Sous la jupe des cerises

cerisesJe sais, c’est pas bien.
Pas la saison. Pas le moment. La planète se réchauffe. Dans le ciel les avions lâchent des gaz toxiques en continu. La banquise fout le camp. Le Pôle Nord glisse vers le Pôle Sud entraînant les ours blancs vers des plages de sable blanc.
N’empêche qu’en plein milieu du rayon fruits et légumes il y avait un présentoir chargé de cerises qui me tendait les bras. J’ai pensé qu’on était à peine entrés dans avril. Je me suis précipité vers les salades, de saison si possible. De là, je me suis dirigé vers d’autres légumes mais j’avais oublié les pommes. Les pommes, juste derrière les cerises, justement. Un grand bac allongé, rempli de cerises rondes, la peau pourpre et brillante et la croupe tendue à la limite de l’éclatement.
J’ai pas pu.
J’ai jeté un coup d’œil rapide autour de moi. Les autres clients regardaient les prix, lisaient les étiquettes, les plus chenus à l’aide d’une loupe gracieusement installée sur les chariots par un propriétaire sensible aux affres du troisième âge. C’était le moment. J’ai glissé une barquette en douce dans le chariot. Sous la salade. À la caisse, j’ai pris un air dégagé. Les courses pour toute la semaine et pour trois personnes, dont deux adolescents mâles et pourvus d’estomacs télescopiques : sur le tapis roulant, il y en avait pour au moins deux mètres de nourriture. La caissière était ailleurs. Elle a passé les cerises au scanner sans même les regarder. Arrivé au garage, je n’y tenais plus. La tête dans le coffre ouvert, à l’abri des regards, j’ai ouvert l’emballage transparent. Les papilles frémissantes à l’idée de la chair tendre et liquide, remplie du parfum de fleurs, de soleil et de miel vert.
J’ai mordu dedans.
J’ai trouvé un goût de gélatine avec une coque en plastique autour.
Ça m’apprendra à réchauffer la planète.