est de l’aimer la nuit et même le matin quand il se gratte les fesses en sortant du lit.
Madame H. : Et un jour il vous quitte en se grattant les fesses.
Patrizia : Et vos employés, vous les démissionnez ?
Madame H. : Ce sont des hommes de compagnie, que je paie, c’est vrai, mais qui aiment aussi être avec moi. Je ne suis pas si vieille, je peux encore faire illusion si la lumière n’est pas trop directe.
Patrizia : Alors, un petit dîner aux chandelles…
Madame H. : Et pourquoi pas ? Ces hommes sont comme vous et moi. Ce sont des jeunes gens charmants, cultivés. Ils ont un cœur, aussi.
Patrizia : Et ils n’aiment pas être jetés.
Madame H. : Quelquefois, oui, ça peut arriver.
Patrizia : C’est là que vos avocats ressortent le contrat.

Hachis Parmentier

Je me souviens de la poussière, du ciel clair, clair, clair et bleu lavé, du ciel lavé à grande eau et au savon de Marseille, je me souviens. Je me souviens. L’herbe était si haute qu’elle chatouillait les pieds des étoiles prises dans les anneaux de la brise métallique qui faisait siffler la nuit.

Il y avait alors des pierres plates grises et tranchantes, qu’il fallait assommer à grands coups de masse, à grands coups de plomb sur le dos et leurs éclats éparpillés sur la terre sèche, le brisé, étendu en strates minérales pour retenir encore un instant la fragile pellicule de rosée déposée par la nuit avant que le soleil se lève et vienne tout brûler.

Le claquement irrégulier des tuiles soulevées par le vent et l’odeur douceâtre des livres allongés dans la pénombre des après-midi de grande chaleur. Les tuiles qui claquent, les poutres qui craquent et la lueur vacillante des points lumineux que le soleil allume sur le mur sombre lorsqu’un rayon parvient à se faufiler au travers des mailles de la toiture.

Il y avait cinq heures du matin, bleues et mauves, cinq heures soyeuses où l’aube frappait doucement, cinq heures trente où l’est ne luisait pas encore comme une menace ou le début d’une fin annoncée. Six heures et le bruit du moteur dans mon dos, qui berce le monde en continu. Sept heures, l’odeur du saucisson. Le lait de mon père. Le goût du pain en silence, le vrai goût de la faim et le soleil, enfin.

Mes mains terreuses, labourées, traversées de gorges au tracé tortueux. L’eau qui coule du robinet sent le fer et la terre, l’eau est tiède et j’attends qu’elle fraîchisse, l’eau qui se fracasse sur le sol en éclats de poussière sombre, l’eau rigole et claire, je la saisis à deux mains. Je plonge mon visage dedans, mon visage, ma tête, ma nuque et mon dos. Je me redresse. Je m’ébroue, je m’assieds sur le rebord du mur de pierre, je sèche et j’ai soif. Je bois, je ne fais que ça. Tout mon corps. Tout mon esprit. Tout entier aspirés par le liquide qui sort de la bouteille et me traverse, brillamment, goutte après goutte, gorgée après gorgée, mes pieds enfoncés dans la terre que j’irrigue, goutte après goute, une gorgée après l’autre, mes pieds-racines qui peu à peu s’alignent et prennent leur place dans les rangs serrés des pieds de vigne.

Seize heures et la sueur coule le long de mon dos. Dix-huit heures, le monde sent le bitume et la fleur fatiguée. Le soleil n’en finit pas de tomber. Mon bidon à la main, vingt kilos sur le dos, je suis le tracé torturé du sentier, les marches irrégulières et les droites parallèles tendues au fil de fer, les droites infinies qui montent vers le début du ciel. Mon dos est lourd mais mes jambes nouvelles, mes jambes n’arrêtent pas de marcher. Derrière moi, le jour décline. Les ombres s’effacent et j’ai faim. J’ai soif. J’ai envie d’un bon bain. Je réchauffe un demi plat de hachis Parmentier que mange sans relever la tête, sans m’arrêter. Je mange, concentré. Je mange comme toute une famille. Ma mère pousse la porte. Elle me regarde et elle sourit. Debout devant l’évier, elle lave et moi j’essuie. Elle nettoie la table avec des gestes précis, ses gestes qui sont les miens aujourd’hui. La nuit est tombée et je me suis lavé. J’ai extrait la terre de mes ongles. J’ai frotté mes mains à la pierre ponce. Je suis prêt. Elle me demande à quelle heure je vais rentrer. Je lui dis une heure, deux peut-être, surtout pas de souci : qu’elle dorme tranquille, il ne va rien se passer. Contact. Embrayage. Point mort. Coup de kick. Je relâche la poignée. Mon cœur envoie un long jet de sang neuf. Je rabaisse la visière. Je trace une première courbe. Une deuxième. Droite. Gauche. La route en lacets. Gauche. Droite. Epingle. Pointillés. Ligne droite. Ligne continue. Peu à peu les lettres se forment, s’assemblent, écrivent la nuit au faisceau de mon phare.

Demain, cinq heures peuvent venir; pas de problème, je serai là.

J’ai la nuit devant moi.

Janvier-sur-mer

Incrédules et transparents dans le ciel de janvier, les nuages ne reconnaissent plus l’hiver. Ils s’étirent interdits, se suspendent prudemment aux étendages du ciel et leur fils de soie légère accrochent la course du soleil.
Incrédules et transparents, les nuages balnéairent. Pourtant, ce n’est pas la mer : cette eau métallique coule du rebord de la neige et la berge pavée incise une droite sévère dans le plan découpé de la digue de pierre.

Janvier se meurt et ce n’est pas l’hiver. Les jambes des joggeurs s’étonnent de leur pâleur et sur les bancs, les corps surpris se déshabillent, s’étendent, ferment les yeux pour mieux sentir l’odeur ressuscitée de l’eau mélangée à la terre. Les Sauveteurs ont sorti quatre chaises et ils discutent, un verre à la main, il faudra préparer un pot-au-feu pour demain.

Janvier-sur mer qui fait pousser des feuilles aux arbres et pique les pelouses de taches de fleurs. On dirait la mer mais ce n’est que le lac, et si la neige s’accroche encore un peu sommet des montagnes, le foehn qui s’est levé a fait fondre janvier.

Skier la nuit

Il ne fait même pas froid, peut-être moins cinq ou six degrés. Pas de vent. Pas de bruit. Suspendue en plein milieu du ciel noir, verticale et blanche, la lune au-dessus des arbres découpe sur la neige la figure de l’ombre portée de l’été.

Il ne fait même pas froid et le jour lunaire s’est levé dans la nuit, à perte de vue, livide et phosphorescent, posé à l’envers dans le ciel où il brille à rebours des lueurs dorées de la ville, très loin au fond de la vallée, à la manière des rues que Magritte plonge dans la nuit sous le ciel brillant d’un jour d’été.

Il ne fait même pas froid et la neige souple craque, grattée par le poil rêche des peaux accrochées sous mes skis. En face de moi, la saignée brillante taillée dans la masse sombre de la forêt s’élève vers un point clair, une tache plus lumineuse au-dessus de la barrière des arbres. Mon pied s’avance en même temps que le bâton dans ma main. Un pas après l’autre, pour s’enfoncer un  peu plus loin dans la montagne et la nuit, atteindre ce point où les dernières lueurs du monde s’éteindront enfin.

Je monte, à la lumière de la lune. Ma lampe frontale est dans mon sac. Je la ressortirai peut-être au sommet, au moment de m’élancer dans la nuit claire. Skier, la nuit. Sentir mes spatules prises dans la main légère de la poudreuse. Deviner les courbes et les ondulations du terrain. Les changements de neige. Les trous cachés dans les ombres. Les souches. Les fils tendus des clôtures. Effacer tout le bruit parasite. Tout ce qui tourne en boucle, toute la journée, tous les jours, sans jamais s’arrêter. Faire taire toutes les voix. Vivre entier et suspendu au fil de son instinct.

Skier.

La nuit.

Scène 6 (cont.4)

Madame H. : J’irais bien marcher sous la pluie.
Patrizia : Oui mais là, il fait beau.
Madame H. : Il n’y a plus de printemps.
Patrizia : Ouvre la bouche pour dire quelque chose. S’interrompt.
Au printemps, il pleut souvent.
Madame H. : Et on entend le bruit du vent.
Patrizia : Elle avance bien, votre petite poésie…
Madame H. : … Le bruit du vent dans les feuilles. Chez mes grands-parents, il y avait un grand parc. Je fermais les yeux et j’essayais de m’orienter en écoutant le bruit du vent. Les arbres à aiguilles sifflent, ils s’énervent, on dirait des serpents. Les bouleaux sont plus métalliques que les tilleuls. Les platanes résonnent comme des vagues. J’étais une petite fille un peu seule mais très gaie. Je courais tout le temps. Je suis toujours très gaie et j’ai 54 ans.
Patrizia : On ne court plus à 54 ans.
Madame H. : Ah bon ? Et qu’est-ce qu’on fait à 54 ans ?
Patrizia : On achète un déambulateur.
Madame H. : Je cours plus vite et plus longtemps que vous.
Patrizia : Rit
Et votre papa il est plus fort que le mien. Et vos jouets, ils sont plus beaux que les miens. Et si je vous embête vous direz tout à votre maman. Moi, je vous embête pas, je vous regarde courir sur votre tapis roulant. Courir. Courir. Vous courez après quoi ? Après la petite fille dans le parc ? Après vos gigolos à la peau mate ?
Madame H. : Je cours pour que mes jambes continuent de courir.
Patrizia : Moi, je ne cours pas. Pas besoin. Tout fonctionne très bien comme ça sans rien faire. Tandis que vous, vous devez continuer à faire le hamster sur votre tapis roulant. Si jamais le tapis s’arrête, vous fondez, vous faites une grosse flaque par terre, une grosse flaque de graisse de hamster.

Scène 6 (cont.3)

Madame H. : S’il vous plaît, levez-vous et allons dîner.
Patrizia : J’ai pas faim.
Madame H. : Moi j’ai faim et j’ai soif. On pourrait commander des huîtres ! Des huîtres avec une coupe de Champagne !
Patrizia : Pas question. Je ne veux pas une goutte de votre alcool dans mon système sanguin.
Madame H. : Juste une coupe.
Patrizia : Le contrat ne m’oblige pas à boire du Champagne.
Madame H. : Alors du vin rouge. Du vin rouge de votre pays.
Patrizia : Le contrat ne m’oblige pas à boire du vin rouge.
Madame H. : Juste un verre.
Patrizia : : Non. On ne boit pas d’alcool et on reste ici pour manger. Vous dans votre chambre et moi dans la mienne. J’ai plus envie de voir votre figure de l’autre côté de la table. Et les serveurs qui font toujours  semblant de regarder ailleurs. Tous muets, les serveurs. Vous auriez dû engager des robots. J’ai plus envie de vous voir manger à petits coups de fourchette, on dirait une petite souris bien propre. D’ailleurs, vous ne mangez pas, vous grignotez.
Madame H. : On m’a appris à manger proprement.
Patrizia : Vous faites tout très proprement. Vous êtes une fille très propre. C’est très bien.
Madame H. : Vous devriez prendre une douche.
Patrizia : Et moi je suis une fille sale. Très sale. Très sale et très méchante. Il faudrait me punir vous savez.
Madame H. : Se lève et se met à arpenter la pièce aussi loin que permet le cordon.
Il a fait beau aujourd’hui.
Patrizia : J’ai plus envie de vous entendre, aussi.
Madame H. : La pelouse a reverdi et les arbres ont des feuilles.
Patrizia : Vous préparez une petite poésie pour la venue du printemps ?
Madame H. : Ça fait des années que je n’ai pas vu le printemps.
Patrizia : Alors je vous explique. En tout, il y a quatre saisons : le printemps, l’été, l’automne et l’hiver. En été il fait chaud. En automne il fait moins chaud. En hiver il fait froid et au printemps il pleut.