Prix de la Révélation littéraire, auFeminin.com

Mon roman, Les Hommes Préfèrent les Guerres, a été retenu par les membres du jury du prix auFeminin.com. Ce prix récompense la révélation littéraire de l’année et un ouvrage qui révèle un auteur au grand public.

Les nominés sont…

Carl Aderhold : Les poissons ne connaissent pas l’adultère, aux éditions Jean-Claude Lattès
Hélène Bonafous-Murat : L’ombre au tableau, aux éditions. Le Passage
Christophe Carpentier : Le parti de la jeunesse, aux éditions Denoël
Barbara Constantine : Tom petit Tom tout petit homme Tom, aux éditions Calmann-Lévy
Libar M Fofana : Le diable dévot, aux éditions Gallimard
Gérard Haller : Deux dans la nuit, aux éditions Galilée
Nicolas Hesse : Les hommes préfèrent les guerres, aux éditions Baudelaire
Emmelene Landon : La tache aveugle, aux éditions Actes Sud
Liliana Lazar : Terre des affranchis, aux éditions Gaïa
Justine Levy : Mauvaise fille, aux éditions Stock
Véronique Olmi : Le premier amour, aux éditions Grasset
Michèle Reiser : Jusqu’au bout du festin, aux éditions Albin Michel

Je  n’en suis pas encore revenu.

L’horoscope de l’homme taureau

L’homme taureau a une âme d’enfant.

Et une belle tête de prince pirate.
C’est un garçon sensible qui pousse une longue plainte déchirante, mais souvent rien ne lui répond. Les soirs d’été, il s’assied à une terrasse de café et regarde les femmes qui passent sans tomber. Ensuite, il s’assied à sa table de travail et écrit. Quand il a fini d’écrire, il écrit autre chose pour se reposer. Ensuite, l’homme taureau se lève et raconte des histoires sur une scène, dans le poste de radio ou à la télévision. Les gens ne comprennent pas, alors ils s’énervent et envoient des lettres au directeur des programmes pour lui dire d’arrêter ça. On ne se moque pas des anciens combattants unijambistes. On ne tripote pas Dieu. On se laisse tripoter par Lui. Laissez venir à Lui les petits enfants.
Enfin, l’homme taureau vit heureux en attendant la mort qui le chevauche à cru sur un cancer trop gros pour lui. L’homme taureau bouffe du crabe. Rancunier, le crabe le bouffe.

Né le 9 mai, mort le 18 avril, Pierre Desproges est vivant.

L’horoscope de la femme taureau

Tu es née entre le 21 avril et le 21 mai. Tu connais le proverbe : « En avril ne te découvre pas d’un fil, en mai fais ce qu’il te plait. »
Debout devant ta penderie, tu contemples ce dilemme. Un œil tourné vers le passé et les habits d’hiver. Un œil tourné vers le futur et les habits d’été. Et ça, ma grande, ça s’appelle le strabisme, « une disposition vicieuse des yeux, qui ne leur permet pas d’être dirigés en même temps sur le même objet » selon Wikipedia qui voit le vice jusqu’au fond des yeux.

Alors, tu restes plantée devant ta penderie, affligée d’un strabisme consternant. Jupe ou jupon ? Robe ou pantalon ? Guêpière ou porte-balcon ? Pardessus ou vison ? Deauville ou Barbizon ? S’habiller ou se déshabiller. En toi, le taureau se tâte. Il regarde les jolies petites fesses dorées du toréador.  Il regarde cette belle gueule de toy boy hispanique. Il hésite. La tête ou les fesses ? Il ne sait pas où donner de la corne. De guerre lasse, il se rue sans discernement sur un carré de tissu rouge alors qu’il ne voit même pas les couleurs, ce con. Car en plus d’être daltonien, noir et incapable d’élire l’objet de son désir, le taureau est très con. Il fonce dans le drapeau rouge pour exprimer sa frustration, sa rage de ne pouvoir choisir entre la fesse et la tête. Résultat, le taureau se fait planter.

Il en va de même chez la femme taureau. Elle se fait planter devant sa penderie en attendant la fin du mois. Offerts sans défense aux caprices d’avril, ses soupirants se lassent, ils bayent aux corneilles. Ils regardent le ciel changeant et essuient les averses en attendant de la voir paraître à son balcon. Hélas, trois fois hélas. Perdue entre la fin de l’hiver et le printemps qui arrive, la femme taureau ne se montre toujours pas. Avril passe et voici le joli mois de mai. La femme taureau se découvre enfin. Elle écarte les battants de la fenêtre et penche son balcon pour découvrir la longue procession de ses soupirants hâves et mal rasés.

Elle ne voit qu’une cour déserte et balayée par un vent parfumé. La femme taureau frissonne. Elle referme la fenêtre.
Elle remet ses habits d’hiver.  

iPad: test, analyse, compte-rendu intégral et concis

1. LE TOUCHER. Le doigt rencontre une surface de verre poli au recto et une surface d’aluminium satiné au verso. C’est lisse et un peu tiède.

2.  LA VUE. L’œil regarde un écran noir percé de fenêtres brillantes qui peuvent se transformer en pages, images fixes ou animées. Voir doigts.

3. LE GOÛT. L’iPad ne se mange pas.

4. L’ODORAT. En approchant son nez des trous situés sur la tranche de l’appareil on devine une touche subtile de plastique chaud.

5. L’OUÏE. Lancez la recherche: « bruits de vagues ». Ouvrez un fichier son dans la liste des résultats. L’iPad fait entendre le bruit de la mer.

6. LA SYNTHÈSE. L’iPad est une pomme comme une autre. 

Suivez les tests en direct sur Twitter @Nicolasesse  #theorieduradis 

L’histoire du radis

L’histoire du radis en 15 chapitres a été publiée sur Twitter. Chaque chapitre ne doit pas dépasser 140 caractères, espaces compris, c’est la règle chez Twitter. Heureusement, on peut aussi faire plus court.

I
4 centimètres sous la terre, le bulbe du radis passe 4 semaines à peindre sur sa peau un dégradé subtil qui va du rouge vif au blanc satiné.

                                                                    II
Au-dessus de la terre, le radis s’en fout. Il déploie 4 feuilles qui ne se mangent même pas en salade.

                                                                   III
Le 4 est le chiffre fétiche du radis.

                                                                   IV
La naissance du radis est déracinement.

                                                                    V
Déraciné et lié en botte, le radis découvre d’autres radis aussi rouges que lui. Aussitôt il hait le rouge et la promiscuité.

                                                                   VI
Le radis regrette ces 4 semaines passées à se mettre du rouge.

                                                                 VII
Attaché par les feuilles en attendant le chaland, le radis pense à un radis carré.

                                                                 VIII
Une main s’approche et le radis bombe le torse. La main s’éloigne et le radis rouge broie du noir.

                                                                   IX
Le radis somnole. Ne voit pas venir la main qui emporte sa botte. Dans le sac, le radis sourit. L’Élu, c’est lui.

                                                                   X
Ressortis du sac, tous les radis de la botte ont le même sourire. Un plongeon dans l’eau froide leur remet la tête à l’endroit.

                                                                  XI
Posé sur la table, le radis sait qu’elle l’a choisi. La main s’approche et il ferme les yeux. Il sent déjà l’empreinte de ses dents.

                                                                  XII
Le radis ouvre les yeux. Elle a croqué son voisin.

                                                                 XIII
Le radis est jaloux. Le radis trouve que la main n’a aucun goût. Le radis boude et ne voit pas venir le couteau qui le découpe.

                                                                 XIV
Même pas mal. Le radis finit en salade.

                                                                  XV
Les radis sont des pommes comme les autres.

                                                                 ***
Suivez l’histoire du radis sur Twitter #theorieduradis
Sur une idée de @
NaydineK . Script @Nicolasesse
Remerciements. @_IButterlin_ pour le tag #theorieduradis

Je reverserai tous les droits. En radis. MGM – MMX. (2010)

Juan-Carlos Hernandez, photographe de l’âme

J’ai rencontré Juan-Carlos Hernandez sur Twitter. Je ne sais plus quand ni comment.

Pour Twitter, Juan-Carlos s’appelle @jchernandezjazz et c’est peut-être le mot « jazz » qui a retenu mon attention. Ou peut-être pas. Je n’y connais rien, en jazz. Donc, je m’attendais peut-être à de la musique, à un musicien, je ne sais pas. J’ai dû cliquer sur un des liens abrégés que les Twitteriens glissent parfois dans leur court message et qui vous envoient dans les endroits les plus inattendus de la toile.

Là, je suis tombé sur une photo. Des photos. En noir blanc. En couleurs aussi. Des photos de musiciens de jazz. Des images profondes comme la nuit qui racontent la fabrication des notes, le mouvement des doigts sur les cordes, les yeux qui se ferment, les rides qui se creusent ou la poussière blanche sur la porte qui mène à la scène.
Hernandez a un secret qui fait son originalité, sa marque de fabrique : avant de développer ses photos, il les trempe dans la vie pour leur donner leur véritable épaisseur. Il obtient un grain, une patine; l’équivalent du son boisé produit par 33 tours en vinyle noir. Il y a une contrebasse qui dort dans ce photographe de l’ère digitale.

Lorsque le concert est terminé, il sort regarder le monde. Il retient la lumière et le contre-jour. Il capture le mouvement d’une femme qui danse. Il regarde les paysages que les visages dessinent. Des visages, encore des visages qui aboutissent à cette image intitulée « 96 Tears ». Ces 96 larmes forment un petit ruisseau d’eau salée et teintée de Rimmel qui traverse la joue d’une femme pour s’arrêter à la base du menton.

96 larmes, et pas une de trop.

(Retrouvez Juan-Carlos Hernandez sur Twitter @jchernandezjazz ou sur son site principal, en Français, en Anglais ou en Espagnol. De là, vous découvrirez ses photos, ses articles, et les musiques qu’il partage volontiers avec ses camarades virtuels pour égayer leur quotidien.)

La Pluie Sans Parapluie


Le dernier ouvrage de Françoise Hardy est paru sous forme de CD, ou de fichier téléchargeable depuis n’importe quelle plate-forme informatique.

Quel dommage.

Un beau 33 tours rempli de craquements aurait tant aimé la patine de cette voix. Les sillons gravés dans le vinyle noir auraient si bien rendu cette odeur de pluie qui fume, sur les trottoirs, après l’orage, à la fin de l’été.

Sur la première chanson – Noir sur Blanc – cette voix voilée donne envie de prendre un train pour 1966 et de prendre la main d’Anouk Aimée en lui disant « Vous ». Cette voix française me fait penser à Catherine Deneuve dans une chanson bleue comme une aube sur les Champs. Cette voix dessine la ligne d’horizon de Paris, aussi sûrement qu’une chanson des Beach Boys dessine la ligne d’horizon de la Californie. Cette voix d’automne au jardin du Luxembourg. Cette voix haute-couture. La voix de cette femme hautement française et habillée par Paco pour l’éternité.

Il pleut sur Paris, mais les gouttes de pluie s’écartent pour laisser passer Françoise Hardy.

L’horoscope de la femme bélier

Souvent, la femme bélier nait en 1973.

Elle porte des yeux bleus-gris et parfois des lunettes. Parfois pas. Ce qui ne l’empêche pas de marcher droit devant elle, sans demander son chemin à personne.
Myope ou pas, la femme bélier sait où elle va.
Quelquefois, elle vous emmène avec elle. Quelquefois, la femme bélier vous touche de ses mains longues et blondes.  Elle écarte les rideaux du ciel et vous êtes moins con. Ensuite, elle reprend l’avion et le ciel se referme un peu.

La femme bélier porte en elle un sourire rétro-éclairant qui grille le fond de votre rétine et vous laisse ébloui d’avoir trop longtemps regardé le soleil dans les yeux. Vos mains regardent ce visage lumineux qu’elles voudraient bien toucher du bout des doigts. En éprouver les courbes flexibles et les ombres dorées.

Parfois, la fille bélier rit. Et son rire clair vous rappelle que vous avez été un enfant en été.

Le Beaujolais nouveau est arrivé

Encore boutonneux et acnéique, j’ai extrait il y a bien longtemps d’un hectomètre linéaire de livres de poche une couverture jaunie qui annonçait au monde non-civilisé la venue du Beaujolais nouveau.
Le titre correspondait de manière troublante à mes préoccupations de l’instant et je me retrouvai propriétaire du « Beaujolais nouveau est arrivé » sans même connaître le nom de l’auteur. Je suis ainsi entré de plein fouet dans l’univers de René Fallet, peuplé de caniveaux où coule en rigoles souples le fruit de tous les chais scellés sur le territoire français, ou tout autre territoire planté de vignes. Fallet n’est pas sectaire. Il  boit un peu de tout et même du malt écossais quand le climat s’oppose à l’épanouissement du raisin.

« Le Beaujolais… » c’est l’essence de la série paillarde falletienne. Debedeux, Camadule, Polouc et Captain Beaujol sont inscrits pour un voyage immobile autour du zinc le plus délavé de France, posé sur la sciure du Café du Pauvre. Le projet s’articule sur une absence regrettable d’activités productives combinée à la pratique de plaisirs subversifs comme la pêche à la ligne, l’assimilation de produits toxiques (camembert, rillettes, fromage de chèvre frais…) et l’absorption d’hectolitres de diverses boissons alcoolisées permettant de combattre les effets pervers des produits cités plus haut.
Vacillant sur toutes les autoroutes reliant Paris à Pétaouchnok, Fallet s’assied au bord de l’eau du monde. Il nous propose d’aller pincer les fesses de la vie, ce que nous faisons avec joie. Alors, Fallet nous gâte, il écrit en équilibre sur la poésie, la chanson populaire et l’argot dans une langue qu’il réinvente en père tranquille et moustachu.

Livre paru en 1975 et jamais soupçonné de listériose malgré son affinage au lait cru, « Le Beaujolais nouveau est arrivé » doit être consommé frais et si possible d’un trait. Pour un effet optimal, choisir un jour vif, un banc de dimensions généreuses, déplier le nécessaire de lecture, à savoir : une baguette à la mie fine, un assortiment de fromages posés à quelque distance d’une tranche respectable de pâté de campagne. Une larme de Beaujolais. Une autre, au coin de l’œil.

L’horoscope de l’homme bélier


Immanquablement, le 21 mars vient nous rappeler que l’hiver ne passera pas l’hiver.

Animés d’un fol espoir, nous scrutons le ciel noir en espérant le froid. La neige essaie encore mais se liquéfie avant d’atteindre le sol tiède. Le désespoir s’installe à la vue des bourgeons qui bourgeonnent. De cette vie souterraine qui menace. De ces feuilles vert tendre qui attendent leur heure. Tapi dans une vieille souche humide, le moustique rêve de bras nus et de jambes dorées. De rares fleurs jaunes se déploient avant d’être heureusement fauchées par un coup de gel que plus personne n’osait espérer. L’hiver bouge encore. Mais on sent que la fin est proche. Les jours s’allongent.

L’homme bélier arrive. Il ouvre un œil et découvre un monde en deuil. Un monde privé de ski. Ce traumatisme originel le plonge dans une mélancolie durable. Dès son premier jour, l’homme bélier dépérit. Il s’étiole. Après neuf long mois passés à attendre le jour,  voici neuf mois interminables à espérer la neige qu’il aimerait tant serrer dans ses mains. En faire des boules ou des bonhommes. Glisser silencieusement sur une pente soyeuse. Tracer une courbe parfaite en se laissant porter par le vent. Sentir l’odeur bleue des cristaux en suspension dans l’air glacé. Alors, l’homme bélier se défoule. Il fait du vélo. Du surf. Du tennis. De la planche à voile ou de la course automobile. N’importe quel sport de substitution. Il s’élance du haut des ponts, suspendu à un fil élastique. Il s’accouple et se marie. Il prend des risques insensés pour oublier la vue écœurante de toutes ces montagnes recouvertes d’un vert immonde et inutile.
Rien n’y fait.
Rien ne remplace la neige.

Même quand il danse avec la mort, l’homme bélier bâille en attendant l’hiver.