Êtres d’eau

Ce qu’on a de meilleur, c’est quoi ?
Des larmes ?
Des larmes oui.

Des larmes, pas celles qui ont la couleur du sang. Pas celles qu’on verse au bord d’un trou. Pas celles qui ont le goût aigre de la douleur et pas non plus toutes les autres, amères, acides qui gravent leurs sillons sur nos visages et jusqu’au fond de nos âmes, ces vallées que les années creusent en falaises tranchantes où la lumière vient se déchirer.
Au fond, il fait toujours plus noir.

Alors, les larmes pourquoi ?
Parce que parfois les eaux montent, montent, le niveau atteint la cote d’alerte, les eaux montent encore, atteignent le sommet de la digue et le coeur en crue déborde. Une larme étoile la poussière, qu’on n’a pas eu le temps d’accrocher au revers de sa main.
Une larme parce que c’est trop, parce que ça traverse nos murs et nos secrets défense, ça pénètre au plus profond de nous, jusqu’à toucher ce point minuscule, là où nous sommes si vulnérables, tellement aimants et tendres, tellement.

Nous sommes des êtres d’eau, fluides, liquides, fragiles. Un vieux refrain et nous débordons, une main d’enfant et nous coulons. Les derniers feux du crépuscule nous submergent, la mer orange et la neige, la neige dans le creux des combes bleues nous engloutit dans un sanglot. 

Dans un soubresaut, le corps a lâché de l’eau.
Salée.
Poivrée.
Une goutte tombe dans la poussière.
Cette goutte arrose la terre entière.
Elle fleurit le monde et le rend plus beau.

Auteur : Nicolas Esse

Depuis 1962, je regarde les nuages qui passent avant d'aller mourir.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s