Inévitable, l’automne s’obstine à arriver quand vient septembre, ou plutôt octobre en ces temps réchauffés. L’automne, ses sanglots longs et ses violons qui soulèvent le coeur de Paul Verlaine,
«Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
On entend bien les violons larmoyants au grincement des fonds de vers fatigués. Tout est gris, fané, usé. Il ne reste plus qu’à s’allonger, hiberner au coin du feu pour ne se réveiller qu’au printemps. Pendant ce temps,
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte».
Et cette année, comme chaque année, un vent mauvais s’acharne sur la feuille morte, la secoue, l’arrache, l’envole pour une seconde avant de l’éparpiller sur le sol. Une feuille, deux feuilles, mille feuilles par terre, mille feuilles qui gênent, font tache, gâchent la vue et empêchent l’asphalte de respirer.
De toute urgence, il faut nettoyer.
Aux temps anciens, les cantonniers entonnaient leurs balais et le frottement régulier de leurs brosses annonçait l’arrivée de l’hiver. Aujourd’hui, le hurlement continu des souffleuses à moteur nous rappelle que le progrès sourit quand il entend la musique des atomiseurs.
Paul Verlaine, Chanson d’automne, Poèmes saturniens, 1866