Il s’agit d’un best-seller étatsunien. Le titre, c’est « Wealth, War and Wisdom » autrement dit « Richesse, Guerre et Sagesse » avec des majuscules pour faire plus lourd. J’ai vu un résumé en cherchant autre chose sur la grande toile. L’auteur s’appelle Barton Biggs. Les gourous économiques étatsuniens le placent dans l’élite des 10 meilleurs stratégistes vivant sur cette planète bleue qui déteint. Donc, nous avons affaire à la crème de la crème économico-financière, le gars qui tient les manettes du pognon dans ses petites menottes remplies de bagues en or massif.
Que dit sa Très Wallstreetienne Altitude ? Je traduis : » Les investisseurs doivent intégrer la possibilité d’une rupture des infrastructures qui organisent le monde civilisé. « En clair, les pauvres finissent par s’énerver et se transforment en hordes barbares. Ils défoncent la civilisation à coups de hache. BOUM. Tout est rasé. Nous errons à la surface irradiée de la terre. Nous recommençons à décapiter notre prochain pour un quartier de mammouth, que nous mangeons ensuite avec les doigts.
Monsieur Biggs s’adresse aux riches qui désirent le rester après le soulèvement des classes populaires. Voici ses conseils précieux, à mettre en application dès à présent. » Pour se préparer à la fin de notre civilisation, votre camp protégé doit être autonome et capable de produire de la nourriture… Vous devrez disposer d’un stock important de semences, d’engrais, de nourriture en conserve, de vin, de médicaments, de vêtements, etc« … En lisant plus avant, on comprend que la catégorie « etc » regroupe les sous-catégories armes de poing, armes blanches, armes à feu et tout autre système de défense à même de dissuader les barbares de s’en prendre aux boîtes de caviar stockées en cave climatisée pour le retour des beaux jours.
Mais là où on mesure vraiment toute l’attention portée au futur bien-être de nos riches, c’est qu’en plus des produits de première nécessité, (bouffe, médicaments, habits) cette liste de survie comprend un intrus de taille. Un élément tout à fait superflu. DU VIN! Relisez.
Vous vous rendez compte ? Les riches auront tout prévu. Même le Champagne pour continuer à faire la fête après la fin du monde des pauvres.
Je regarde parfois les gens à table dans les restaurants. À part les solitaires et quelques couples silencieux qui mangent en regardant le vide, tout le monde parle.
Pas que refuse d’apporter ma contribution au financement de la route et du rail, mais la Confédération qui m’héberge avait exagéré. Vraiment. Trop c’est trop. J’ai pris mon téléphone et appelé le fisc. Obtenu une audience avant de sombrer corps et biens. J’arrivai livide et prêt à livrer mon dernier combat. On me laissa mijoter un peu dans une antichambre ouverte à tous vents. Il y eut un bruit de porte et un quarantenaire chaleureux apparut pour me tendre une main franche et vigoureuse.
Quelques minutes ont suffi pour passer de la déclaration à la confession. Je suis venu à genoux implorer la clémence de l’Administration et me voilà au chevet d’un contrôleur des impôts habité par le doute.
Le contrôleur des impôts secoue la tête. Il interroge du regard l’écran blanc de son ordinateur.
C’était écrit en gras et en travers sur la première page : « CHOISIR SA MORT. »
Charles Aznavour a 85 ans. Et alors ?