Peut-être que

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez blonde,
Pas encore assez rouge,
Pour te saisir du bout des doigts,
Te soulever du bout des ongles,
Et te faire danser pour moi.

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez noire,
Pour te saisir entre mes lèvres,
Planter mes dents dans ta chair rouge,
Et te faire crever sous moi.

Je suis ce que je ne suis pas.
Blonde et rouge sur talons rouges
Ou noire et noire, de haut en bas.
Je serai toutes les femmes
Quand tu me regarderas.

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez longue,
Pour m’enrouler autour de toi.
Te glisser dans mon nœud coulant
Et t’étouffer dans mes bras.

Peut-être que
Tu
Préfères les mains de ta guitare,
Son corps tiède collé contre toi,
Ses hanches rondes dans ta chair rouge,
Six cordes pour te lécher les doigts.

Je suis ce que je ne suis pas.
Blonde et rouge sur talons rouges
Ou noire et noire, de haut en bas.
Je suis toutes les femmes
Quand tu ne me regardes pas

Cold Turkey

Assise
Sur un nuage de poussière rouge
Je tombe.
La chute longue
Et dure un siècle d’étoiles rouges.
Je tombe,
A la vitesse de la lumière rouge,
Dans l’air glacé de la nuit noire.
Je tombe et tu ne me retiens pas.

Cold Turkey.
Je me retiens
A tous les clous du désespoir.
Rouge,
Le sang coule de mes mains déchirées,
Sur mes ongles peints en bleu,
Mes ongles pour t’arracher les yeux.

Debout
Sur un tapis de cendres rouges
Je marche.
Le pas lourd
Et dure un siècle de lumière rouge.
Je marche,
A la vitesse d’une femme au pas,
Dans l’air brûlé au fer rouge.
Je marche et tu ne me soutiens pas.

Cold Turkey.
Je me retiens
Aux épines qui brûlent dans le noir.
Rouge,
Le sang coule de mon front déchiré,
Sur ma bouche peinte en bleu,
Ma bouche pour t’arracher les yeux.

Ma peau à vif,
Ma peau à nu contre le mur,
Trace un dessin à l’encre rouge.
Je te dessine avec mon dos,
Avec mes hanches qui bougent.
Je déchire mon ventre dur,
Ma peau à nu contre le mur,
J’écris ton nom à l’encre rouge.

Cinquième promenade : retrouver la nuit rouge

Huit années bissextiles sont une éternité.

Mais les mots ont ouvert une brèche qui a laissé passer les mots. Les couleurs. Les odeurs. La neige est froide et bleue, l’été une saison. Nous marchons dans le jour et c’est de la poussière. Ça, c’est de la pluie et ça sent bon. Nous reconnaissons la soif et la faim. Les glaçons dans l’eau et les bulles légères. Nous retrouvons le parfum du monde comme au début du monde et le soleil se couche, au fond du balcon.

Je promène mes mots et une saison nouvelle.
Nous marchons vers le froid qui appelle la neige,
Quand un coup de soleil vient éclater l’hiver.
Faire fondre mes flocons.
L’hiver est là et j’ai plus chaud que froid.
L’été dure tout l’hiver.
Tout le printemps.
Il faudrait éteindre ce soleil.
Baisser ces stores.
Refermer ces volets.
Ce soleil ne se couche jamais.

Huit années bissextiles depuis ce premier janvier. Un nouveau parking et c’est presque l’été. Je sors du souterrain dans le bruit de la ville. Autour de nous, des automobiles. Au bout du chemin, une porte qui s’ouvre et je reconnais

Le sol qui gronde.
Et la musique liquide
Comme une eau noire et blonde.
Les femmes que la musique enlace,
Les yeux clos ou le regard ailleurs.
Les femmes qui dansent
Tout au bout de leurs jambes
Que les talons soulignent
D’un point d’extension.
Une courbe dangereuse
Qui rejette leur tête au-dessus du vide
De leur dos suspendu.
Au milieu du cercle rouge,
Dans le rayon de lumière rouge,
Elle fait danser sa minirobe rouge.
Fait se lever un soleil blond.
Elle me fait le cadeau d’une nuit nouvelle.
Plus belle.
Plus noire.
Plus rouge.
Enfin.