La véritable origine de l’automne (9)

Rasséréné et rasé de frais, Dieu quitta ses appartements.

Pas besoin de super-pouvoirs pour déterminer l’origine des cris perçants qui déchiraient la nuit. Dieu soupira. Il aurait voulu revenir en arrière, effacer ce moment où Ses mains fébriles avaient plongé dans une mare de boue pour façonner le corps d’Adam.
Extérieurement, le résultat était intéressant, mais le problème était à l’intérieur. S’Il avait été en mesure de faire Son mea culpa, Dieu aurait bien dû reconnaître qu’Il avait un peu bâclé l’assemblage de ce nouveau modèle. Il avait l’habitude de la partie mécanique, mais la complexité du schéma électrique, avec ses diagrammes, ses couleurs et ses pôles inversés, avaient eu raison de Son infinie patience. Finalement, Dieu s’était énervé. Il avait mis un grand coup de fer à souder dans cet écheveau de fils embrouillés. Vite, Il avait refermé le capot, donné un coup de chiffon et insufflé à la hâte un peu de Son souffle divin dans les bronches du nouvel arrivant.

Adam avait ouvert les yeux en maugréant. Il avait faim, alors Dieu lui offrit du foin. Adam n’aimait pas le foin, alors Dieu lui offrit des cerises. Il avait soif et Dieu le fit boire. Il voulut sortir et Dieu l’accompagna. Dès qu’il fut arrivé à l’air libre, Adam hurla qu’il était midi et qu’il fallait être fou pour exposer son épiderme scandinave à la terrible morsure de ce soleil de plomb. Alors Dieu l’entreposa à l’ombre, le temps d’inventer le tube d’écran total. Ensuite Adam n’arrivait pas à se mettre de la crème dans le dos. Dieu le tartina des épaules au maillot. Ensuite, il avait trop chaud. Trop froid. Encore faim. Besoin d’aller aux toilettes, besoin de personne, besoin parler avec quelqu’un. De guerre lasse, Dieu avait fait parler le serpent.

Et maintenant, pourquoi tous ces cris déchirants ? Est-ce que les yeux du mignon avaient besoin de lumière ou fallait-il oindre ses pieds délicats d’un enduit de myrrhe et de benjoin ? Se dirigeant à l’oreille vers l’endroit de tous ces hurlements, Dieu aperçut Adam allongé à plat ventre sur le sol dur. Adam en transes, en larmes et en cris. Adam hurlant et vociférant. Que le monde était injuste et qu’il fallait pendre le serpent. Que lui Adam n’avait pas demandé à voir le jour, que la vie était trop dure et qu’il avait besoin d’amour.

Dieu se pencha sur le forcené en furie.

– Adam, s’il te plait, calme toi. Tout va bien. Papa est là.
– Papa ! Tu rigoles ! T’as vu un peu ta tête ? Si c’est toi mon père, je veux bien m’appeler Ingrid ou Priscilla !

Dieu se sentit bouillir jusqu’aux extrémités infinies de Son for intérieur. Encore un mot et Il allait transformer cette belle petite gueule d’ange en purée de pizza, parfum tomate mozzarella.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

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