Derrière le premier roman, il y a la première romancière ou le premier romancier.
Au salon du premier roman, nous étions plus de cinquante. Des gens qui écrivent entre deux. Entre le travail. Les enfants. La famille. Les choses à faire. La photo montre deux auteurs rencontrés à Draveil. Je commencerai par la jeune femme. Au civil, Émilie Hermant est psychologue. Elle est aussi photographe. Elle a érit un livre qui s’appelle Réveiller l’aurore.
Son histoire parle d’Alice qui apprend le piano et construit une cabane tordue dans les arbres parce que son père aime le piano et les cabanes dans les arbres. D’ailleurs, la maison familiale ressemble à une cabane en plus grand et à peine plus civilisé. À Aulne, là où est plantée la maison, Alice dispose d’un jour et demi chaque quinze jours pour « passer son entretien d’embauche » en vue de « devenir la fille de son père ». Le reste du temps se déroule à Paris avec des soeurs plus grandes et une maman « immense et longue comme une tige ». Une maman qui va bien. Une maman qui va moins bien. Une maman qui va mal. Une maman qui souffre d’une maladie neurodégénérative rare. Le type de maladie qui peut se transmettre de mère en fille. Un jour Alice apprend qu’elle porte aussi « le mauvais gêne ». Alors, Alice se retire du monde. Alice plonge. Jusqu’au moment où elle rencontre Tahiti Douche, parfum vanille.
La musique du livre tient à la fois de la comptine, du xylophone de la maternelle, du violoncelle, de l’orgue de barbarie et du piano de Schumann. Un peu comme la voix d’Alice Rivières, née le 13 mars 1973, femme, enfant, qui voudrait bien mourir avant que la conscience ne disparaisse dans la faille génétique.
Émilie Hermant, Réveiller l’aurore, Éditions du Seuil

J’ai reçu un coup de téléphone, il y a quelques mois. A l’autre bout du fil, une voix tout à fait aimable m’a expliqué comment me rendre au Salon du premier roman de Draveil. Il paraît que c’est tout près de Paris. Les hommes préfèrent les guerres fait partie des romans retenus pour le prix du premier roman que cette manifestation attribue depuis 2002. J’ai donc été invité à me rendre sur les lieux, le samedi 14 et le dimanche 15 novembre 2009.
Vous êtes né de sexe masculin entre le 23 octobre et le 22 novembre. Convoquez vos parents sur le champ. Prosternez-vous. Rendez grâce au ciel qui vous a mis sur la route de ce couple élu : un homme et une femme qui ont longuement réfléchi avant de s’accoupler avec soin dès le mois de février pour que vous arriviez à maturation en novembre, le plus beau mois de l’année. Juste avant l’Avant. Jouez hautbois, résonnez musettes. L’enfant paraît. Il est beau. Il est élégant. Il porte des boucles blondes. Il sait jouer de la guitare. C’est un garçon.
Vous êtes née entre le 23 octobre et le 22 novembre. Parlez-en à votre avocat. Qu’il contacte vos parents. Qu’il négocie le montant de vos indemnités. Rendez-vous compte : comploter aux premiers jours de l’an nouveau. S’accoupler dès février pour vous obliger à naître pendant le mois le plus sinistre de l’année. Froid. Humide. Sombre. Triste à l’infini. Assez de souffrances inutiles. Que ces pratiques barbares cessent immédiatement pour faire place à la Procréation Assistée par Ordinateur. (PAO)
Yann Graf est un jeune homme plein de ressources.