ISEULT : Qui c’est ?
LE FLEURISTE : C’est le fleuriste.
ISEULT : Qu’est-ce que c’est ?
LE FLEURISTE : Des roses rouges avec des cœurs rouges. Pour la St VALENTIN!
ISEULT : Oh, mon chéri, c’est tellement original, tellement romantique.
TRISTAN : Mais non chérie, c’est rien, il faut que notre amour éclate sur le monde comme une bombe anarchiste.
ISEULT : Oh, mon chéri, c’est tellement beau ce que tu dis que je sens mes sens s’embraser. Oui, mes sens sont tout à fait embrasés. Viens maintenant.
TRISTAN : Alleluia ! Noël ! À nous les femmes qui fument.
ISEULT : Oh oui, encore. Un peu plus à droite. Encore. Non. Trop à droite
TRISTAN : Ben, faudrait savoir.
ISEULT : 1 degré à gauche. Doucement. STOP. OH OUI.
ISEULT & TRISTAN : Râh. Âah. Oh oui. OUI. OUI! EXTASE ROMANTIQUE!
TRISTAN : Alors, heureuse ?
ISEULT : Mieux, amourheureuse.
TRISTAN : Il faut virer le type qui écrit les dialogues.
LE FLEURISTE : Ces messieurs-dames ?
TRISTAN : Quoi encore ?
LE FLEURISTE : Les fleurs, je les mets où ?
TRISTAN : T’as pas entendu notre moment romantique ?
LE FLEURISTE : Ah ben ça, faudrait être sourd…
TRISTAN : Alors, maintenant que j’ai tiré mon coup, tu remballes tes tulipes à deux balles et tu te barres. COMMERCANT!
Catégorie : Vu sous la jupe des étoiles
Sous la jupe des lettres rondes ou carrées
Mon fils de 19 ans termine son collège, lycée, gymnase, pour obtenir sa maturité ou son bac, comme vous voudrez, je traduis pour le monde entier. La dernière année d’études comprend un travail de maturité – ou de bac – sur un sujet plus ou moins imposé. Là, il s’agit de réchauffement climatique et d’inondations. Mon fils a établi un questionnaire sur le sujet, qu’il a distribué autour de lui et que je dépouille pour en tirer les jus essentiels et des diagrammes en forme de camemberts pas mûrs. Comme il s’agit d’un travail scientifique, j’ai procédé avec méthode. J’ai pris tous les questionnaires et fait quatre piles. 4 catégories d’âge, en gros :
1) Les adultes en voie de développement
2) Les adultes en voie d’accouplement
3) Les adultes en voie de vieillissement
4) les adultes en voie d’achèvement
Toujours pénétré de rigueur spartiate, je commence avec les jeunes et fais un tas avec les questionaires retourné par les participants de 0 à 20 ans. Je commence mon travail de fouille. Et là, la stupéfaction me prend à la gorge. Je n’y crois pas. Je regarde encore. C’est un choc visuel. Je regarde l’écriture. La calligraphie. Stupéfiant. 33 adolescents ont retourné le questionnaire.
Chez les 16 adolescentes je vois une écriture pratiquement identique. Des lettres bien liées, rondes, pleines, régulières, dessinées avec soin. C’est chou.
Les 17 adolescents écrivent n’importe comment, montent, descendent, certains s’étalent, d’autres explorent la verticalité ou la diagonale aléatoire. Le dessin des lettres relève de l’esquisse et même de l’éllipse pour les plus pressés. C’est le bordel.
Pourtant, toute cette belle jeunesse a été scolarisée dans la même région, avec les mêmes enseignant(e)s utilisant les même méthodes d’enseignement de l’écriture.
Au final, les filles, les garçons et le mur de Berlin au milieu.
Sous la jupe du crépuscule
Filles dorées et garçons charnus.
Je vous demande pour une fois de lire ce qui suit avec une extrême attention. Pour ceux que l’écran incite à la lecture rapide, imprimez cet article et lisez à feu doux. Pour les autres, prenez votre tête dans vos mains mon cousin.
Nous allons pour une fois quitter l’anecdote et monter toucher la philosophie. Tout le monde est prêt ? OK, alors voici mes questions : pourquoi le coucher de soleil est joli ? Pourquoi le soleil flamboie ? Pourquoi le ciel poudroie ? Pourquoi l’instant d’avant tout est orange ? Pourquoi l’instant d’après tout est violet ? Et pourquoi ce dégradé de couleurs de l’orange sanguine à l’oultremer.
Vous dites ? Oui ? La réfraction de la lumière! La direction des rayons qui franchissent l’atmosphère à un angle alpha. Les rayons qui sont déviés sur une trajectoire béta. Les couches gazeuses. Stop! La physique, la chimie et l’optique, c’est très cool, vraiment. La réfraction, la diffraction, célébrons les mots en « ction » qui sont riches en glucides lents. Tout s’explique et même le reste. Il suffit d’un cerveau supérieur, d’une éprouvette graduée et d’un ordinateur piloté par ordinateur pour décrypter les phénomènes optiques les plus sophistiqués. La technique, c’est du nougat. Alléluia.
Mais alors pourquoi c’est beau ? Le soleil aurait pu juste se casser la gueule au fond du ciel sans faire un fromage. Sans envoyer un feu d’artifice superflu qui oblige des millions d’humains à faire des millions de photos. Un ingénieur aurait réglé la chose sans états d’âme. 18h57 le soleil est là. 18h58 le soleil n’est plus là. Une minute, c’est le jour. La minute suivante , c’est la nuit. Bonne nuit les petits.
Pourquoi faire beau quand on pourrait faire rien ?
K, histoires de crabe
C’est une femme, MDA, qui raconte l’histoire de son crabe. Un crabe rouge qui ronge son intérieur. Le crabe se goinfre. Quand il relève la tête, MDA regarde le crabe droit dans les yeux.
« Ce n’est pas si terrible. Je vais mourir bientôt. »
La résurrection du cimetière
Il faut se rendre à l’évidence. Les cimetières sont très peu fréquentés par les vivants.
Pour les morts, je ne dis pas. Mais les vivants préfèrent aller voir un bon match de football ou regarder les gens mourir à la télévision. Et même à la télévision, on néglige la mémoire des défunts : les méchants arrivent, posent des bombes à retardement et ouvrent le feu sur la population. Les gentils arrivent et ouvrent le feu sur les méchants. On dénombre 45 cadavres. Cut.
La scène suivante s’ouvre sous un arbre avec un plan panoramique sur un cimetière un jour d’été. Une assemblée vêtue de noir regarde le cercueil noir qui descend dans le trou noir. Derrière l’assemblée, une silhouette noire sort d’un 4X4 noir. Le flic s’avance alors que la famille éplorée reçoit les messages de l’assemblée dévastée. Le flic s’incline devant la veuve. Très sobre, il lui présente ses condoléances et lui demande de passer à son bureau demain à 5 heures. Cut.
Dans la scène suivante, on passe immédiatement dans le bureau du flic où la veuve attend. Personne n’a pensé à un plan fixe, juste 2 secondes où la caméra s’arrêterait devant la pierre tombale.
Le problème des cimetières, c’est justement ça : le manque d’action. Le manque de résurrection.
Il ne s’agit plus d’attendre la venue d’un hypotétique messie. La vie doit revenir dans les cimetières. Prenons le contre-pied des scénaristes américains et arrêtons-nous longuement devant une pierre tombale. Nous découvrons une vaste étendue verticale de marbre brillant, à peine entamée par un prénom souvent très bref, suivi d’un nom de famille souligné de deux dates. Il reste une surface considérable, un espace inutilisé, alors que nos usines fabriquent des écrans électroniques aussi fins qu’une feuille de cellophane. Collez l’écran souple sur le marbre froid. Tissez un réseau d’ondes entre les tombes et vous obtenez le premier cimetière interactif. On remplace les carrés confessionnels par les carrés professionnels, et vous livrez un produit segmenté et prêt à la consommation. Le carré des footballeurs avec leur site internet, web TV, news en direct : « À la mémoire de Maradona qui fêterait aujourd’hui ses 124 ans. » Le carré chobiznesse : « Aujourd’hui, Madonna fête ses 124 ans. » Le carré cuisine : « 124 plats sortis du four. » Le carré eau minérale compterait 40’000 amis. Mille fois moins que le carré boisson alcoolisées et ses 40 millions de sympathisants qui retrouvent chaque soir leurs chers disparus pour prendre l’apéro. La visite du cimetière devient une expérience sociale ou des amis se regroupent par affinités et par centres d’intérêts. Un peu comme si on sortait de chez nous pour jouer à facebook pour de vrai.
Jésus revient. Pour vous flinguer. 1ère partie
Nous sommes en l’an 27 après Lui.
Jésus est beau. Une cascade de boucles blondes inondent son visage préraphaélite. On dirait Robert Plant au début de Led Zeppelin. Il sillonne les territoires pas encore occupés avec son groupe. Les foules subjuguées le suivent sur les collines arides où rien ne pousse. Alors il fait pousser le pain et le poisson. Les foules s’empiffrent en attendant la distribution de café et d’alcools interdits. Pendant que ses ouailles ont la bouche pleine, Jésus parle en disant finalement très peu de conneries.
Bon, c’était il y a 2000 ans et depuis, on a eu des tas de choses à faire, inventer la télévision et les émissions où une présentatrice mammaire fait bander la roue de la fortune. Il est donc parfois nécessaire de revenir aux jours anciens et d’exhumer les papyrus fragiles où les scribes ont retranscrit en direct les paroles du divin enfant.
Jésus a dit. Par exemple : « Tu ne tueras point. »
Formule trapue, qui laisse très peu d’air à l’exégète. Interdiction de tuer pour tous. Partout. Tout le temps. C’est clair?
– Et si, j’ai quand même envie, juste pour faire briller mon gros calibre?
– C’est non.
– Et si mon voisin fait rien qu’à m’embêter?
– C’est non.
– Et s’il nous faut une bonne guerre?
– C’est non! NON et NON. Pas d’histoires. On ne tuera pas. Point.
Jésus revient. Pour vous descendre. 2ème partie
Deux mille ans et des tas de poussière plus tard, nous voilà vous et moi dans le désert irakien.
Nous tenons dans nos mains tremblantes un gros flingue automatique surmonté d’une lunette de visée qui permet aux troupes américaines de regarder l’ennemi entre les yeux même quand l’ennemi ressemble à un point tout au fond de l’horizon.
En observant attentivement le viseur, nous découvrons une inscription gravée dans le métal 2COR4:6. Nous levons un regard interrogateur vers le possesseur de l’arme, un soldat étatsunien couleur désert. Quel est donc ce code secret? Serait-ce le numéro de série de l’appareil? Le numéro d’appel de la hotline en cas de problème optique? Le mercenaire sourit. Le mercenaire sent bon le sable chaud. Reprend son joujou et caresse l’inscription du bout des doigts. Le mercenaire nous parle. Il explique que nous sommes immensément ignorants et intensément cons. Un numéro de série? Et pourquoi pas le numéro de portable de Marylin Monroe?
Le mercenaire nous tance. Un peu de spiritualité, bordel! Regardez-vous, hommes de peu de foi. Regardez-moi. Ouvrez vos âmes aux choses supérieures. Le temps de la conversion est arrivé.
Alors le mercenaire explique:
– 2, c’est deux. Imbéciles! COR, c’est Corinthiens, comme dans « Deuxième épitre aux Corinthiens ». Vous voyez, une épitre, c’est comme une très longue lettre que Saint Paul écrit à l’église de Corinthe pour leur dire que Jésus c’est de la balle. 4, c’est le chapitre. 6, le verset ou un genre de phrase si vous préférez. Attardés! Athées! Mécréants.
Jésus revient. Pour vous dézinguer. 3ème partie
Comme le soldat étatsunien s’appelle Stallone et fait 2 mètres de haut pour 120 kilos de large, tout le monde écoute très attentivement.
Stallone: OK. Y en a un qui peut me dire de quoi ça parle ?
Nous: Raclements de gorge et silence gêné.
Stallone: Évidemment, personne. En vérité, je vous le dis, la moisson est abondante et les moissonneurs peu nombreux.
Nous: ?
Stallone: Bande de crêpes. On fait pas les foins. La moisson, c’est une métaphore.
Nous: Et c’est quoi une métaphore ?
Stallone regarde tristement la terre aride. Se reprend.
Stallone: OK les gars. Reprenons. Deuxième Épitre aux Corinthiens, chapitre 4, verset 6. St Paul dit: « Car Dieu a dit : La lumière brillera du sein des ténèbres! Il a fait briller la lumière dans nos cœurs pour faire resplendir la connaissance de la gloire de Dieu sur la face de Christ. »
Nous: …
Stallone: Vade retro tout le monde. Je crois bien que vous m’avez énervé. Mettez-vous à couvert. Ça va chier.
Nous nous abritons sous un tas de sac de sable. Stallone se met à courir vers les lignes ennemies. Il se jette à terre. Il scrute. Il attend. Une silhouette ennemie traverse le champ de son viseur. Il sourit. Il se déplace un peu. Il tire la langue avec application. Il a le visage de l’ennemi en plein milieu de la mire. Une seule détonation. Une seule balle. Entre les yeux. De l’autre côté, ça dézingue à tout va. Accroupi sur son flingue biblique, Stallone se replie vers nous . Il écarte les bras. Il va parler.
Stallone: Alors les petites tapettes ? On dit plus rien ? C’est le douzième de la journée. Dieu a dit : la lumière brillera du sein des ténèbres.
Nous: Silence cathédral.
Stallone: Moi et Jésus. On les aura tous. Ces enculés.
Jésus revient sur un canon. Épilogue
Pour les femmes et les hommes de peu de foi qui ne peuvent croire sans avoir vu, voici le détail du viseur d’un soldat américain.

Dans l’ellipse rouge, on peut lire 2COR4:6.
Le fabricant s’appelle Trijicon, une société basée aux États-Unis d’Amérique qui s’expose sur http://www.trijicon.com. Si on n’aime pas les Corinthiens on pourra toujours se rabattre sur l’évangile de St Jean, avec l’inscription JN8:12 : Jésus dit : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie. »
Heureux les soldats américains. Ils transportent Jésus et sa parole sur le canon de leurs armes. À chacun son verset personnalisé : la bible est longue et il faut bien reconnaitre que Jésus avait le sens de la formule choc. Par exemple :
TU NE TUERAS POINT!
CONNARD!
Et pour nos amis anglophones, un lien qui raconte l’histoire enchantée des viseurs bibliques.
Sous la jupe de Terry Gilliam
L’IMAGINARIUM DU DOCTEUR PARNASSUS
Quel beau titre. Bien barré. Loufoque et érudit. Anachronique. Mi-latin, mi-raisin.
Imaginarium fait penser à aquarium, pour les optimistes ou funérarium, pour ceux à qui l’hiver rappelle le sapin.
Accolé à Parnassus, docteur fait tache, incongru. Pourquoi pas Folamour ou Mabuse, pendant qu’on y est ? Méfions-nous des films avec un nom de docteur. Dans la plupart des cas, des ouvrages destinés à jeter le discrédit sur la corporation médicale, qui montrent des médecins sans malades. Des pervers. Des psychopathes. Des illuminés. Des dingues prêts à faire sauter la salle d’oprération.
Et aussi, ce Parnassus, nom de famille tout à fait tombé en désuétude. Il y a bien la Tour Montparnasse, mais il s’agit, pour quelques mois encore, du plus haut édifice de France. Pas du médecin de Jules-César.
On voit bien à quel point ce titre est branlant. A côté de la plaque. Mal peigné. Mal réveillé. Mélancolique. Perdu. Brillant. Étranger. Extra-terrestre. Comme Terry Gilliam. Comme le film. Comme Heath Ledger qui finit par s’endormir pour de bon à force de ne plus trouver le sommeil.