Tous les étés du monde

A l’ombre bleue d’un cèdre vert
J’ai passé les heures les plus délicieuses
De tous les étés du monde.
Les heures les plus dorées
Les plus mauves
Les heures les plus tendres aussi.
Gorgées de soleil
Et noyées de ciel bleu.

A l’ombre bleu-minuit d’un cèdre gris
Penché au bord de l’eau du monde,
Sa peau claire
Me racontait des histoires
De l’autre bout du monde.
Des histoires tristes et gaies
Comme elle
Triste et gaie
Qui rit et pleure
Les larmes des rivières du monde.

A l’ombre verte d’un cèdre bleu
Elle a dit alors et elle a ri.
Le ciel peut nous tomber sur la tête
Et a-lors ?
Elle se renverse, elle se retourne.
Elle me tend son visage.
Elle glisse ses doigts dans les miens.
Le soleil coule au bord de ses yeux noirs
Qui réfléchissent le bleu d’un ciel parfait.
Le vert d’un cèdre vert
Le blond de ses cheveux cendrés
Le meilleur moment de nos mains enlacées.
Mes minutes se souviennent
Du temps suspendu où l’été bienveillant
A posé ses mains sur nous

Pour arrêter le temps.

Les petits miroirs


C’est une femme turquoise.
Avec de l’or à l’intérieur.
Une fille aux cheveux longs
Ou courts,
Aux yeux clairs
Ou noirs.

C’est une femme aux mains longues
Aux mains blondes
Que deux bracelets retiennent
À ma table de travail.
Un bracelet fuchsia
Un bracelet turquoise
Piqués de petits miroirs.
Des petits éclats de verre
Pour refléter la vie qui brille.

Deux bracelets nus qui se souviennent
De deux poignets élastiques
Endormis à l’ombre
De deux bracelets.

Le temps de l’indécision

Est-ce que je pars, est-ce que je reste ?
Est-ce qu’il fera beau demain ?
Est-ce que je pars, est-ce que  je reste ?
J’attendrai demain matin.

Si je pars, est-ce que je reviens ?
Est-ce que je pars pour toujours ?
Si je pars, est-ce que je reviens ?
J’attendrai un autre jour.

Est-ce que Paris au mois d’août
Vaut Paris au mois de septembre ?
Est-ce que j’attends le mois d’octobre
Pour enfin aller à Berlin ?

Est-ce que j’écris, est-ce que je peins ?
Combien de temps je vais attendre ?
Combien de temps je vais rester
À regarder mes mains vieillir ?

Et si je l’avais prise par la taille ?
Et si j’avais poussé sa porte ?
Et si j’étais simplement monté
Avant de redescendre ?

Une fois de plus, je me suis trompé.
Et simplement n’existe pas.
Finalement qu’est-ce que ça change ?
Demain, je me tromperai encore

Je me tromperai moins demain.

Quatre mains

Enlever tout ce qui n’est pas nécessaire et respirer un peu.
Enlever toutes les couches inutiles et aimer ce qui reste.

Aimer tout ce qui reste, ne serait-ce que pour un zeste.
Aimer le zeste et les pépins.

Réserver le zeste et avaler les pépins.
Réserver le reste et manger dans ta main.

Elle est plus belle que le matin


Allongée sur le dos, elle dort.
Elle dort enfin et son visage apaisé
Offre à la nuit son profil sans les nuages.
Son profil encore après les orages.
Après le monde qui s’écroule.
Son profil intact.

La nuit n’y peut rien.
Le monde n’y peut rien.
Peut-être qu’elle rêve,
Qu’elle lutte contre ses images.
Mais il y a ce moment
Où son visage se détend.
S’épure.
Fend la mer de la nuit.

Allongée sur le dos,
Elle dort enfin.
Le jour se lève
Et découvre ce profil allongé.
Le jour tendre s’est penché vers elle
Pour caresser ce visage.
Que la nuit voudrait garder.

Alors,
Sans plus attendre,
Le jour a renvoyé la nuit.
Maintenant, son profil
Dort dans la lumière pâle.
Elle est plus belle que le matin.

Sa peau se mélange au ciel

Le ciel verse du bleu
Sur les collines de sa peau blonde.
Le soleil allume
Une ligne brillante qui longe son épaule.
Une ligne liquide qui coule
Et forme une flaque claire au creux de son cou.

Sa peau se mélange au ciel.
Sa peau se farde de soleil
Et le noir de ses yeux s’est fondu dans le bleu.
Mille ombres portées éclaboussent ses jambes
Et le soleil fatigué
Se couche sur son corps allongé.

Un dimanche d’été.
Une très belle journée.
Impressions.

L’eau vient la regarder

 
Elle regarde les couleurs que le crépuscule dessine
Sur son visage dans les reflets du lac d’été.
Elle est proche et loin.
En kilomètres, c’est tout proche, en vies c’est très loin.
Des milliers de vies nous séparent
Et la distance d’un lac.
L’épaisseur d’un orage.
Cet éclair vient de chez elle et elle entend mon tonnerre.

Elle regarde les couleurs que le crépuscule dessine,
Elle est assise au bord du lac et l’eau saisie se fige,
Pour venir la regarder.

Le temps suspendu par des câbles d’acier


Le temps suspendu par des câbles d’acier
Fait une courbe tendue au dessus du vide.
Le temps suspendu par des piliers d’acier
S’avance au dessus de l’eau.
Au milieu, le vide.
Deux lignes de temps en points de suspension
Font une trace légère dans le ciel de juillet.

Elle a levé les yeux, dans sa robe légère
Et le temps qui passait dans le ciel s’est arrêté.
Le temps s’est approché d’elle et s’est demandé :
« Pourquoi faire beau quand on peut faire rien? »

En attendant juillet

C’est un jour gris et bas. Un jour sans ciel.
Un jour d’automne venu tacher l’été.
L’automne en automne c’est déjà difficile,
Il faudrait interdire l’automne en été.

C’est un jour d’été gris et bas.
Les oiseaux se taisent, qu’on entende les corbeaux. 
C’est un jour humide et la pluie se retient de tomber : 
Le gris serait moins gris et il y aurait de l’été.
La pluie pourrait faire penser à l’orage,
La pluie pourrait prendre une couleur de l’été.
Alors, les gouttes s’accrochent et refusent de tomber.

C’est un temps pour attendre quand on n’aime pas attendre.
Un temps suspendu comme un pont suspendu.
L’été se retient et moi, j’attends juillet.

Avant de m’endormir

Je voudrais bien monter sur un glacier. Un glacier bleu, pas un glacier pourri.
Une langue de glace qui fond dans le ciel au bout du chemin.

Je voudrais bien monter sur un lac. Un lac perdu, pas un lac rempli.
Un lac qui coule dans le ciel au bord de l’inquiétude.

Je voudrais bien monter sur un arbre. Un arbre immense, pas un arbre serré.
Un arbre qui touche le dos du ciel et ratisse les nuages.

Je voudrais bien monter sur le soir. Un soir en flammes, pas un soir pâle.
Un soir qui fait couler le ciel jusqu’au fond de la nuit.

Je voudrais avec elle m’assoir au bord de l’eau du monde.
Regarder comme c’était beau.