L’homme se lève et il est nu. Poilu. Luisant. Il sent la pelure d’oignon. Il se gratte l’entrejambe. Dans le hoquet qu’il réprime, remonte une gorgée rance de Sauternes frelaté sur son lit de foie gras à demi digéré. Ensuite, reviennent les viandes rouges en voie de décomposition que l’ail du gratin recouvre à grand peine. Burp. Broo. L’homme entre dans la salle de bains. Il relève la lunette des WC. Il empoigne son petit oiseau d’une main moite. Un vertige le saisit. De l’autre main, il s’appuie sur le mur brillant en face de lui. Re-burp. Il ferme les yeux. Sa langue dégage un éclat de Parmesan coincée entre deux molaires. Il remâche. Il rumine. Il se souvient de la raison de sa présence en face de ce trou sombre et brillant. Un jet incertain zèbre les parois de la cuvette pour rebondir en gerbe de goutelettes qui s’accrochent aux poils de ses jambes.
C’est le premier matin de la nouvelle année.
Bonannus. Bonanna. Bonannum.
Catégorie : Vu sous la jupe des étoiles
L’AUTRE VISAGE DE L’ISLAM
Sous la jupe de Copenhague
J’ai bien remarqué que la planète meurt.
La planète et nous avec. Il faut faire quelque chose. C’est sûr. Que tous les grands fromages se rencontrent au sommet. Qu’ils se mettent d’accord et qu’on en finisse une fois pour toutes. Mais quand j’apprends qu’il y a :
– 31’000 personnes
– 1’200 limousines
– et 140 jet privés
à Copenhague qui vont unir leurs efforts pour rejeter 41’000 tonnes de carbone dans l’atmosphère scandinave, je pense qu’il est temps d’aller aménager ma caverne dans les montagnes. Heureusement, suite à une embrouille administrative, les 1’400 prostituées officielles ont promis une gâterie gratuite à chaque participant(e) esseulé(e) et muni d’un laisser-passer officiel pour cet écologique événement.
Café Vert est ouvert, Café Vert est tout vert.
Café Vert est un site internet qui propose chaque mois une émission de 5 minutes en vidéo. Une présentatrice introduit des sujets qui sont tous reliés à l’écologie et au développement durable. Le ton est léger, un peu décalé, jamais chiant ou moralisateur. Pas de totalitarisme écologique, juste des sujets qui passent gaiement de la mode aux énergies renouvelables.
D’ailleurs, qui a dit qu’une voiture électrique devait être petite, moche et plus spartiate qu’un congélateur ? Je vous laisse donc visiter l’intérieur de ce tout nouveau véhicule écolo et rigolo.
Sous la jupe des shorts de course
La course de l’Escalade se déroule à Genève.
Au début décembre de chaque année. Il y a des enfants, des adultes parfois déguisés en fromages, des marcheurs, des joggeurs, des coureurs et à la fin on casse une marmite en chocolat en souvenir des marmites de soupe aux légumes lancés sur les crânes nus des Savoyards venus escalader les remparts de la ville, il y a quelques siècles.
Devant la piétaille, se trouve un petit peloton de coureurs d’élite venus là pour des histoires de records, de podiums, et aussi de primes parce que l’argent nourrit le coureur étique. Souvent bronzé, le coureur ailé est parfois carrément noir. Et c’est justement là qu’il y a comme une couille. Les organisateurs genevois sont aussi des statisticiens. Plongés dans le palmarès des années précédentes, ils voient bien cette déferlante de coureurs de couleur qui raflent tout le pognon des premières places. Le coureur noir va trop vite. Il vient manger le pain blanc réservé aux blancs. Il faut faire quelque chose. Les organisateurs d’une course voisine leur soufflent la solution. Il suffit de rétribuer maigrement les trois premiers arrivés, toutes provenances confondues. Ensuite d’établir un classement séparé, éthniquement pur et spécifiquement réservé aux Suisses. Et d’arroser généreusement les athlètes AOC qui courent moins vite que leurs homologues exotiques et dopés à la négritude.
A la radio, le type qui expliquait a dit que le plus simple, c’était de contingenter les Noirs. Que dans les jeux olympiques d’hiver, on faisait tout pareil. On contingentait les Blancs. Pas plus de 4 ou 5 (?) skieurs suisses pour la descente. Sinon, c’est l’invasion, des Suisses partout, le premier Autrichien au-delà de la dixième place et aucune chance pour un descendeur kényan de figurer parmi les 20 premiers.
Heureusement qu’il y a le sport et la religion. Sinon les hommes auraient peut-être oublié d’être cons.
The Armonist
Peut-être que vous vous souvenez encore.
Dans les années 70, la musique était fabriquée sur des bandes, depuis des studios en bois. Le son était chaud comme une crème au caramel et les guitares à couper au couteau de boucher. Les musiciens se servaient de leurs instruments pour fabriquer de la musique en chair et en os.
The Armonist, ce serait un peu comme si on avait ressorti les bandes, les studios huit pistes et les guitares usées par le frottement d’un plectre qui sait exactement où il va. Pas besoin d’explication ou de mode d’emploi : la musique est aussi une histoire d’artisans qui maîtrisent leur art.
Alors voilà The Armonist, groupe nouveau, son contemporain, et pourtant enfoncé jusqu’aux genoux dans le jus pas toujours pasteurisé des seventies. De vraies mélodies et des plages de guitare qui rappellent ce temps béni où les musiciens savaient avant tout jouer de la musique.
Deux liens pour découvrir la version studio et la version accoustique de leur premier titre :
http://www.myspace.com/thearmonist
http://www.mx3.ch/artist/thearmonist
Sous la jupe du soleil
Le mur de Berlin est tombé. Derrière le mur, côté est, les architectes avaient tiré des traits droits et perpendiculaires. Et surtout, confisqué tous les pots de couleurs, passé les villes à la machine monochrome. Blanc. Gris clair. Gris moins clair. Gris foncé. Presque noir. Gris plutôt chaud. Gris plutôt froid.
Sans prévenir, le soleil se lève. Il barbouille ces surfaces atones de jaune, d’orange et de rouge. Il pose des reflets dorés aux vitres. Il creuse des ombres bleues. Il dessine des reflets flous. Il met le bordel partout.
Le soleil fait la révolution.
Sous la jupe du dragon
C’était au mois d’août. Nous étions plusieurs installés derrière une table, juste devant la vitrine de la librairie La Liseuse à Sion. C’est là que j’ai rencontré Marie-France Vouilloz Burnier et son étude sur les femmes d’Hérémence dont j’ai déjà parlé.
J’ai aussi fait la connaissance d’Alain Bagnoud qui présentait Le Jour du dragon, le deuxième tome d’un récit autobiographique qui en comptera 7. Le petit garçon du premier volume, La Leçon de choses en un jour, a pris quelques années. Il vit toujours dans le même petit village valaisan. La famille, l’église, les montagnes sont toujours là mais les années 70 ont repeint le paysage avec de nouvelles couleurs et des fumées pas très catholiques. Le récit se concentre sur une seule journée : le 23 avril, la fête de la St Georges, le saint patron de la commune d’Aulagne. Avant de partir sur les routes pour jeter à la face du monde les accords déchirants de sa guitare électrique, le narrateur se prépare à son premier défilé dans la fanfare des dorés. Là où jouent son père et ceux de son clan. A bonne distance des argentés, la formation du parti adverse, composée de musiciens au jeu mécanique et dépourvu d’émotion. Le jeune homme se met en place, le tambour sur l’épaule. La musique démarre. Le groupe part au signal et défile au pas. La St Georges a commencé. Suivent toutes les étapes rituelles, la messe et le sermon. La réunion de l’assemblée villageoise qu’un verre de vin blanc tient en équilibre. Les discours. Les appartements à construire pour les touristes qui arrivent et qui jouent au golf, parfois. Justement, il y a cet endroit, ce plateau bien lisse au-dessus de la plaine : il suffit d’en discuter, de s’arranger pour que les flots d’argent frais coulent dans la bonne direction. Voilà pour le plan large.
Pour le plan serré, le narrateur utilise son nouveau statut de musicien officiel pour se rapprocher des musiciennes et rejoindre le groupe des filles très loin, de l’autre côté de la place du village. La traversée est mouvementée mais la tentative réussit et se conclut par un baiser échangé dans la pénombre de l’église où St Georges vient d’être célébré. Le voyage se poursuit dans l’atelier d’un peintre où le narrateur est confronté avec violence et pour la première fois à la représentation crue du corps féminin et des ses parties intimes. Le voyage se termine dans le garage de la première boum. Le rock, les slows, les garçons d’un côté, les filles de l’autre, le premier joint et la dernière danse dans les bras de cette demoiselle aux multiples bracelets et au merveilleux sourire.
Alain Bagnoud vient de là. Il parle de ce qu’il connait, de ce qu’il a vécu. Sans fards, parfois avec une distance amusée et attendrie sur cet adolescent mal assuré et malhabile, descendu de son village pour étudier en ville. Un adolescent en voie de développement.
En ce temps-là, dans ce pays-là, les filles étaient farouches, Katmandou un mythe inaccessible et rouler un joint l’étape ultime de la transgression. C’était au début des seventies. Un siècle plus tard, le vinyle est toujours vivant et il sonne bien plus vrai qu’un fichier MP3.
Alain Bagnoud, Le jour du dragon, Éditions de l’Aire, http://www.editions-aire.ch
Le blog d’Alain Bagnoud est en lien sur la liste des blogs amis.
Sous la jupe de Neil
Je me suis approché du haut-parleur, derrière la grille sous le plafond. C’était bien la voix de Neil Young. Jamais entendu la chanson. J’avais la chair de poule et presque les larmes aux yeux. Ce qui sortait du haut-parleur, c’était des pavés de musique lourde, de la batterie brute et une guitare enrouée. Sur ce son carré flottait le fantôme blanc de la voix de Young.
Les mots n’arriveront pas à décrire la texture des notes qui tombaient du plafond. La musique se passe d’explications ou de courroie de transmission. Pas besoin de savoir lire ou écrire, parler l’anglais ou le mandarin, le son passe directement dans le sang.
Comme je me trouvais justement dans un magasin de musique, c’est dingue, je me suis approché d’un vendeur nubile en caressant l’espoir fou que cet adolescent pourrait me renseigner sur la chanson. Ce qui me permettrait d’acheter l’album. De retrouver la mélodie. De la repasser en boucle et bien à fond, tout au fond des oreilles. Le jeune homme était parfaitement au courant. Il s’est dirigé vers un rayon et m’a tendu une galette brillante et prête à enfourner.
Béni sois-tu, vendeur inspiré d’avoir illuminé ma journée. Quand j’y repense, j’ai toujours le même vertige, il me faudrait des tentacules, des antennes, des espions. Des clones qui ratissent le monde une loupe à la main à la recherche du son, du mot ou de l’image qui sauront me percuter le cœur jusqu’au fond des yeux.
Neil Young and Crazy Horse, Prime of Life, Sleeps with Angels, 1994.
Sous la jupe des garçons
Je me promène le long du lac.
Le dimanche matin, les flâneurs apprennent aux joggeurs l’art de l’esquive. Derrière moi, un son mécanique qui grandit : le bruit d’un petit moteur et le couinement énervé des engrenages qui frottent à toute vitesse. Une voiture rouge me dépasse, suivie de son petit propriétaire penché sur les manettes de la télécommande. Le papa suit, prêt à intervenir en cas de sortie de route ou de collision.
La voiture rouge. Le petit garçon. Le papa.
J’ai pensé à la même scène au féminin. La voiture rouge. La petite fille. La maman.
Est-ce que la petite fille devient un garçon, à la fin ?
