Le papier torché

Entre le pouce et l’index, le contact rugueux du papier jauni : les pages des vieux Folio ont un grain épais qui ressemble à ces feuilles de papier buvard qu’on pliait en deux au temps des encriers.

Buvard, quel beau nom de papier ! Le papier qui boit ! Le papier ivre à force de gober les taches d’encre bleu de Prusse ou indigo.  Le papier torché. Qui finit par voir double, triple, imprime tout à l’envers, tête-bêche, sens dessus dessous, sans queue ni tête. Ce papier boit jusqu’à l’engorgement, messieurs-dames et ce n’est pas beau. Il passe du blanc au bleu, pour finir entièrement noir, entièrement poivre. Complètement cuit, si vous préférez.

Le buvard boit de l’encre noire, bleue ou rouge. Qu’importe l’encrier et qu’importe la plume. Le buvard buvait tout, même l’empreinte floue de mon index maculé par le bec de plume. Il fallait remettre de l’encre dans les encriers, de l’encre Pelikan bleu nuit. Il fallait passer la poussière ou nettoyer le tableau imbibé de l’odeur sèche de la craie. Dans le cartable, un plumier, des cahiers aux lignes italiques. Dans le cartable, l’eau descendue de la montagne qui ruisselle sur le sol brûlé des vignes en été.
Dans le cartable, un livre orange comme une promesse « Bien lire et aimer lire. »  

Aimer lire, c’est ce qui reste à la fin de tous les étés. 

Extase romantique à la St Valentin

On frappe à la porte

ISEULT: Qui c’est ?
LE FLEURISTE: C’est le fleuriste.
ISEULT: Qu’est-ce que c’est ?
LE FLEURISTE: Des roses rouges. Avec des cœurs rouges. Pour la SAINT VALENTIN !
ISEULT: (se tourne vers TRISTAN) Oh, mon chéri, tu es tellement romantique. Tellement original.
TRISTAN: Mais non chérie, c’est rien.  Juste un éclair de passion rouge à travers le ciel glacé de février.
ISEULT: Oh, mon chéri, c’est tellement beau ce que tu dis que je sens mes sens s’embraser. Oui.  Mes sens s’embrasent.
TRISTAN: Moi aussi, je fais qu’à m’embraser.
ISEULT: Alors viens maintenant.
TRISTAN: Alléluia ! Noël !
ISEULT: Un peu plus à droite. Non. Trop à droite.
TRISTAN: Là ? Comme ça ?
ISEULT: Non. Un peu plus à gauche.
TRISTAN: Ben, faudrait savoir.
ISEULT: STOP ! LÀ !
ISEULT & TRISTAN: Oui. OUI. OH OUI!

Soupirs. Instant d’extase. Cigarette. Fromages. Café.

TRISTAN: Alors, heureuse ?
ISEULT: Mieux, amourheureuse.
TRISTAN: Il faudrait virer le type qui écrit les dialogues.
LE FLEURISTE: Ces messieurs-dames ?
TRISTAN: Quoi encore ?
LE FLEURISTE: Les fleurs, je les mets où ?
TRISTAN: T’as pas entendu nos soupirs ? Notre instant d’extase romantique ?
LE FLEURISTE: Ah bah ça, faudrait être sourd…
TRISTAN: Alors, maintenant que j’ai tiré mon coup, tu remballes tes tulipes en carton et tu te barres. COMMERÇANT!

Aux passagers assis sur mes sièges éjectables

WordPress.com fournit un toit informatique à mes nuages qui passent avant d’aller mourir.

À la fin de l’année, WordPress.com m’écrit pour me parler de mon blog, est-ce qu’il va bien, est-ce qu’il a la fièvre, est-ce qu’il est contagieux.

Pour le bulletin de santé, WordPress me dit que Wow ! Ce que je résumerai en disant que ce blog pète le feu.

Pour la propagation pandémique du non-sens verbal diffusé en ces lieux, WordPress calcule que ce blog a été visité plus de 9100 fois au cours de l’année écoulée. 9100 passagers sont montés sur ces lignes, l’équivalent de 22 Boeing 747-400. (Un 747-400 est un très gros avion qui peut avaler 416 passagers d’un seul coup, voyez WordPress un étage plus bas.)
Certes, il y a les passagers égarés, venus là en recherchant un véritable horoscope de l’homme sagittaire et qui s’en vont en claquant la porte. Il y a aussi les passagers distraits. Les passagers intéressés par le Prince Charles qui trouvent Camillus. Les kamikazes qui ont embarqué plusieurs fois en essayant de quitter la cabine en flammes pendant que le pilote quittait l’avion.
Mais bon. Rendez-vous compte. 22 Boeing 747-400. Et pas un seul gramme de kérosène. Un blog auto-propulsé, cent pour cent naturel et entièrement biodégradable.

Alors, je voulais dire merci à tous les intrépides voyageurs qui se sont assis dans un de mes sièges éjectables au cours de l’an de grâce 2010. Et que 2011 vous propulse dans les hautes couches de la stratosphère, où vous serez à l’aise pour regarder les avions qui tombent et se noient dans la mer.
Et surtout pour vous rappeler que la fin du monde est programmée pour le vendredi 21 décembre 2012. Alors, n’écoutez pas les longues plaintes de votre estomac. Reprenez une coupe et deux tartines de foie gras. Tout au long de l’année au petit-déjeuner. N’attendez pas Noël et la nouvelle année.

Le prochain réveillon sera le dernier.

Groumpf

Un jour, il y a bien longtemps, un homme s’est levé et a dit : « Groumpf ! »

Le ciel est bas. L’homme a mal dormi. Il a le teint brouillé et l’estomac barbouillé. La forêt est remplie de brume. Il fait froid.
Temps de chiottes. Et en plus j’ai la tête qui va exploser. C’est peut-être ces champignons, ou alors les racines d’hier. J’aurais jamais dû manger ces racines. Ouh que j’ai mal au cœur. Je crois bien que je vais vomir.
L’homme a un grand spasme, ensuite il se relève, un goût douceâtre jusqu’au fond des molaires. Il a un hoquet. Il est de très mauvaise humeur. Il est en nage. Il est en rage. Il arrache une grosse branche au flanc d’un arbre. Il fouaille les hautes herbes. Il arrache, il casse, il écume. Il revient en vrombissant vers l’entrée de sa caverne. Devant l’entrée, un autre homme attend. Alors, le premier homme lève très haut sa lourde branche et l’abat d’un seul coup sur le crâne du deuxième qui se fend dans un bruit mou. Le deuxième homme s’écroule et reste allongé sur le sol. Le premier homme dit : « Groumpf ? » mais rien, plus rien ne lui répond. Tout à coup, il se sent mieux. Il se sent fort. Il remplit d’air ses poumons. Il reprend sa grosse branche et la taille à coups de caillou pour qu’elle tienne bien dans la main.

Ensuite, il casse la tête de tout le monde avec sa branche transformée en gourdin. Ensuite un autre homme arrive avec un gros caillou. Ensuite un homme a l’idée d’un plus petit caillou qu’on pourrait lancer. Ensuite un homme pense à insérer le petit caillou dans un tube rond avec un peu de poudre. Ensuite un homme augmente la taille du tube et ça fait un canon.  

Pendant ce temps, les femmes cultivent le blé et les pommes de terre en surveillant les enfants. Quand la nuit tombe, elles soignent les blessés et enterrent les morts dans la terre noire remplie de trous.

Pendant ce temps, les hommes font de l’argent pour acheter des médailles et des missiles intercontinentaux à tête nucléaire. Ils réfléchissent à la conquête du monde. Ils prennent des décisions stratégiques qui abreuvent nos sillons d’un sang glacé. Entre deux guerres, ils partent à la conquête du marché de la pomme de terre ou de l’ordinateur. Ils creusent des trous de plusieurs kilomètres pour arracher aux entrailles de la terre le plus gros diamant du monde, qu’ils font monter en collier. Ils rentrent chez eux le soir et attachent le collier au cou de leurs dames. Suspendu par un fil à ce cou gracile, le plus gros diamant du monde ressemble à un étron.

Ensuite, ils repartent dans la plus grosse voiture du monde pour allumer la mèche de la plus grosse bombe atomique du monde.

BOUM.

La forêt est rasée. Il ne reste plus d’arbres. Il ne reste plus de brume et même plus de froid. Juste un bout de montagne et un trou au milieu. Dans la caverne quelque chose à bougé. Une silhouette recouverte de poussière s’ébroue dans l’obscurité.
Mon Dieu que va-t-il se passer ?
Mon Dieu  très haut et suprêmement inexistant, crache pour une fois dans tes mains trop propres et fais bien attention. Fais hyper gaffe, mon Dieu. Cette fois-ci pas de bavure.

Fais que ce soit une femme qui sorte de la caverne.
Après l’explosion.

Petit Papa Noël


Petit Papa Noël,
Cette année comme l’année dernière,
Quand tu descendras du ciel
Pour atterrir dans le parc de mon petit manoir,
Ne défonce pas la pelouse
Avec tes rennes et leurs gros sabots.
Mon manoir est petit
Mais mon tailleur est riche.
Et mon cordonnier fait de très grands souliers.

Petit Papa Noël
N’oublie pas de remplir mon gros bas de laine
Et surtout n’oublie pas mes très grands souliers.
Je n’ai pas été tous les jours très sage
Mais je crois que tu vas aimer ça

Petit papa Noël
Tu sais bien qu’avant de partir,
Je saurai bien te couvrir
Alors, Petit Papa Noël,
N’oublie pas
Mon petit cadeau.

Le monde sous deux mètres de neige.

Sous trente centimètres de neige, le monde marche sur  une patte.
Alors, prenons deux mètres de neige. Saupoudrons. Étalons à la spatule sur un aéroport.
Que voyons-nous ?
Sur cet aéroport, les avions sont rangés en rangs d’oignons. La neige légère fait ployer leurs ailes déplumées. Ils ont la tête basse et le ventre vide. Leurs passagers endormis dans le ventre gris des aérogares. Leurs passagers assis dans une chambre d’hôtel, qui regardent la neige tomber, inlassablement. Leurs passagers immobiles dans l’espace vide du temps refermé. Sans rendez-vous important. Sans réunion stratégique. Sans courbes de croissance projetées sur un écran blanc. Sans négociation de prix. Sans signature du contrat.
C’est terrible.
Il y aura des conséquences incalculables.
Des pertes colossales.
Des millions d’emplois seront perdus.
Peut-être même une crise économique sans précédent.

Dehors, la neige tombe. Continuellement.
Les passagers ne partiront pas. Alors, ils envoient au monde entier cette terrible nouvelle : « Les passagers ne partiront pas ». Sur leurs ordinateurs ils écrivent : l’aéroport est fermé. Je ne pourrai pas être présent pour la réunion stratégique. C’est grave. Extrêmement grave.
Dehors la neige tombe. Imperturbablement.
Les passagers prennent leur téléphone pour dire que non, ils ne partiront pas. Ils ne seront pas là ce soir pour embrasser les enfants.
Après un temps d’hésitation, la neige se remet à tomber.
Les passagers sont très énervés. Il doit bien y avoir un moyen de faire décoller les avions. C’est invraisemblable tout de même. Moi qui devais me rendre à la Réunion. Manger un homard à la vanille. Faire la planche dans le grand lagon.
La neige redouble d’intensité.

Après deux jours la neige fond.
Privés de leur baiser du soir les enfants ont pleuré.
La neige regrette.
Privées de Directeur de la Communication, les réunions stratégiques n’ont pas eu lieu.
La neige s’en fiche comme d’une cerise.
Les contrats attendent toujours la signature du Chief Executive Officer.
La neige s’en contrefout.
Dans le grand lagon de l’Île de la Réunion, le requin a fait des ronds dans l’eau en attendant un touriste dodu à la chair pâle.
La neige compatit.

Pendant deux jours, deux mètres de neige ont changé le cours du monde.
Deux jours plus tard, rien n’a changé.

Extrait du manuel anti-onirique (à l’usage des rêveurs anonymes)

Alors, comme Kafka dans son Journal, écrire : une page par jour, quoi qu’il arrive, quelle que soit l’heure, quelles que soient les conditions, les circonstances de l’écriture, ce n’est pas cela qui importe au regard de la tâche qu’il y a à mener à bien. La seule chose qui ait du sens est : écrire. Et ainsi, s’il se peut, en écrivant, percer à jour les choses dans leur compossibilité.

Il faut donc chercher un moyen de se retenir à des impressions telles qu’elles mettront un terme à ces éboulements constants : leur cause est à présent bien identifiée dans les déprédations de la rêverie. Puisque notre époque veut des confessions et des explications, je l’admets : je reconnais publiquement avoir abusé des rêveries. Comme un fumeur qui, une fois n’est pas coutume, sent qu’il a trop fumé, et préfère, quelques heures, l’air frais, prend son manteau et sort faire un tour le long du canal, dans la brume, exactement comme lui, je dois tenter de mettre entre parenthèse cette addiction aux rêves aussi longtemps qu’il sera possible de le faire.

Yzabel2046, rêve-addict.
http://yzabel2046.blogspot.com/

Pattie Boyd, blonde comme les autres

Pattie Boyd, mannequin fragile et anglais.

Plutôt blonde et le visage rond. Un trou entre les incisives. Une bouche pleine et étroite, inscrite exactement dans la ligne continue du nez. Une fleur délicate poussée sur les champs de fraises des sixties. Pattie Boyd figurante dans un film des Beatles, qui ne prononce qu’un mot : « Prisonniers. » Ce mot suffit pour que George Harrison tombe. 1966, ils se marient. Harrison écrit Something en 1969.

1969, Eric Clapton travaille avec George Harrison et tombe pour Pattie qui refuse de quitter son mari. Clapton sombre et écrit Layla sur la base d’une histoire qu’il a lue, un conte arabe du septième siècle, Layla et Majnun ou Le fou et Layla. C’est l’histoire vraie de Qays ibn al-Mulawwah, jeune homme passionnément amoureux de Layla Al-Aamiriya, une femme de sa tribu. Le père de Layla s’oppose à leur mariage. Elle épouse un autre homme. Qays s’enfuit dans le désert et ne revient plus. Il écrit des poèmes:

« Je passe devant ces murs, les murs de Layla
Et j’embrasse ce mur et ce mur
Ce n’est pas l’amour de ces murs qui a pris mon cœur
Mais l’amour de celle qui réside en ces murs. »

A la fin, Layla meurt et Qays devient fou. Devenu fou et à peu près mort, Clapton continue de hanter les murs de Pattie qui finit par se rendre quatre ans plus tard. Clapton écrit Wonderful Tonight en 1976. Le divorce entre Pattie et George Harrison est prononcé en 1977. La même année Eric Clapton épouse Pattie Boyd-Harrison. Onze ans plus tard, le couple se sépare.

Il reste une fille blonde et anglaise et trois chansons.
Trois morceaux de musique plus ou moins longs, inscrits dans un air du temps qui a traversé le temps, de la fin des années soixante à aujourd’hui. Trois temps de la chronologie amoureuse : de la passion qui prend feu, à la passion qui s’éteint, en passant par ce tout petit moment d’équilibre qui dure l’espace d’une seconde, où il n’y a plus rien à craindre ou a désirer.

Trois chansons immenses qui traversent le temps. Et une seule femme blonde aux yeux immenses, alors qu’il y avait un million de femmes blondes pour tourner autour d’Eric Clapton et de George Harrison. Je regarde les photos de Pattie Boyd, son visage, le sourire timide qui naît sur sa bouche de profil dans un film couleur sépia. Cet espace ténu entre les incisives. Un peu de Bardot. Bardot qui fit flamber les mots de Gainsbourg.

Boyd, longiligne, boudeuse, anglaise. Une bouche ourlée, une véritable insulte au scalpel. Boyd, une fille des sixties avec un large trait d’Eye-Liner et des faux-cils déployés comme des ailes de chauves-souris. Un visage de femme-enfant si fragile qu’il laisse pénétrer la lumière. Est-ce dans cette peau translucide que Clapton et Harrison ont vu autre chose ? Ont-ils compris quelque chose qui a ouvert chez eux une porte nouvelle sur des mots différents, sur des notes que le manche d’une guitare n’avait encore jamais devinées ?
Ou peut-être ce sont ses yeux, peut-être gris ou peut-être bleus, ou peut-être les deux. Et si c’était sa silhouette entière ? Le contour de ses jambes qui s’accroche très haut sur la ligne des hanches et s’évase ensuite pour lancer deux fuseaux souples tout en haut, à l’extrémité de épaules. C’est peut-être la silhouette. Ou peut-être pas. Il n’y a peut-être aucune explication.

Pattie Boyd, longue et blonde, mais pas plus blonde qu’une autre.

Pattie Boyd-Harrison-Clapton, une fille éphémère pour trois chansons éternelles.

3 chansons pour Pattie Boyd : WONDERFUL TONIGHT

En 1976, Eric Clapton écrit :

Il se fait tard; elle se demande comment s’habiller.
Elle se maquille et elle brosse ses longs cheveux blonds.
Et ensuite, elle me demande  » Est-ce je suis jolie? »
Et je dis : Oui, tu es merveilleuse, ce soir »

Pendant la fête, tout le monde se retourne pour voir
Cette femme très belle qui se promène à mon bras.
Et ensuite elle me demande : « Est-ce que tu te sens bien? »
Et je dis: « Oui, je me sens merveilleusement bien, ce soir. »

Je me sens merveilleusement bien parce que je vois
L’amour qui fait briller tes yeux.
Et la merveille dans tout ça
C’est que tu ne réalises même pas combien je t’aime.

C’est l’heure de rentrer et j’ai mal à la tête.
Alors, je lui tends les clés de la voiture et elle m’aide à me coucher.
Et ensuite, au moment d’éteindre la lumière
Je lui dis : « Ma chérie, tu étais merveilleuse ce soir.
Ma chérie, tu étais merveilleuse, ce soir. »

Eric Clapton regarde Pattie Boyd qui se prépare à sortir. Six ans après LAYLA, Pattie est là qui s’habille et se maquille. Ils vont sortir : Paul Mc Cartney organise une soirée pour fêter Buddy Holly. C’est un petit monde. Clapton attend pendant qu’elle choisit une robe et pense à quatre notes apaisées sur le manche de sa guitare. Quatre notes tranquilles qui  répondent à sept notes enragées.
Clapton est resté très longtemps à genoux. Il a crié. Prié. Hurlé. Plongé son nez dans un sac marqué cocaïne. Héroïne aussi. Seulement le nez. Clapton a très peur des seringues. Maintenant elle est là et il saisit cet instant capiteux où il la regarde dans l’intimité de sa chambre à coucher. Ce moment où il la contemple, apaisé, arrivé.

La chanson s’appelle Wonderful Tonight. Et vous pouvez entendre ici la version originale et les quatre notes douces avant d’aller se coucher.

3 chansons pour Pattie Boyd : SOMETHING

SOMETHING IN THE WAY SHE MOVES
QUELQUE CHOSE DANS SA MANIÈRE DE BOUGER

Une guitare tendre aux couleurs passées s’enroule doucement autour de la voix de George Harrison. C’est une voix de soleil couchant à la fin de l’été. Quand le ciel au-dessus de la plage est encore rouge sous les rayons horizontaux du soleil. Quand l’ombre des parasols touche le bord de l’automne et que  les transats vont se refermer.
Something, chanson crépusculaire pour amour crépusculaire. Un amour qui n’en finit pas de se coucher, au fond de l’horizon. George regarde cette fille blonde au visage translucide, une jeune femme blonde qui passe et s’éloigne de dos. George est encore amoureux de l’image, de la ligne, du dessin tracé par la silhouette, QUELQUE CHOSE DANS SON STYLE QUI ME DIT QUE JE NE VEUX PAS LA QUITER MAINTENANT.

SOMETHING IN HER STYLE THAT SHOWS ME
I DON’T WANT TO LEAVE HER NOW

Mais pour la femme, il ne sait plus.

Alors, George déroule le film en Super 8 de ses souvenirs de vacances. Sur la pellicule floue, Pattie Boyd imprime son sourire fané qui bouge un peu. Les couleurs passent mais le sourire reste.
Le voyage se termine. Les Beatles se terminent. Les années soixante se terminent. George Harrison regarde Pattie dans le rétroviseur. Il dessine une chanson crépusculaire pour une époque crépusculaire, un amour qui s’éteint et une femme-enfant blonde qui a quitté l’enfance.

Cette femme s’en va, de dos. 

Pattie Boyd apparaît en premier dans le champ flou de la caméra. http://bit.ly/dhDNoF