Sous la jupe du chihuhahua instantané

Hic et nunc. Ici et maintenant.
Immédiatement. Tout et tout de suite. Un python australien avale un chihuahua et c’est l’émoi mondial instantané. 30 secondes après le décès, 23’896 personnes se retrouvent sur un mur Facebook pour pleurer le défunt. Sur une page concurrente, 12’574 Faceboukiens s’unissent pour soutenir le python en passe d’être exécuté par les autorités locales. En Australie, un débat national s’engage sur la taille minimale des animaux de compagnie et sur la nécessité de réglementer la longueur des pythons. Le gouvernement anglais rappelle aux Australiens les droits à une croissance naturelle et illimitée pour tous les animaux nés sur le sol de l’empire britannique. La reine est envoyée avec sa malle à chapeaux et le prince Charles. Les deux parties se réunissent en conclave pour élaborer un nouveau projet de loi à soumettre dans les meilleurs délais. Les journalistes du monde entier déploient leurs antennes paraboliques devant le siège du gouvernement australien pour retransmettre en direct le résultat des négociations.  La nuit tombe, le monde entier retient son souffle. Après de longues heures angoissées, un communiqué officiel est transmis, la reine va parler dans cinq minutes. Le monde entier se fige. L’attente est insupportable.

Et c’est juste le moment que choisit un Labrador français pour ouvrir le frigo de son propriétaire et engloutir la totalité d’un camembert AOC entouré de son papier de protection biodégradable. L’animal est dans un état critique, la faculté refuse de se prononcer sur ses chances de survie. Sur Facebook, les membres de la Société Protectrice du Camembert se déchaînent. Les Labradors répliquent en créant un Comité d’Action Nationale et défilent dans Paris. Ils font dix fois le tour du Panthéon en salivant. La question est soulevée en haut lieu. L’assemblée nationale s’empare du dossier. Des heures de débats houleux débouchent sur deux projets de loi : l’interdiction faite aux chiens d’ouvrir la porte du frigo et l’obligation faite aux producteurs de camembert d’introduire dans le cursus canin des cours de sensibilisation à la pâte molle. Les sénateurs sont réunis en conclave. Les journalistes du monde entier quittent l’Australie sans attendre la décision de sa Très Gracieuse Majesté. Ils atterrissent en hâte à Paris. Ils déploient leurs antennes paraboliques. La nuit tombe. Le monde entier est en apesanteur. Après de longues heures affreuses, un émissaire gris sort du noir pour dire que le président va parler dans trois minutes. Le monde se bloque. Les estomacs se nouent.
Pendant ce temps tout le monde meurt, on ne sait même pas comment.

1. Bifidus over Love (ou le yaourt mieux que l’amour)

bifidus
Vu à la télé et retranscrit à peu près fidèlement.

Intérieur de cuisine avec des couleurs pour faire jeune. Lumière propre du matin. La mère assise à la table. La fille adossée au plateau de travail où repose une tasse de café fumant.
Jingle printanier.
La mère : (voix française sur V.O. suisse-allemande)
– Ma chérie, je ne t’avais pas vu si radieuse depuis très longtemps.

La fille : (expression du visage en V.O. suisse-allemande)
Baisse les yeux et réprime un sourire mutin.
La mère :
Héhéhé. Hin Hin Hin.
La fille :
Essaie maladroitement de camoufler un sourire plus large qu’une entrée de supermarché.
La mère :
Je ne vois qu’une explication. Tu es tombée amoureuse.
La fille :
Relève d’un seul coup un visage que le bonheur irradie.
Oh Maman! Si tu savais! J’ai découvert le yaourt Bifidus aux bactéries 100% gastro-raffermissantes. Disparus mes problèmes de digestion. Je me sens légère tous les jours.
Fait un bond gracieux dans la lumière du matin.
La mère :
Quel bonheur. Que je suis contente pour toi.
Les deux :
Plongent leur cuillère dans un pot de yaourt synthétique et baveux. Sourire lumineux et accolade transgénérationnelle.
Re-jingle printanier. Cut sur le yaourt gastrodilatateur. Logo qui recouvre le tout et FIN.

2. Love over Bifidus (Mais non, l’amour c’est mieux que le yaourt)

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Pas vu à la télé.
Intérieur de cuisine, le matin, la mère qui sent la lessive, la fille qui sent le savon de Marseille, lumière du matin, printemps.
La mère : (voix française sur V.O. suisse-allemande)
– Ma chérie, je ne t’avais pas vu si radieuse depuis très longtemps.

La fille : (moue expressive en V.O. suisse-allemande)
Baisse les yeux et les oreilles.
La mère :
– Hin Hin Hin. Ha Ha Ha.
La fille :
Essaie de diminuer la tension  du sourire qui lui redresse la queue de cheval.
La mère :
– Je ne vois qu’une explication. Tu as découvert le nouveau yaourt 100% Bifidus aux bactéries hydrogénées. Ton estomac exulte. Tu irradies.
La fille :
Relève d’un seul coup un visage irradié.
– Oh Maman! Si tu savais! Je suis amoureuse.
La mère :
– Ben merde alors. Qu’est-ce qu’on va faire des yaourts ?

BMW-Lajoie

Est-ce que tout le monde a bien lu la poésie BMW ? 
Je sens comme un flottement. Une hésitation. Redescendez d’un cran vers l’article précédent. BMW a pris son beau stylo et écrit un poème qu’il récite sur un fond d’images en couleurs à la télévision. (Re)Lisez! C’est très joli!
Maintenant, traduction en prose.
Ici, chez BMW, nous produisons des automobiles remplies d’acier, de plastique et d’autres matériaux rares et chers. Pour que ces automobiles vous permettent de rester au chaud devant le feu rouge, nous utilisons un liquide précieux qu’on ne trouve que dans certains trous sélectionnés ou alors très profond sous la mer. Au début, on vous disait que vous alliez franchir le mur des 200, 220, 250 et même 300 kilomètres à l’heure pour les plus vroum. On disait aussi que vous alliez moucher toutes ces petites bites qui roulent dans des voitures avec des noms entiers. Alors que nous on a inventé un acronyme terrible pour pas avoir à dire à chaque fois « Bayerische Motoren Werke ». Personne d’autre a eu l’idée. Même pas VW ou FIAT. Après, on a dit que vous alliez franchir les montagnes. Fabriqué des voitures hautes comme des maisons et aussi longues qu’un jour sans essence. Toutes les quarantenaires blondes et urbaines en ont acheté une pour aller chercher les enfants à l’école et faire le concours du tank le mieux décoré.
Et voilà-t-il pas qu’une force obscure fait rien qu’à nous embêter avec  une petite crise de pognon. Des esprits fourbes en profitent pour insinuer le doute : il paraitrait qu’en plus d’être fauchés, nous serons bientôt à cours de pétrole. CALOMNIE. DIFFAMATION. SABOTAGE. NOUS NOUS ELEVONS SOLENELLEMENT CONTRE CETTE IGNOBLE CAMPAGNE DE DESINFORMATION. NOUS ALLONS. Nous allons. Nous avons pris bonne note. Voilà, Voilà. Donc vous disiez, plus de pognon. Plus de pétrole. C’est ennuyeux, ça. Merde, qu’est-ce qu’on fait les gars ?
On plonge dans notre moteur. On alimente. On analyse. On éprouve pour mieux réinventer. Et c’est la révélation. Une extase innovatrice inonde nos veines. On oublie la vitesse qui grise et le franchissement de pics escarpés. On revient à la vie. Aux émotions.
Mets de la joie dans ton moteur. Ça fera rire les vélos.

Hymne à la Joie de la Bayerische Motoren Werke

Poésie écrite par BMW pour vendre des automobiles dans le poste de télévision
La Joie
Nous créons la joie.
Nous parlons le langage de l’exaltation, du plaisir, du grand frisson, de la jubilation,
Pour que la joie nous transporte toujours plus et toujours plus loin.
Notre histoire est à la croisée des chemins entre passion et vision.
L’innovation est dans nos gènes, la Joie coule dans nos veines.
La joie est notre moteur. Nous l’avons alimentée, analysée, éprouvée,
pour mieux la réinventer.
Et jamais la joie n’a été aussi efficace, dynamique, responsable.
Elle a le pouvoir de mouvoir et d’émouvoir.
Et quand certains vous promettent tout,
Nous vous offrons une seule chose, la plus précieuse, la plus personnelle,
La plus humaine, la plus excitante de toutes les émotions :
La Joie.

Vous reprendrez bien un peu de Café (Vert)

Le deuxième épisode des aventures durables de Café Vert est en ligne.
Ce mois-ci vous mangez les légumes qui ont poussé près de chez vous.

Les Hommes préfèrent les guerres, critiques inédites

J’ai déjà procédé à une séance d’autoglorification dans un article précédent. Mais quand même. Voici un lien qui vous amènera sur un article paru dans le blog Livraddict.
Bon d’accord. La personne qui a lu le livre a aimé. Mais surtout, elle livre une analyse détaillée de l’intrigue, des personnages et du drame humanitaire qui est le moteur de l’histoire.
Vous pouvez en profiter pour faire un tour sur le site Livraddict, rempli de critiques pertinentes sur des livres beaucoup plus intéressants que le mien.
Et après le premier article, un contrepoint sur le blog Contedefait, suivi d’un troisième avis sur les Lectures d’Élodie.
C’est vraiment Byzance!
Merci à Jess, Cynthia et Élodie.

L’horoscope de l’homme capricorne

Cher garçon du 23 décembre au 19 janvier.
Prends ta souris et descends un peu dans ce blog. Vois-tu l’article précédent qui règle le sort de ton homologue féminin pour l’année à venir ? Tu y trouveras l’extrait d’une conversation pré et post-coïtale échangée par tes parents à l’heure de te mettre sur orbite. Tu remarqueras que la scène se termine sur l’ouverture d’une bouteille d’alcool de coing 80 degrés et fabriqué à la main. La suite logique, c’est l’absorption intégrale du contenu, une moitié pour papa, une moitié pour maman. Ce rituel se prolongera durant les 9 mois suivants et atteindra un pic d’intensité juste après ton débarquement.
Alors, forcément, toi qui tires goulûment sur la bibine artisanale dès la première division cellulaire, ça laisse des traces et même des traces de pneus. Cher garçon capricorne, comprends bien que, dans ces conditions, la confection d’un horoscope se révèle tout à fait superflue. Une ablation du foie suffira.

L’horoscope de la femme capricorne

Chère fille du 23 décembre au 19 janvier.
Bien sûr, il y a les astres et leur course dans le ciel. Bien sûr, Proxima du Centaure heurte Bételgeuse et provoque quelques soubresauts dans ta galaxie intime. La fabrication mensuelle de cet horoscope s’appuie sur une parfaite connaissance de tous ces phénomènes célestes qui devraient te permettre de pénétrer le présent pour mieux percer le futur.
Cependant, nous allons faire une exception pour toi, femme capricorne. En ce mois glacé, nous laissons le ciel pour rentrer dans le lit de tes parents et évoquer les circonstances troubles de ta conception.
Car enfin. Avant la naissance, il y a l’acte de chair. Dans ton cas, le coït fondateur date probablement du mois d’avril. Peut-être même du premier avril. Dans le lit étroit, le couple s’enlace.

Elle : Oh oui prends-moi toute.
Lui : Ça va pas la tête ? On est dans les jours où il faut surtout pas.
Elle : Surprise! Ça fait deux mois que je prends la pilule. Plus de jours où il faut pas. Plus de calendrier. Prends-moi tout de suite.
Les deux : Raaah. Oh oui. OUI.
Lui : Alors, heureuse ?
Elle : Poisson d’avril! Même pas pris la pilule! Comme prénom tu préfères Clitoridia ou Vasectomia ?
Lui : Adieu la vie et les femmes qui fument. Il me reste le foot et l’alcool de coing.
Elle : Fais péter une bouteille, qu’on arrose l’heureux événement.

Alors, chère fille capricorne, comprends bien que, dans ces conditions, la confection d’un horoscope se révèle tout à fait superflue. Une visite au garage suffira.

Sous la jupe de l’an nouveau

L’homme se lève et il est nu. Poilu. Luisant. Il sent la pelure d’oignon. Il se gratte l’entrejambe. Dans le hoquet qu’il réprime, remonte une gorgée rance de Sauternes frelaté sur son lit de foie gras à demi digéré. Ensuite, reviennent les viandes rouges en voie de décomposition que l’ail du gratin recouvre à grand peine. Burp. Broo. L’homme entre dans la salle de bains. Il relève la lunette des WC. Il empoigne son petit oiseau d’une main moite. Un vertige le saisit. De l’autre main, il s’appuie sur le mur brillant en face de lui. Re-burp. Il ferme les yeux. Sa langue dégage un éclat de Parmesan coincée entre deux molaires. Il remâche. Il rumine. Il se souvient de la raison de sa présence en face de ce trou sombre et brillant. Un jet incertain zèbre les parois de la cuvette pour rebondir en gerbe de goutelettes qui s’accrochent aux poils de ses jambes.
C’est le premier matin de la nouvelle année.
Bonannus. Bonanna. Bonannum.