Tout ce qui est dur a un prix.

Au magasin, il faut payer.

Ce qui se touche. Ce qui se mange. Ce qui se compte. Ce qui se voit avec les yeux.

Tout ce qui se pèse à un prix. Parce que ça se touche. Parce que ça se voit. Parce que ça se mange et ça se boit. Ensuite, ça se digère. Ensuite, il faut aller aux toilettes. Ensuite, recommencer à boire. Manger encore et retourner aux toilettes.

Parce qu’on comprend bien qu’il faut payer pour avoir une automobile et l’essence qui coule dedans. L’essence, ça se paie, comme le béton et la terre. Le goudron et les routes. Parce que, sans routes, où irons-nous ? Où irait le monde sans l’asphalte noir pour tartiner les cailloux ?
Le béton et la mer.
Les barres d’immeubles qui défont le bord des océans.
Des choses. Stuff. Des objets qui ont une forme, qu’on peut faire tenir dans sa main. Des sciences qui calculent le nombre de kilomètres qu’un homme devra parcourir pour aller sur Mars. Qui calculent le poids en grammes de la navette spatiale; le poids en acier des immeubles qui écrasent le bord des océans.

Fabriquer des porte-avions pour porter les avions. Des piscines pour tondeuses à gazon. Des presses à fabriquer les billets. Faire marcher la planche à billets. Fabriquer de l’argent qui fabrique de l’argent

Et au bout du compte, lorsqu’arrive l’addition, ça fait des sommes vertigineuses. Des séries de zéros dépensés en voitures ou en télévisions. Au bout du compte, à la fin du décompte, on se souvient de tout ce qu’on n’a jamais pu prendre dans la main. Tout ce qui n’est pas dur. Toutes les notes assemblées par les musiciens du monde. Tous les mots qui forment des histoires. Toutes les images qui brillent dans le soir. Tout ce qui ne tient pas dans la main.

Tout ce qui ne vaut rien.

À la fin du décompte, il reste le souvenir d’un visage, un jour d’hiver ou d’été. Les enfants qui rient. Le bruit de l’eau. L’empreinte d’une autre peau qu’on garde imprimée dans le creux de sa main.

Les meilleurs moments de notre vie.