Duo de livres servi sur son lit de frites et son filet mignon

Sur le porte-bagages de mon vélo, le sac ploie sous le long fil du crochet métallique monté sur ressorts. Entre les deux barres, une bosse rectangulaire formée par deux livres de type Folio couchés sur un filet mignon de porc et un sachet de frites au four.
Mes excuses à tous les cochons. C’est une occasion un peu particulière et l’emballage précise qu’il s’agit là d’un élevage respectueux des animaux, élevés, nourris et habillés tout en bio.
Pareil pour les frites. Chères pommes de terre, pardon. Il eut mieux valu que je vous apprête en suivant la procédure : nettoyage, épluchage, débitage et frittage, mais le temps passe trop vite, qui ne sait faire que ça. Je précise que l’équilibre nutritionnel ainsi que l’harmonie des couleurs seront assurés par l’adjonction d’un frissoulis de brocolis sur le dernier tiers de l’assiette.
Au déballage, les deux Folio ont profité du voyage pour se rafraichir les pages jaunies par le temps et le passage d’autres mains que les miennes. Pour peu, je les installerais volontiers à l’étage des légumes mais un scrupule me retient au moment d’ouvrir la porte du frigidaire. Je pense à tous ces caractères imprimés frissonnants dans le noir, ces phrases grelottantes, ces chapitres bien ordonnés que le froid pourrait saisir et retourner cul par dessus tête.
Pendant ce temps, les frites se décongèlent et le filet attend. Il n’y a plus de place pour eux sur les rayons de ma bibliothèque.

Lire. Manger.
La même faim.
Le même panier.