Recette de banana split

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

Couché sur le dos

Le temps passe en silence dans le fracas des jours qui passent.

La neige tombe et le temps passe. Une femme tombe et le temps passe. Une année passe et le temps passe. Une année, un siècle, un millénaire ou dix millions d’années.

Le temps passe, imperturbablement.

Tu as fais quoi hier ? Tu feras quoi demain ? Et maintenant, tu fais quoi ?
Entre hier et demain, entre onze heures et midi, entre deux fractions de secondes, une pulsation forme une bosse légère au creux de mon poignet.

Fine et translucide, la peau se soulève, imperceptiblement.

L’instant où se forme cette bosse minuscule contient tous  les printemps du monde. Toutes les neiges et tous les étés. Toutes les odeurs du crépuscule. Toutes les aubes bleues ou grises, les aubes sales, les matins brillants au petit-déjeuner. Toutes les années tristes et gaies. Tous les avions qui tombent. Tout le feu de la terre.

Tous les mondes qui se défont pour se refaire ailleurs.

Couché sur le dos, je regarde tous les nuages qui passent entre deux battements de mon cœur.

Aux passagers assis sur mes sièges éjectables

WordPress.com fournit un toit informatique à mes nuages qui passent avant d’aller mourir.

À la fin de l’année, WordPress.com m’écrit pour me parler de mon blog, est-ce qu’il va bien, est-ce qu’il a la fièvre, est-ce qu’il est contagieux.

Pour le bulletin de santé, WordPress me dit que Wow ! Ce que je résumerai en disant que ce blog pète le feu.

Pour la propagation pandémique du non-sens verbal diffusé en ces lieux, WordPress calcule que ce blog a été visité plus de 9100 fois au cours de l’année écoulée. 9100 passagers sont montés sur ces lignes, l’équivalent de 22 Boeing 747-400. (Un 747-400 est un très gros avion qui peut avaler 416 passagers d’un seul coup, voyez WordPress un étage plus bas.)
Certes, il y a les passagers égarés, venus là en recherchant un véritable horoscope de l’homme sagittaire et qui s’en vont en claquant la porte. Il y a aussi les passagers distraits. Les passagers intéressés par le Prince Charles qui trouvent Camillus. Les kamikazes qui ont embarqué plusieurs fois en essayant de quitter la cabine en flammes pendant que le pilote quittait l’avion.
Mais bon. Rendez-vous compte. 22 Boeing 747-400. Et pas un seul gramme de kérosène. Un blog auto-propulsé, cent pour cent naturel et entièrement biodégradable.

Alors, je voulais dire merci à tous les intrépides voyageurs qui se sont assis dans un de mes sièges éjectables au cours de l’an de grâce 2010. Et que 2011 vous propulse dans les hautes couches de la stratosphère, où vous serez à l’aise pour regarder les avions qui tombent et se noient dans la mer.
Et surtout pour vous rappeler que la fin du monde est programmée pour le vendredi 21 décembre 2012. Alors, n’écoutez pas les longues plaintes de votre estomac. Reprenez une coupe et deux tartines de foie gras. Tout au long de l’année au petit-déjeuner. N’attendez pas Noël et la nouvelle année.

Le prochain réveillon sera le dernier.

Groumpf

Un jour, il y a bien longtemps, un homme s’est levé et a dit : « Groumpf ! »

Le ciel est bas. L’homme a mal dormi. Il a le teint brouillé et l’estomac barbouillé. La forêt est remplie de brume. Il fait froid.
Temps de chiottes. Et en plus j’ai la tête qui va exploser. C’est peut-être ces champignons, ou alors les racines d’hier. J’aurais jamais dû manger ces racines. Ouh que j’ai mal au cœur. Je crois bien que je vais vomir.
L’homme a un grand spasme, ensuite il se relève, un goût douceâtre jusqu’au fond des molaires. Il a un hoquet. Il est de très mauvaise humeur. Il est en nage. Il est en rage. Il arrache une grosse branche au flanc d’un arbre. Il fouaille les hautes herbes. Il arrache, il casse, il écume. Il revient en vrombissant vers l’entrée de sa caverne. Devant l’entrée, un autre homme attend. Alors, le premier homme lève très haut sa lourde branche et l’abat d’un seul coup sur le crâne du deuxième qui se fend dans un bruit mou. Le deuxième homme s’écroule et reste allongé sur le sol. Le premier homme dit : « Groumpf ? » mais rien, plus rien ne lui répond. Tout à coup, il se sent mieux. Il se sent fort. Il remplit d’air ses poumons. Il reprend sa grosse branche et la taille à coups de caillou pour qu’elle tienne bien dans la main.

Ensuite, il casse la tête de tout le monde avec sa branche transformée en gourdin. Ensuite un autre homme arrive avec un gros caillou. Ensuite un homme a l’idée d’un plus petit caillou qu’on pourrait lancer. Ensuite un homme pense à insérer le petit caillou dans un tube rond avec un peu de poudre. Ensuite un homme augmente la taille du tube et ça fait un canon.  

Pendant ce temps, les femmes cultivent le blé et les pommes de terre en surveillant les enfants. Quand la nuit tombe, elles soignent les blessés et enterrent les morts dans la terre noire remplie de trous.

Pendant ce temps, les hommes font de l’argent pour acheter des médailles et des missiles intercontinentaux à tête nucléaire. Ils réfléchissent à la conquête du monde. Ils prennent des décisions stratégiques qui abreuvent nos sillons d’un sang glacé. Entre deux guerres, ils partent à la conquête du marché de la pomme de terre ou de l’ordinateur. Ils creusent des trous de plusieurs kilomètres pour arracher aux entrailles de la terre le plus gros diamant du monde, qu’ils font monter en collier. Ils rentrent chez eux le soir et attachent le collier au cou de leurs dames. Suspendu par un fil à ce cou gracile, le plus gros diamant du monde ressemble à un étron.

Ensuite, ils repartent dans la plus grosse voiture du monde pour allumer la mèche de la plus grosse bombe atomique du monde.

BOUM.

La forêt est rasée. Il ne reste plus d’arbres. Il ne reste plus de brume et même plus de froid. Juste un bout de montagne et un trou au milieu. Dans la caverne quelque chose à bougé. Une silhouette recouverte de poussière s’ébroue dans l’obscurité.
Mon Dieu que va-t-il se passer ?
Mon Dieu  très haut et suprêmement inexistant, crache pour une fois dans tes mains trop propres et fais bien attention. Fais hyper gaffe, mon Dieu. Cette fois-ci pas de bavure.

Fais que ce soit une femme qui sorte de la caverne.
Après l’explosion.

Petit Papa Noël


Petit Papa Noël,
Cette année comme l’année dernière,
Quand tu descendras du ciel
Pour atterrir dans le parc de mon petit manoir,
Ne défonce pas la pelouse
Avec tes rennes et leurs gros sabots.
Mon manoir est petit
Mais mon tailleur est riche.
Et mon cordonnier fait de très grands souliers.

Petit Papa Noël
N’oublie pas de remplir mon gros bas de laine
Et surtout n’oublie pas mes très grands souliers.
Je n’ai pas été tous les jours très sage
Mais je crois que tu vas aimer ça

Petit papa Noël
Tu sais bien qu’avant de partir,
Je saurai bien te couvrir
Alors, Petit Papa Noël,
N’oublie pas
Mon petit cadeau.

Le monde sous deux mètres de neige.

Sous trente centimètres de neige, le monde marche sur  une patte.
Alors, prenons deux mètres de neige. Saupoudrons. Étalons à la spatule sur un aéroport.
Que voyons-nous ?
Sur cet aéroport, les avions sont rangés en rangs d’oignons. La neige légère fait ployer leurs ailes déplumées. Ils ont la tête basse et le ventre vide. Leurs passagers endormis dans le ventre gris des aérogares. Leurs passagers assis dans une chambre d’hôtel, qui regardent la neige tomber, inlassablement. Leurs passagers immobiles dans l’espace vide du temps refermé. Sans rendez-vous important. Sans réunion stratégique. Sans courbes de croissance projetées sur un écran blanc. Sans négociation de prix. Sans signature du contrat.
C’est terrible.
Il y aura des conséquences incalculables.
Des pertes colossales.
Des millions d’emplois seront perdus.
Peut-être même une crise économique sans précédent.

Dehors, la neige tombe. Continuellement.
Les passagers ne partiront pas. Alors, ils envoient au monde entier cette terrible nouvelle : « Les passagers ne partiront pas ». Sur leurs ordinateurs ils écrivent : l’aéroport est fermé. Je ne pourrai pas être présent pour la réunion stratégique. C’est grave. Extrêmement grave.
Dehors la neige tombe. Imperturbablement.
Les passagers prennent leur téléphone pour dire que non, ils ne partiront pas. Ils ne seront pas là ce soir pour embrasser les enfants.
Après un temps d’hésitation, la neige se remet à tomber.
Les passagers sont très énervés. Il doit bien y avoir un moyen de faire décoller les avions. C’est invraisemblable tout de même. Moi qui devais me rendre à la Réunion. Manger un homard à la vanille. Faire la planche dans le grand lagon.
La neige redouble d’intensité.

Après deux jours la neige fond.
Privés de leur baiser du soir les enfants ont pleuré.
La neige regrette.
Privées de Directeur de la Communication, les réunions stratégiques n’ont pas eu lieu.
La neige s’en fiche comme d’une cerise.
Les contrats attendent toujours la signature du Chief Executive Officer.
La neige s’en contrefout.
Dans le grand lagon de l’Île de la Réunion, le requin a fait des ronds dans l’eau en attendant un touriste dodu à la chair pâle.
La neige compatit.

Pendant deux jours, deux mètres de neige ont changé le cours du monde.
Deux jours plus tard, rien n’a changé.

Le cancer est arbitraire. Les violences faites aux femmes sont délibérées 

Eve Ensler est une activiste qui a fondé « V-Day » un mouvement global pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles.
J’avais traduit cet article paru le 12 juin 2010 dans The Guardian.

Il y aura certainement des gens pour penser qu’un diagnostic de cancer de l’utérus, suivi par une phase de chirurgie intense conduisant à un mois d’infections humiliantes et couronné par d’autres mois de chimiothérapie pourraient terrasser une femme. Mais, pour dire vrai, mon poison ne vient pas de là. Ce n’est pas cette pulsation-là qui me tient éveillée et me pousse à faire les cent pas jusque tard dans la nuit. Ce n’est pas cette maladie qui me plonge dans des abîmes d’obscurité et de dépression.

Bien sûr, le cancer fait peur, fait mal. Il essaie d’interrompre toute une vie, de tout remettre en question et de vous projeter directement en face de l’ultime dimension, face à la possibilité de mourir. On peut toujours s’en prendre aux Dieux et aux Déesses ; « Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? » En fin de compte, nous savons bien que ces questions sont vides, absurdes. Le cancer est une épidémie. Le cancer existe depuis toujours. Ce n’est pas une question personnelle. Son choix qui se porte sur un hôte vulnérable est souvent arbitraire. C’est la vie.

Pendant des mois, des docteurs et des infirmières m’ont découpée, recousue, piquée, épuisée, scannée, radiographiée, irradiée, vidée et hydratée. Ils ont essayé d’identifier la source de mon anxiété et de soulager ma peine. Et s’ils ont pu retirer ce cancer de mon corps, traiter un abcès ici, une fièvre là, ils n’ont même pas pu s’approcher du cœur de ma maladie.

Des femmes attendent à l’entrée de l’hôpital Panzi à Bukavu (RDC) spécialisé dans le traitement des victimes de viols, le 12 novembre 2009. Photo AFP/ADIA TSHIPUKU

Il y a trois ans, La République Démocratique du Congo a envahi mon existence.
V-Day, un mouvement pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles, était invité pour partager l’expérience de femmes qui ont survécu à des actes de violence sexuelle dans ce pays. J’ai passé trois semaines à l’hôpital Panzi de Bukavu, où se trouvaient plus de 200 femmes en traitement. Plusieurs d’entre elles m’ont raconté l’histoire de leurs tortures de leurs viols collectifs. J’étais bouleversée. Elles m’ont parlé des conséquences, de la perte de leurs organes reproducteurs, des fistules traumatiques qui résultent de ces viols. (Une perforation entre le vagin et l’anus qui empêche la rétention de l’urine et des matières fécales) J’ai entendu l’histoire de bébés de neuf mois, de filles de huit ans, de femmes de quatre-vingt ans, humiliées et violées en public.

Nous avons voulu réagir. En donnant le pouvoir aux femmes sur le terrain, nous avons débuté une grande campagne d’information : « Le pouvoir aux femmes et aux filles de la République Démocratique du Congo ». Pour que cesse le viol de la plus grande ressource de ce pays. Nous avons créé cette campagne pour briser les tabous, organiser des conférences et des marches. Nous avons formé des activistes et des membres influents des communautés religieuses. Des représentations des Monologues du Vagin ont été jouées dans tout le pays, avec en point d’orgue une représentation spéciale devant le parlement congolais en ce mois de juin. Des activistes de V-Day ont porté cette campagne autour du monde et ils ont pu toucher les consciences et lever des fonds. Dans quelques mois, avec les femmes du Congo, nous pourrons inaugurer the City of Joy, une communauté pour les survivantes, où les femmes pourront être soignées, transformer leur douleur en une nouvelle forme de pouvoir. Nous avons aussi plaidé notre cause à Downing Street, à la Maison Blanche, au bureau du secrétaire général des Nations Unies. Nous avons crié au parlement canadien, au sénat étatsunien, au conseil de sécurité de l’ONU. Des larmes ont coulé, des promesses ont été faites avec beaucoup d’enthousiasme.

Pendant ces mois de maladie passés sur un lit d’hôpital ou chez moi alors que j’essayais de récupérer, ce sont bien les coups de téléphone et les rapports quotidiens en provenance de la RDC qui m’ont rendue malade. Les viols qui continuent. Les meurtres à la machette, les mutilations grotesques, les assassinats de défenseurs des droits humains. Tous ces crimes me donnent la nausée. Ils m’affaiblissent bien plus que les antibiotiques, les séances de chimiothérapie, ou les médicaments pour calmer la douleur. Et même si je suis affaiblie, le plus dur, c’est de savoir qu’en dépit des crimes perpétrés, de plus de 6 millions de mort et 500’000 femme torturée et violées, la communauté internationale semble amorphe. Après les visites et les promesses, on a simplement oublié la République démocratique du Congo.

 

Photo:DR Floribert Chebeya Bahizire

Il y a deux semaines à Kihshasa, Floribert Chebeya Bahizire, l’un des plus grands défenseurs des droits humains a été brutalement assassiné. Dans le même temps, la famille d’un membre du personnel de l’hôpital Panzi a été exécutée. Un garçon de 10 ans et une fille de 12 ans ont été tués par balle. Les meurtres et les viols continuent pour les femmes dans les villages. La guerre fait rage. Qui demande une protection pour la population du Congo? Qui protège les activistes pour qu’ils puissent continuer à dire la vérité ? La semaine dernière, pendant un service religieux en mémoire des victimes à Bukavu, un pasteur a crié : « Ils tuent nos mamans. Maintenant ils tuent nos enfants. Qu’avons-nous fait pour mériter cela ? Où est le monde ? »

Les atrocités commises contre le people congolais ne sont pas arbitraires, contrairement à mon cancer. Ces atrocités sont systématiques, stratégiques et intentionnelles. A leur racine, on trouve la folie cupide d’une économie mondialisée,  prête à toutes les compromissions pour voler encore plus de matières premières à une population exsangue. À la source de cet apétit insatiable, on retrouve des multinationales qui exploitent ces gisements sans états d’âme. Sans se préoccuper des génocides et des viols. Il ne s’agit pas de ça. Il s’agit d’abord de préserver leurs intérêts financiers.

J’ai de la chance. J’ai un pronostic positif qui me rend très attentive à tout ce qui permet à une personne de rester en vie. Comment survit-on au cancer ? Bien sur, il faut de bons médecins, une bonne assurance, de la chance. Mais la vraie guérison vient du fait de ne pas tomber dans l’oubli. La guérison vient de l’attention, du soin, de l’amour. La guérison vient d’un entourage aimant qui va chercher les informations pour vous, qui se lève et vous défend quand vous êtes affaibli, qui dort à côté de vous, qui refuse que vous vous laissiez aller, qui vous apporte vos repas, qui ne vous voit pas comme un malade mais bien comme un être humain et précieux. Cet entourage invente les métaphores qui vous permettent d’imaginer votre survie.
Voilà le vrai médicament, le seul médicament qui pourra guérir les hommes, les femmes et les enfants du Congo.

Extrait du manuel anti-onirique (à l’usage des rêveurs anonymes)

Alors, comme Kafka dans son Journal, écrire : une page par jour, quoi qu’il arrive, quelle que soit l’heure, quelles que soient les conditions, les circonstances de l’écriture, ce n’est pas cela qui importe au regard de la tâche qu’il y a à mener à bien. La seule chose qui ait du sens est : écrire. Et ainsi, s’il se peut, en écrivant, percer à jour les choses dans leur compossibilité.

Il faut donc chercher un moyen de se retenir à des impressions telles qu’elles mettront un terme à ces éboulements constants : leur cause est à présent bien identifiée dans les déprédations de la rêverie. Puisque notre époque veut des confessions et des explications, je l’admets : je reconnais publiquement avoir abusé des rêveries. Comme un fumeur qui, une fois n’est pas coutume, sent qu’il a trop fumé, et préfère, quelques heures, l’air frais, prend son manteau et sort faire un tour le long du canal, dans la brume, exactement comme lui, je dois tenter de mettre entre parenthèse cette addiction aux rêves aussi longtemps qu’il sera possible de le faire.

Yzabel2046, rêve-addict.
http://yzabel2046.blogspot.com/

Le cancer est arbitraire. Les violences faites aux femmes sont délibérées (1)

Eve Ensler est une activiste qui a fondé « V-Day » un mouvement global pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles. J’avais traduit cet article paru le 12 juin 2010 dans The Guardian.

Il y aura certainement des gens pour penser qu’un diagnostic de cancer de l’utérus, suivi par une phase de chirurgie intense conduisant à un mois d’infections humiliantes et couronné par d’autres mois de chimiothérapie pourraient terrasser une femme. Mais, pour dire vrai, mon poison ne vient pas de là. Ce n’est pas cette pulsation-là qui me tient éveillée et me pousse à faire les cent pas jusque tard dans la nuit. Ce n’est pas cette maladie qui me plonge dans des abîmes d’obscurité et de dépression.

Bien sûr, le cancer fait peur, fait mal. Il essaie d’interrompre toute une vie, de tout remettre en question et de vous projeter directement en face de l’ultime dimension, face à la possibilité de mourir. On peut toujours s’en prendre aux Dieux et aux Déesses ; « Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi moi ? » En fin de compte, nous savons bien que ces questions sont vides, absurdes. Le cancer est une épidémie. Le cancer existe depuis toujours. Ce n’est pas une question personnelle. Son choix qui se porte sur un hôte vulnérable est souvent arbitraire. C’est la vie.

Pendant des mois, des docteurs et des infirmières m’ont découpée, recousue, piquée, épuisée, scannée, radiographiée, irradiée, vidée et hydratée. Ils ont essayé d’identifier la source de mon anxiété et de soulager ma peine. Et s’ils ont pu retirer ce cancer de mon corps, traiter un abcès ici, une fièvre là, ils n’ont même pas pu s’approcher du cœur de ma maladie.

Les violences faites aux femmes sont délibérées (2)

Suite de la traduction de l’article d’Eve Ensler
Il y a trois ans, La République Démocratique du Congo a envahi mon existence.
V-Day, un mouvement pour que cesse la violence contre les femmes et les petites filles, était invité pour partager l’expérience de femmes qui ont survécu à des actes de violence sexuelle dans ce pays. J’ai passé trois semaines à l’hôpital Panzi de Bukavu, où se trouvaient plus de 200 femmes en traitement. Plusieurs d’entre elles m’ont raconté l’histoire de leurs tortures de leurs viols collectifs. J’étais bouleversée. Elles m’ont parlé des conséquences, de la perte de leurs organes reproducteurs, des fistules traumatiques qui résultent de ces viols. (Une perforation entre le vagin et l’anus qui empêche la rétention de l’urine et des matières fécales) J’ai entendu l’histoire de bébés de neuf mois, de filles de huit ans, de femmes de quatre-vingt ans, humiliées et violées en public.

Nous avons voulu réagir. En donnant le pouvoir aux femmes sur le terrain, nous avons débuté une grande campagne d’information : « Le pouvoir aux femmes et aux filles de la République Démocratique du Congo ». Pour que cesse le viol de la plus grande ressource de ce pays. Nous avons créé cette campagne pour briser les tabous, organiser des conférences et des marches. Nous avons formé des activistes et des membres influents des communautés religieuses. Des représentations des Monologues du Vagin ont été jouées dans tout le pays, avec en point d’orgue une représentation spéciale devant le parlement congolais en ce mois de juin. Des activistes de V-Day ont porté cette campagne autour du monde et ils ont pu toucher les consciences et lever des fonds. Dans quelques mois, avec les femmes du Congo, nous pourrons inaugurer the City of Joy, une communauté pour les survivantes, où les femmes pourront être soignées, transformer leur douleur en une nouvelle forme de pouvoir. Nous avons aussi plaidé notre cause à Downing Street, à la Maison Blanche, au bureau du secrétaire général des Nations Unies. Nous avons crié au parlement canadien, au sénat étatsunien, au conseil de sécurité de l’ONU. Des larmes ont coulé, des promesses ont été faites avec beaucoup d’enthousiasme.

Pendant ces mois de maladie passés sur un lit d’hôpital ou chez moi alors que j’essayais de récupérer, ce sont bien les coups de téléphone et les rapports quotidiens en provenance de la RDC qui m’ont rendue malade. Les viols qui continuent. Les meurtres à la machette, les mutilations grotesques, les assassinats de défenseurs des droits humains. Tous ces crimes me donnent la nausée. Ils m’affaiblissent bien plus que les antibiotiques, les séances de chimiothérapie, ou les médicaments pour calmer la douleur. Et même si je suis affaiblie, le plus dur, c’est de savoir qu’en dépit des crimes perpétrés, de plus de 6 millions de mort et 500’000 femme torturée et violées, la communauté internationale semble amorphe. Après les visites et les promesses, on a simplement oublié la République démocratique du Congo […]

Photo AFP/ADIA TSHIPUKU Des femmes attendent à l’entrée de l’hôpital Panzi à Bukavu (RDC) spécialisé dans le traitement des victimes de viols, le 12 novembre 2009.