L’horoscope de la femme cancer (8ème partie)


Nous avions quitté le Princes Charles sur la terrasse de Balmoral Castle, empli d’un bonheur timide qui n’osait murmurer son nom.

Les circonstances du départ furent simples et émouvantes. Camillus coinça avec peine son unique mallette dans le coffre exigu de l’Aston Martin grise qui n’est surtout pas une voiture de livreur. Une DB5 née en 1965 ignore les contingences futiles de votre vie pratique. Elle roule. Elle règne. Elle gronde souplement sur la route agile. Le coffre fut refermé à grand peine et annonça la cérémonie des adieux.

Les deux hommes se prirent tendrement aux épaules pour se murmurer des promesses. Camillus fit un demi-tour et avança la main vers la poignée chromée qui émit un clic léger. La porte s’ouvrit et l’habitacle de cuir et d’acier éteignit d’un seul coup la flamme des boucles fauves. Contact. Moteur. Bruit d’échappement. Charles, le regard flou tendit une main vague alors que l’Aston avançait, millimètre par millimètre, centimètre par centimètre, pour entrer dans l’ailleurs et s’arracher de lui comme un clou.

Il ne resta de Camillus qu’une trace légère et un peu de poussière dans le soir blanc. Sortie sur le perron, Harriet vit le Prince de Galles toujours immobile, le regard fixe sur un point disparu. Elle s’approcha de lui et lui parla doucement, comme au temps des confitures d’orange, au temps où Charles portait encore des bretelles pour retenir ses culottes courtes. Elle lui prit la main.

– Charles, il est temps de renter, maintenant.

L’horoscope de la femme cancer (7ème partie)

Nous avions quitté le Prince de Galles, les pieds nus dans le gravier coupant alors qu’à l’autre extrémité, la tête subissait la loi de l’attraction universelle.

Le French Kiss a ceci de particulier qu’il fabrique de l’intimité. Le mélange des salives rapproche les hommes et les femmes quelques soient les modalités d’assemblage. D’un seul coup, Charles se rapproche de Camillus et vice et versa. Camillus ouvre la portière et Charles se glisse à l’intérieur de l’habitacle étroit. L’exigüité de l’espace ne laisse que peu de place à la conversation et voici que Camillus trouve le levier qui abaisse d’un seul coup le dossier recouvert de cuir tendre qui n’attendait que ça.
Ce qui se passe ensuite a été consigné dans les archives royales et sera déclassifié en 2060. On pourra tout de même s’émerveiller des effets calorifères de la passion qui pousse ces deux excellents jeunes hommes à risquer une fluxion de poitrine alors que trois mètres de gravier les séparent d’un palais rempli de chambres cossues et de cheminées où des fagots de bois odorant crépitent dans le soir froid de septembre.

Le dimanche qui suivit enflamma septembre des derniers feux de l’été. Ce fut comme un dernier soleil, une dernière chaleur, un dernier ciel bleu que reflétait la pelouse encore verte et brillante. L’automne chassé s’était enfui. Assis sur les chaises en fer blanc et protégés du soleil par un large parasol immaculé, Charles et Camillus terminaient une large collation en lieu et place des traditionnels gâteaux au concombre servis avec le thé. L’heure du thé n’avait pas eu lieu. Harriet s’était mise aux fourneaux en fin d’après-midi : après les heures consacrées aux plaisirs des sens et de l’esprit, le désir impérieux de nourritures terrestres avait poussé les deux hommes en direction de la cuisine où elle les avait surpris la main dans le garde-manger. Ne tolérant aucune intrusion dans son royaume, Harriet les avait chassés sans ménagement avec la promesse d’un repas solide et équilibré si les deux garnements pouvaient rester sages, l’espace d’une demi-heure, trois quarts d’heure tout au plus.

Et là, ils avaient bu, ils avaient mangé, un beau fond doré de Pure Malt local et né bien avant eux tiédissait lentement dans les verres larges à fond épais. Le soleil déclinait et les effets conjugués d’un estomac tiède et d’un cœur brûlant les remplissait d’une félicité nouvelle, d’un bonheur encore timide qui n’osait murmurer son nom.

L’horoscope de la femme cancer (6ème partie)

Nous avions quitté Charles, Prince de Galles alors qu’il invitait Camillus à entrer dans Balmoral Castle après une interminable poignée de mains.

Comment résumer ces deux jours que les deux hommes passèrent ensemble, loin de tout et cachés aux yeux du monde par le rideau doux du brouillard écossais ? Comment dire les choses avec tact et sans heurter les sentiments délicats d’un monde pétri de conventions et avide de mariages clinquants où un prince en habit épouse une princesse suivie de sa traine et d’une horde de demoiselles d’honneur ?

Il suffira de dire que ces deux jours furent des milliers de jours. Qu’il y eut des hauts. Il y eut des bas. Il y eut des cris. Des larmes. De longues promenades dans la lande écossaise. Des discussions enflammées. Des remarques désobligeantes. Des mensonges plaisants et des vérités empoisonnées. Des reproches sanglants. Des coups de théâtre.

Il y eut ce samedi soir où l’imposante porte de chêne s’ouvrit avec fracas. Camillus en jaillit, en furie, en courant, en fuite. Les longues boucles de sa chevelure rouge éclataient dans le soir comme une bombe communiste. Trois bonds prodigieux le propulsèrent derrière le volant de son Aston Martin. Contact. La voiture s’arracha d’un seul coup projetant autour d’elle une constellation  d’étoiles de gravier. Au même moment Charles apparut, hagard et en pyjama sous le porche de l’entrée. L’Aston allait effectuer un demi-tour en direction de la forêt. Charles, les pieds nus dans la nuit, se jeta de tout son long dans le faisceau des phares. Il resta ainsi allongé, la face contre la terre, immobile, et espérant le passage de ces roues sur son corps abandonné. Les pneus gémirent et le pare-choc de l’Aston vint s’immobiliser tout contre l’oreille de ce corps étendu. À son bord, Camillus sanglotait, et ses larmes vinrent tacher la gaine de cuir doux qu’une petite main britannique avait cousue avec soin tout autour du volant. Les deux hommes restèrent ainsi et recouverts par la nuit.

Après de longues minutes, Charles se releva, les yeux rougis, son pyjama défraîchi, ses pieds fragiles déchirés par le gravier humide. Devant lui sur la gauche, la fenêtre du passager se mit à descendre lentement, au rythme de la manivelle mécanique que son propriétaire actionnait d’une main tremblante. Une odeur enivrante de cuir chaud remplit la nuit, embrasa comme une torche les sens du Prince de Galles qui se pencha malgré lui vers cette odeur de terre promise et fit passer sa tête à travers l’étroite embrasure. Au même instant, Camillus tourna vers lui son beau visage rempli de larmes. Complice, le brouillard s’approcha de la scène, les entoura de ses plus opaques volutes pour cacher au monde ce qu’il faut bien appeler un French Kiss exemplaire et plus profond que la nuit sans étoile qui les enveloppait.

L’horoscope de la femme cancer (5ème partie)

Nous avions quitté le Prince Charles, la main dans la main de Camillus, sur le perron de Balmoral Castle, Écosse.

Au contact prolongé de cette main tiède et puissante, Charles, Prince de Galles, renaît. Le monde est revenu à sa place. Il sent sa cage thoracique qui s’ouvre. Il sent pour la première fois cette odeur de fumée dans l’air froid de l’automne. Il est entre de bonnes mains, entre de vraies mains. Charles voudrait parler mais les mots restent collés au fond de sa gorge et c’est Camillus qui rompt le silence.

– Tu te souviens, Charles ? Il faisait si beau ce soir là.
– Je me souviens.
– Il avait plu tout le jour et le ciel s’était éclairci. Nous regardions le soleil orange tomber dans la mer.
– Et tu m’avais dit que nos chemins allaient se séparer.
– Exact. Toi le Prince de Galles et moi le prince blanc du blues électrique.
– Je t’ai suivi. Depuis le premier vinyle en 1968, jusqu’au dernier. Jusqu’à l’arrêt. Jusqu’à la fin.
– Il faut bien une fin, Charles, tu le sais bien. Le Flower Power était un rêve. Le rêve. Ensuite le commerce est revenu racheter la musique et les musiciens.
– Oui. Les choses sont rentrées dans l’ordre des choses. Tu es agent immobilier, maintenant. Je suis Prince de Galles. Nous aurions dû fuir. J’aurais dû partir à Paris, monter sur les barricades. Malheureusement, j’aime le polo.
– Et moi j’ai vendu mes guitares.
– Alors, il ne reste vraiment plus rien de nous.
– Il reste quelques photos passées et ta main dans mes cheveux.
– C’est ce que je dis, il ne reste plus rien. Non, ce n’est pas vrai, je te regarde et je te revois. Je te reconnais. Tu es encore Camillus et je suis encore Charles.
– Et pour quelques années encore, nous ne sommes pas morts, que je sache.
– Je ne sais pas. Je crois que je suis mort depuis des années, Camillus. Je suis mort et je ne le savais pas. Je le découvre maintenant que tu es là.
– Allons Charles, nous nous retrouvons après tout ce temps et tu m’apprends que tu es mort.
– Tu as raison. Je ne t’ai pas fait venir ici pour mon enterrement. Il s’agit d’autre chose, c’est délicat, et je n’aurai que deux jours pour te convaincre. Deux jours, le temps nous est compté.
– Charles tu me fais peur, qu’y a-t-il de si délicat pour que tu aies besoin de deux jours pour m’en parler.
– Pas ce soir. Pas maintenant. Ce soir, nous célébrons nos retrouvailles. Harriet a préparé ton kidney pie. Tu te souviens de Harriet ? De ces déjeuners qu’elle préparait rien que pour nous pendant que mère était à l’étranger et que nous avions tout le Palais rien que pour nous ?
– Je me souviens de Harriet. Je me souviens de tout Charles. Moi aussi, je n’ai rien oublié.

– Alors rentrons. Il fait froid, maintenant.

L’horoscope de la femme cancer (4ème partie)


Nous avions quitté le Prince de Galles alors qu’il dévalait l’escalier de la plus haute tour de Balmoral Castle, Écosse.

Charles se tient debout devant la large porte d’entrée en bois de chêne. Derrière lui, le lierre lancé à l’assaut de la façade principale rougeoie dans les dernières lueurs du crépuscule. Un feulement sourd traverse l’air froid. Charles reconnait le son moelleux émis par les entrailles mécaniques d’un moteur britannique qui a écrit l’histoire. Une carrosserie à la mesure du galbe d’Ursula Andress qui l’habita avec grâce en 1965, pendant que Sean Connery se chargeait des vilains.
Le grondement velouté du moteur se matérialise et les pneus souples d’une Aston Martin DB5 grise font tendrement crisser le gravier de l’allée. L’Aston s’immobilise. Une silhouette sombre émerge de l’habitacle. Dans l’obscurité naissante, Charles devine la même masse de boucles lourdes, le même pas élastique. Le temps s’arrête.

Le visage de Camillus rentre peu à peu dans la lumière, et c’est le choc. C’est le même visage. Le visage aimé. Il y a bien quelques rides et quelques ombres de plus. Les yeux se sont peut-être un peu creusés. Mais la bouche est toujours pleine et le nez arrogant. Les boucles sont épaisses et d’un roux flamboyant, qui pâlit à peine sur les côtés. Charles est saisi. D’un seul coup, leurs regards se croisent, leurs mains se touchent et se prennent. Ils se sourient sans pouvoir se parler, encore. Leurs mains se serrent et ils se sourient, encore.

Septembre est saisi et se fige pour regarder deux hommes qui se sourient sur le perron de Balmoral Castle.

L’horoscope de la femme cancer (3ème partie)

Nous avions quitté Charles, Prince de Galles alors que Soames, son majordome partait à la recherche de Mr Parker, un ami perdu sur les rivages troubles de l’adolescence (Voir plus bas)

Charles se tient debout sur la plus haute tour du château. Il est immobile. Le visage tendu vers le soir baroque qui bouleverse le morne ordonnancement du paysage écossais. Les nuages en rut se chevauchent dans une débauche de couleurs pourpres. Pénétré jusqu’au fond de l’âme par les impétueux élans du ciel, Charles frémit. Il regarde vers l’ouest. Il pense aux Doors et à Jim Morrison. « The West is the best ». Jim qui portait une cascade de cheveux bouclés, tout comme cet homme qui est en route pour Balmoral et que Charles n’a pas revu depuis le temps où ils écoutaient les Doors ensemble, cachés dans un recoin de l’aile sud de Buckingham Palace. Il revoit ces cheveux lourds et flamboyants, ce profil altier à peine contrarié par ce prénom ridicule, Camillus, porté comme un étendard malgré les moqueries de ses camarades.
Charles attend.
La nuit tombe sur septembre et l’Écosse est encore plus sombre. Charles frisonne, il faut rentrer. Une dernière fois, il lève les yeux en direction de la ligne sombre qu’on devine encore à travers la forêt. Une lueur faible apparaît comme une promesse, tout au fond de l’ouest. Une luciole fragile et jaune qui avance tremblant à travers l’air froid. Une clarté diffuse que la masse sombre des arbres happe par intermittence.

Une voiture traverse la forêt. À cette heure tardive, ça ne peut être que lui.

Charles s’engouffre dans l’escalier. En ce soir de septembre 1981, il va sur ses 33 ans. Il a beaucoup voyagé, beaucoup vécu, il est marié. Le soir, il bâille. À l’arrière de son crâne, déjà les cheveux se font rares. C’est un homme mûr et déjà fatigué. Mais la vue de cette voiture abolit d’un seul coup toutes les années grises qui le séparent de l’adolescence, des Doors, de Woodstock et des filles au bord du feu, sur les plages de Californie.

En ce soir de septembre 1981, en dépit de ses 33 ans, le prince de Galles a 16 ans.

L’horoscope de la femme cancer (2ème partie)

Nous avions quitté Buckingham Palace alors que Big Ben sonnait cinq coups. (Voir plus bas.)

La reine Elizabeth boit son thé. Diana, le regard dans le vague repousse d’un geste las la tasse posée sur un plateau d’argent qu’un majordome empesé tient entre le pouce et l’index. Charles réfléchit intensément. Il faut faire un enfant. Il se souvient de cet adolescent à l’allure vénitienne rencontré sur les champs de courses. Ce camarade aux épaules fuselées et à la longue chevelure bouclée. Son esprit s’envole. Il revoit les poursuites infinies dans les lueurs pâles de l’automne. Deux adolescents en fleurs montés sur des chevaux fous que les premières brumes exaltent. Et un soir, ce moment unique aux lunes où Charles malgré lui tendit une main peureuse vers cette toison dorée pour en éprouver le maintien, les doigts perdus dans les lourdes boucles rousses qui flamboyaient encore au cœur de la nuit. Charles a une bouffée de chaleur. Il a besoin de ces cheveux lourds, de ce regard bleu qui vire au vert. C’est une souffrance presque immédiate. Il manque à son cœur une moitié de son cœur. Charles appuie sur un bouton. Il se lève, marche jusqu’à la fenêtre où il attend droit et mélancolique aussi.

– Monsieur a appelé ?
– Soames, vous souvenez-vous de Mr Parker, vous savez, ce jeune homme qui montait à cru Sameson, cette jument écossaise ?
– Monsieur, comment pourrai-je l’avoir oublié ? Un si beau maintien, un port de tête royal, si je peux m’exprimer en ces termes.
– Certes Soames. Certes. Voilà des années que nous ne nous sommes plus rencontrés et je me demandais si le temps n’était pas venu de l’inviter pour un week-end de chasse à Balmoral. Je voudrais le revoir, revoir ses boucles cuivrées que le temps a peut-être préservées de l’outrage du temps. Voyez-vous Soames, le souvenir de ces longues chevauchées dans la brume dorée de l’automne fait remonter le poète en moi.
– Monsieur, je vais de ce pas consulter votre emploi du temps et contacter Mr Parker. Septembre arrive, la saison de la chasse et du saumon, la saison des feux de cheminées roux, la saison où le soleil rouge meurt assassiné.
– Eh bien, mon bon Soames, après ces considérations saisonnières, je vous laisse prendre langue avec mon excellent ami que j’ai hâte de retrouver en tête à tête. Prévenez la Princesse de Galles que je ne serai pas disponible durant le week-end en question. Et je reprendrais une tasse de thé, s’il vous plait.

Tea break two.

L’horoscope de la femme cancer

Sweet Lord.

À l’instant où j’émerge des rayonnages poussiéreux où me plonge la confection scientifique de cet horoscope, à cet instant précis où les mots s’assemblent pour former ces lignes qui regardent le futur jusqu’au fond des yeux, à cet instant unique où les montres tremblent, je retiens ma plume et mon élan se brise.

J’hésite à poursuivre, mais pourtant il le faut. Depuis trois jours déjà, nous sommes entrés dans le temps du cancer et il faut livrer la marchandise. Donner le futur en pâture à une horde de naïades nées entre le 22 juin et le 22 juillet. Livrer un terrible secret. Alors voilà.

Mesdemoiselles, Mesdames. Il s’agit de William de Galles. William Arthur Philip Louis, né le 21 juin 1982 au Mary’s Hospital de Paddington à Londres. Je sais. Je connais toute la charge érotique liée à l’évocation du corps souple de ce jeune homme anglais qui perd ses cheveux avant l’âge. Il est beau comme sa mère. Il porte les jupes de son père. Il est Anglais comme sa grand-mère. Il lit couramment. Il conduit à gauche. Il a le visage doux et le pied ailé. Il a le frère roux. Eh bien, si ce Prince que toute l’Angleterre couve de ses yeux énamourés est bien le fruit des entrailles de Diana, le papa n’est pas celui qu’on croit. Voici pourquoi.
La vie à la cour d’Angleterre est réglée par une étiquette stricte qui ne laisse que peu de place à l’intervention du hasard ou de la fantaisie, sauf pour le choix des chapeaux. Alors, en matière de prince héritier du trône, imaginez un peu la somme de conditions à remplir pour que le poupon soit digne et propre sur lui. Le protocole prévoit tout, de la phase de la lune qui illuminera le royal coït jusqu’à la tenue recommandée pour l’accomplissement optimal d’icelui. Il existe une règle cachée, une condition ignorée de tous qui a toujours été respectée depuis le  décès d’Anne de Grande Bretagne, le premier août 1714. Cette règle secrète précise que les deux géniteurs royaux doivent impérativement partager le même signe astrologique pour que le ciel permette au fruit de leurs entrailles de passer sans encombre le cap de la première semaine. Il faut dire qu’à elle seule, Anne comptabilisait treize fausses-couches, ce qui donne à réfléchir.

Le 29 juillet 1981, Charles épouse Diana et vice-versa. Peu de gens le savent, mais le Prince Charles est bien né le 14 novembre 1948, alors que Diana pas du tout. Et c’est bien là tout le problème. D’un côté, Charles, scorpion. De l’autre côté, Diana, cancer. Au milieu et peu pénétrée par les choses de l’amour, la reine Elizabeth ordonne à Charles de se retirer. Charles s’exécute, la mort dans l’âme. Diana sombre dans l’anorexie. Butée, la Reine attend. Les fronts se rident. Les fronts se creusent. Penchée au sommet de la tour haute, Diana regarde le vide le regard vide. Sous la jupe, Charles s’amollit. Sous le diadème, la reine réfléchit. Big Ben sonne cinq coups.

Tea time.

L’horoscope de l’homme gémeaux

Suspendu entre deux ciels, l’homme gémeaux hésite.

À ma gauche, Jacqueline Bouvier, 1 mètre 70 pour 54,5 kilos. Ascendance française. Brune tendance Chanel, ou Givenchy et port de tête trop royal pour une démocratie.
À ma droite, Norma Jean Baker, 1 mètre 61 pour 55 kilos. Ascendance compliquée. Blonde tendance callypige et une prédilection pour les robes cousues à même la peau.

Entre les deux, toutes les autres femmes.

L’homme gémeaux est divisé. Il y a le blond, bien sûr. Mais il y a le brun, aussi. Et il y a toutes les couleurs au milieu. Il faudrait au moins être deux, avoir quatre mains pour prendre tout.

JFK a fait son choix. Il prend Jackie. Il prend toutes les autres femmes. Et pour finir, il prend Marylin, qui est toutes les autres femmes.

L’horoscope de la femme gémeaux


La femme gémeaux sera changeante, double, triple, multiple.
D’ailleurs je vois multiple en la regardant.

Une fois de plus, la femme gémeaux naît en 1973. Je crois que j’aimerais bien retourner en 1973.
C’est une femme changeante et c’est toujours la même femme. C’est une femme qui vit de l’autre côté de la ville. Sur l’autre rive. Elle rêve. Elle part en guerre. Elle ne comprend pas pourquoi les gens meurent et pourquoi ils meurent dans l’indifférence. Elle refuse l’indifférence. Elle veut rester vivante. C’est peut-être parce qu’elle a vu la guerre, regardé dans l’oeil du canon. Elle rit et danse dans la fumée noire. C’est peut être parce qu’elle a vu la guerre, dansé sur l’oeil du canon. Elle est à la fois triste et gaie. Blonde et brune. Longue et brève. Riche et pauvre. En noir et en couleurs.

Elle porte des jupes courtes et des cheveux mi-longs. C’est une femme changeante. C’est toujours la même femme.