When the cold came

Nothing but blue skies.
Pure blue, metallic, electric, intense, wide and long.
Untouched.
In between the blue mountains and the silver lake, a white, floating line. Mist rising from the water, fog lifting the mountains upon its shoulder. This white horizon line cuts the world in two halves, at sea level, and all the mountains are now detached from the ground.
Everything so quiet and blue. Summer just landed on the earth. Summer erased all winter memories. Summer came loaded with blue. Summer became the only season and the only possible sky. Summer stayed planted firmly on the earth. At the end of the day, the sun came down, waiting for the night to end and came back the next morning, just as bright and yellow. The same sun, every day, again and again. Every day another summer day. Summer nights. Summer for sunset. Summer for sunrise. Summer in  the wee hours. Summer before saying good night.

When the cold came, I thought it was the air conditioning.

Extase romantique à la St Valentin

On frappe à la porte

ISEULT: Qui c’est ?
LE FLEURISTE: C’est le fleuriste.
ISEULT: Qu’est-ce que c’est ?
LE FLEURISTE: Des roses rouges. Avec des cœurs rouges. Pour la SAINT VALENTIN !
ISEULT: (se tourne vers TRISTAN) Oh, mon chéri, tu es tellement romantique. Tellement original.
TRISTAN: Mais non chérie, c’est rien.  Juste un éclair de passion rouge à travers le ciel glacé de février.
ISEULT: Oh, mon chéri, c’est tellement beau ce que tu dis que je sens mes sens s’embraser. Oui.  Mes sens s’embrasent.
TRISTAN: Moi aussi, je fais qu’à m’embraser.
ISEULT: Alors viens maintenant.
TRISTAN: Alléluia ! Noël !
ISEULT: Un peu plus à droite. Non. Trop à droite.
TRISTAN: Là ? Comme ça ?
ISEULT: Non. Un peu plus à gauche.
TRISTAN: Ben, faudrait savoir.
ISEULT: STOP ! LÀ !
ISEULT & TRISTAN: Oui. OUI. OH OUI!

Soupirs. Instant d’extase. Cigarette. Fromages. Café.

TRISTAN: Alors, heureuse ?
ISEULT: Mieux, amourheureuse.
TRISTAN: Il faudrait virer le type qui écrit les dialogues.
LE FLEURISTE: Ces messieurs-dames ?
TRISTAN: Quoi encore ?
LE FLEURISTE: Les fleurs, je les mets où ?
TRISTAN: T’as pas entendu nos soupirs ? Notre instant d’extase romantique ?
LE FLEURISTE: Ah bah ça, faudrait être sourd…
TRISTAN: Alors, maintenant que j’ai tiré mon coup, tu remballes tes tulipes en carton et tu te barres. COMMERÇANT!

À la petite fille qui ne dort pas, la nuit.


C’était le meilleur moment.
Le moment le plus tendre. Le plus tiède. Le plus doux. Mes deux garçons pas plus hauts que trois pommes couchés dans leur lit, propres comme des sous neufs, le visage enduit d’Hygiodermil, une crème qui n’avait aucun effet particulier, si ce n’est celui de sentir l’odeur de l’enfance. La couette sous le menton. Le doudou et le pouce. Les yeux immenses et arrondis de sommeil. Papa. Lis-nous une histoire. Il n’y avait plus que la veilleuse entre la nuit et nous. Alors je lisais. La journée du petit chat. La journée du petit éléphant. La rue des caries. L’histoire du marchand de sable.
Encore une histoire. Juste encore une histoire. Lis encore une page, s’il te plait. Leur tête de profil enfoncée dans le coussin, ils écoutent. Ils suivent le marchand de sable qui fait chaque soir le tour de la terre pour lancer un peu de sable soporifique dans les yeux des humains et des animaux. C’est du sable magique, quelques grains suffisent pour que les enfants s’endorment. Il faut faire très attention à la fabrication et au dosage. Le marchand de sable fait toujours très attention.
Ils écoutent, les yeux au bord des rêves. Le marchand de sable traverse le monde sur le dos de Suzanne, la plus petite ânesse du monde qui se déplace à la vitesse de la pensée, plus vite que la lumière, à plus de 300’000 kilomètres à la seconde.
Ils écoutent et ils rêvent au marchand de sable et à Suzanne qui peuvent voler entre les lattes de bois des ailes en mouvement d’un moulin à vent.

Il y eut aussi les histoires de Georges Lemoine, Marcus Pfister, Amrei Fechner… Un petit train qui marche à la lune, la lumière de la veilleuse, le doudou qui sent si bon avec le pouce. Un jour, un article qui parlait de la parution du deuxième épisode des aventures d’un petit sorcier myope. Alors, tous les soirs, j’ai lu Harry Potter. Depuis le début. Et continué ensuite jusqu’à la parution du quatrième tome. Ensuite, ils ont lu leurs propres histoires.
Une histoire avant de s’endormir. J’ai adoré ce moment. Regarder les personnages qui s’animent dans la pénombre. Deux paires d’yeux immenses qui écoutent en silence. Deux paires d’yeux qui se ferment doucement à mesure que les étoiles s’allument. J’éteins. Je ferme la porte. La nuit peut venir. Ils dorment, ils rêvent et je rêve avec eux.

C’était à Paris, des années plus tard. C’était il y a quelque temps. Un jour qui hésitait entre la pluie et le beau temps. Nous sommes entrés dans une pâtisserie. C’était l’heure du goûter. Comme toujours, je ne savais pas où j’allais et une très charmante jeune femme m’avait fait la grâce de m’accompagner avec ses deux filles qui étaient presque aussi jeunes que leur maman. À l’heure du choix, devant la vitrine remplie de pâtisseries, la plus jeune des filles désigna sans hésiter une assiette garnie de trois parts de gâteau à la crème chantilly. De la crème si blanche et si légère qu’on aurait dit de la neige. La boulangère plongea la main vers l’assiette pour saisir un billet rose posé juste à côté du gâteau. Elle lut très attentivement. Elle reposa le billet sur l’assiette en disant que non, il y avait une erreur. Ce gâteau était déjà RÉSERVÉ.
J’ai trouvé ça terrible et tout à fait injuste, cette exposition indécente de crème chantilly et ce billet rose qui disait que non, malgré les apparences, ce gâteau n’était  pas à vendre. Alors bien sûr, il y eut des cris et des larmes. Il y eut un gros chagrin et une grosse colère. Et comme dans ma tête il y a toujours une réserve de mots prête à sauter sur la réalité, j’ai commencé à écrire l’histoire du boulanger fatigué. Un boulanger qui ne dort ni le jour, ni la nuit. Un boulanger qui n’aime pas les enfants qui courent et mettent leurs doigts partout. Un boulanger qui n’aime pas les enfants qui dorment, la nuit.  En écrivant le premier chapitre de cette histoire, j’ai repensé à mes garçons, à la veilleuse, à leurs yeux immenses dans le noir. J’ai pensé à un autre papa assis dans la pénombre qui lirait l’histoire du boulanger fatigué à une petite fille ou un petit garçon qui dirait : « Encore, lis encore une page, s’il te plait. »
Au chapitre 14, J’ai reçu ce message sur twitter : @Heraclite lit La véritable (& horrifique) histoire du boulanger fatigué à sa petite fille qui ne dort pas, la nuit.
En vrai, @Heraclite s’appelle Samuel Dixneuf. Il est journaliste, écrivain, traducteur, professeur. Il écrit en Français ou en Anglais. Si vous voulez le connaître un peu mieux, vous pouvez vous rendre ici
J’ai relu ce message inscrit sur l’écran de mon ordinateur. Plusieurs fois. Et c’était comme si d’un seul coup, j’avais réalisé un incroyable tour de magie. Comme si j’avais accompagné le marchand de sable dans sa tournée. Comme si j’étais entré par la cheminée le soir de Noël.
Alors, je voulais juste remercier Samuel Dixneuf pour son message. Lui souhaiter une bonne nuit.
À lui et à sa petite fille qui ne dort pas, la nuit.

Le marchand de sable, texte de Wil Huygen, illustrations de Rien Poortvliet, Nathan Image.

Cold Turkey

Assise
Sur un nuage de poussière rouge
Je tombe.
La chute longue
Et dure un siècle d’étoiles rouges.
Je tombe,
A la vitesse de la lumière rouge,
Dans l’air glacé de la nuit noire.
Je tombe et tu ne me retiens pas.

Cold Turkey.
Je me retiens
A tous les clous du désespoir.
Rouge,
Le sang coule de mes mains déchirées,
Sur mes ongles peints en bleu,
Mes ongles pour t’arracher les yeux.

Debout
Sur un tapis de cendres rouges
Je marche.
Le pas lourd
Et dure un siècle de lumière rouge.
Je marche,
A la vitesse d’une femme au pas,
Dans l’air brûlé au fer rouge.
Je marche et tu ne me soutiens pas.

Cold Turkey.
Je me retiens
Aux épines qui brûlent dans le noir.
Rouge,
Le sang coule de mon front déchiré,
Sur ma bouche peinte en bleu,
Ma bouche pour t’arracher les yeux.

Ma peau à vif,
Ma peau à nu contre le mur,
Trace un dessin à l’encre rouge.
Je te dessine avec mon dos,
Avec mes hanches qui bougent.
Je déchire mon ventre dur,
Ma peau à nu contre le mur,
J’écris ton nom à l’encre rouge.

Recette de banana split

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

La banane est un légume frais qui vire du vert au jaune suivant son état d’avancement.

Oblongue et incurvée comme un boomerang, elle a déjà beaucoup servi. Un sondage représentatif sur un échantillon de 1345 personnes de sexe masculin, féminin, ou sans opinion a montré que 100% des sondés ont l’air parfaitement ridicules lorsqu’ils mangent une banane.

Prenons par exemple un tennisman. Il est beau. Il est bronzé. Son corps poli brille sous le soleil qui décline. Il survole le court d’une foulée agile. Il virevolte et danse. Il égaie le filet d’une volée diaphane. Il transpire, certes, mais ce sont des perles de rosée qui se noient dans son bandana façon pirate. À la fin de l’échange le tennisman s’assied. Il regarde le vide. Il boit une gorgée de boisson isotonique bleue. Il s’essuie. Il boit un coup d’eau minérale pour faire glisser l’infâme mixture colorée à l’encre de marker fluorescent. Il s’essuie encore. Il regarde au loin, un point imaginaire au milieu de la foule. Il se dit que c’est pas tout ça, il faudrait peut-être voir pour la suite. Il a un creux à l’estomac. Il plonge dans les entrailles de son sac rouge. Il fouille et il farfouille. Ici les bandeaux de rechange. Là, la réserve de bandanas façon pirate. Les chaussettes. Le pull de rechange. Les raquettes emballées dans un voile de cellophane.
Enfin, il se redresse sur sa chaise. Le soleil déclinant coule sur la foule et creuse des ombres  bleues sur le visage du gladiateur moite et doré. Certaines jeunes filles se pâment. Certains jeunes hommes aussi. Le tennisman a une banane à la main. Il fait plier la queue d’un coup sec pour ouvrir une fente dans la peau qu’il débite en quatre lanières égales. Érigée et blanche, la tête de la banane surgit de son fourreau déchiré, de cette corolle molle qui pend en quatre lambeaux tristes sur cette main hâlée. Alors, il avance son visage. Posée en face de lui, la caméra le prend en gros plan. La bouche ouverte qui engloutit jusqu’à la garde cette tige blanche et dressée comme un arc vers le ciel violet. L’œil vide et la lippe pendante. Toute la magie s’en va. Enfouie dans les profondeurs de cette gorge abyssale, la banane est sectionnée d’un coup de dents. Elle s’enfonce dans les entrailles du tennisman goulu. Elle explose en mousse épaisse. Elle remplit d’un seul coup les joues du gladiateur qui mâche dans le mou et déglutit avec peine. Il est au bord de l’étouffement. Il avale une fois. Il avale deux fois. Il n’a plus de salive. Il reprend un coup d’eau minérale. Il se racle la gorge et respire avec difficulté. Son œsophage est encombré.  Il a toujours sa banane à la main. Le temps qui lui est imparti touche à sa fin. Le tennisman emprunté prend le reste de la banane, referme les quatre lanières de peau autour de la tige charnue qui porte encore la marque de ses dents. Il fait un petit paquet bien propre. Le jeu reprend. Le soleil darde ses rayons obliques sur la peau de banane qui se remplit de taches brunes. Le jeu s’éternise.

Le soleil crépite.
La banana split.

Remerciements @Soupir59‎ princesse québécoise qui n’oublie pas que les bananes sont remplies d’os. Et c’est  @theoneshotmi qui a créé les costumes

Couché sur le dos

Le temps passe en silence dans le fracas des jours qui passent.

La neige tombe et le temps passe. Une femme tombe et le temps passe. Une année passe et le temps passe. Une année, un siècle, un millénaire ou dix millions d’années.

Le temps passe, imperturbablement.

Tu as fais quoi hier ? Tu feras quoi demain ? Et maintenant, tu fais quoi ?
Entre hier et demain, entre onze heures et midi, entre deux fractions de secondes, une pulsation forme une bosse légère au creux de mon poignet.

Fine et translucide, la peau se soulève, imperceptiblement.

L’instant où se forme cette bosse minuscule contient tous  les printemps du monde. Toutes les neiges et tous les étés. Toutes les odeurs du crépuscule. Toutes les aubes bleues ou grises, les aubes sales, les matins brillants au petit-déjeuner. Toutes les années tristes et gaies. Tous les avions qui tombent. Tout le feu de la terre.

Tous les mondes qui se défont pour se refaire ailleurs.

Couché sur le dos, je regarde tous les nuages qui passent entre deux battements de mon cœur.

Aux passagers assis sur mes sièges éjectables

WordPress.com fournit un toit informatique à mes nuages qui passent avant d’aller mourir.

À la fin de l’année, WordPress.com m’écrit pour me parler de mon blog, est-ce qu’il va bien, est-ce qu’il a la fièvre, est-ce qu’il est contagieux.

Pour le bulletin de santé, WordPress me dit que Wow ! Ce que je résumerai en disant que ce blog pète le feu.

Pour la propagation pandémique du non-sens verbal diffusé en ces lieux, WordPress calcule que ce blog a été visité plus de 9100 fois au cours de l’année écoulée. 9100 passagers sont montés sur ces lignes, l’équivalent de 22 Boeing 747-400. (Un 747-400 est un très gros avion qui peut avaler 416 passagers d’un seul coup, voyez WordPress un étage plus bas.)
Certes, il y a les passagers égarés, venus là en recherchant un véritable horoscope de l’homme sagittaire et qui s’en vont en claquant la porte. Il y a aussi les passagers distraits. Les passagers intéressés par le Prince Charles qui trouvent Camillus. Les kamikazes qui ont embarqué plusieurs fois en essayant de quitter la cabine en flammes pendant que le pilote quittait l’avion.
Mais bon. Rendez-vous compte. 22 Boeing 747-400. Et pas un seul gramme de kérosène. Un blog auto-propulsé, cent pour cent naturel et entièrement biodégradable.

Alors, je voulais dire merci à tous les intrépides voyageurs qui se sont assis dans un de mes sièges éjectables au cours de l’an de grâce 2010. Et que 2011 vous propulse dans les hautes couches de la stratosphère, où vous serez à l’aise pour regarder les avions qui tombent et se noient dans la mer.
Et surtout pour vous rappeler que la fin du monde est programmée pour le vendredi 21 décembre 2012. Alors, n’écoutez pas les longues plaintes de votre estomac. Reprenez une coupe et deux tartines de foie gras. Tout au long de l’année au petit-déjeuner. N’attendez pas Noël et la nouvelle année.

Le prochain réveillon sera le dernier.

Groumpf

Un jour, il y a bien longtemps, un homme s’est levé et a dit : « Groumpf ! »

Le ciel est bas. L’homme a mal dormi. Il a le teint brouillé et l’estomac barbouillé. La forêt est remplie de brume. Il fait froid.
Temps de chiottes. Et en plus j’ai la tête qui va exploser. C’est peut-être ces champignons, ou alors les racines d’hier. J’aurais jamais dû manger ces racines. Ouh que j’ai mal au cœur. Je crois bien que je vais vomir.
L’homme a un grand spasme, ensuite il se relève, un goût douceâtre jusqu’au fond des molaires. Il a un hoquet. Il est de très mauvaise humeur. Il est en nage. Il est en rage. Il arrache une grosse branche au flanc d’un arbre. Il fouaille les hautes herbes. Il arrache, il casse, il écume. Il revient en vrombissant vers l’entrée de sa caverne. Devant l’entrée, un autre homme attend. Alors, le premier homme lève très haut sa lourde branche et l’abat d’un seul coup sur le crâne du deuxième qui se fend dans un bruit mou. Le deuxième homme s’écroule et reste allongé sur le sol. Le premier homme dit : « Groumpf ? » mais rien, plus rien ne lui répond. Tout à coup, il se sent mieux. Il se sent fort. Il remplit d’air ses poumons. Il reprend sa grosse branche et la taille à coups de caillou pour qu’elle tienne bien dans la main.

Ensuite, il casse la tête de tout le monde avec sa branche transformée en gourdin. Ensuite un autre homme arrive avec un gros caillou. Ensuite un homme a l’idée d’un plus petit caillou qu’on pourrait lancer. Ensuite un homme pense à insérer le petit caillou dans un tube rond avec un peu de poudre. Ensuite un homme augmente la taille du tube et ça fait un canon.  

Pendant ce temps, les femmes cultivent le blé et les pommes de terre en surveillant les enfants. Quand la nuit tombe, elles soignent les blessés et enterrent les morts dans la terre noire remplie de trous.

Pendant ce temps, les hommes font de l’argent pour acheter des médailles et des missiles intercontinentaux à tête nucléaire. Ils réfléchissent à la conquête du monde. Ils prennent des décisions stratégiques qui abreuvent nos sillons d’un sang glacé. Entre deux guerres, ils partent à la conquête du marché de la pomme de terre ou de l’ordinateur. Ils creusent des trous de plusieurs kilomètres pour arracher aux entrailles de la terre le plus gros diamant du monde, qu’ils font monter en collier. Ils rentrent chez eux le soir et attachent le collier au cou de leurs dames. Suspendu par un fil à ce cou gracile, le plus gros diamant du monde ressemble à un étron.

Ensuite, ils repartent dans la plus grosse voiture du monde pour allumer la mèche de la plus grosse bombe atomique du monde.

BOUM.

La forêt est rasée. Il ne reste plus d’arbres. Il ne reste plus de brume et même plus de froid. Juste un bout de montagne et un trou au milieu. Dans la caverne quelque chose à bougé. Une silhouette recouverte de poussière s’ébroue dans l’obscurité.
Mon Dieu que va-t-il se passer ?
Mon Dieu  très haut et suprêmement inexistant, crache pour une fois dans tes mains trop propres et fais bien attention. Fais hyper gaffe, mon Dieu. Cette fois-ci pas de bavure.

Fais que ce soit une femme qui sorte de la caverne.
Après l’explosion.

Petit Papa Noël


Petit Papa Noël,
Cette année comme l’année dernière,
Quand tu descendras du ciel
Pour atterrir dans le parc de mon petit manoir,
Ne défonce pas la pelouse
Avec tes rennes et leurs gros sabots.
Mon manoir est petit
Mais mon tailleur est riche.
Et mon cordonnier fait de très grands souliers.

Petit Papa Noël
N’oublie pas de remplir mon gros bas de laine
Et surtout n’oublie pas mes très grands souliers.
Je n’ai pas été tous les jours très sage
Mais je crois que tu vas aimer ça

Petit papa Noël
Tu sais bien qu’avant de partir,
Je saurai bien te couvrir
Alors, Petit Papa Noël,
N’oublie pas
Mon petit cadeau.

Le monde sous deux mètres de neige.

Sous trente centimètres de neige, le monde marche sur  une patte.
Alors, prenons deux mètres de neige. Saupoudrons. Étalons à la spatule sur un aéroport.
Que voyons-nous ?
Sur cet aéroport, les avions sont rangés en rangs d’oignons. La neige légère fait ployer leurs ailes déplumées. Ils ont la tête basse et le ventre vide. Leurs passagers endormis dans le ventre gris des aérogares. Leurs passagers assis dans une chambre d’hôtel, qui regardent la neige tomber, inlassablement. Leurs passagers immobiles dans l’espace vide du temps refermé. Sans rendez-vous important. Sans réunion stratégique. Sans courbes de croissance projetées sur un écran blanc. Sans négociation de prix. Sans signature du contrat.
C’est terrible.
Il y aura des conséquences incalculables.
Des pertes colossales.
Des millions d’emplois seront perdus.
Peut-être même une crise économique sans précédent.

Dehors, la neige tombe. Continuellement.
Les passagers ne partiront pas. Alors, ils envoient au monde entier cette terrible nouvelle : « Les passagers ne partiront pas ». Sur leurs ordinateurs ils écrivent : l’aéroport est fermé. Je ne pourrai pas être présent pour la réunion stratégique. C’est grave. Extrêmement grave.
Dehors la neige tombe. Imperturbablement.
Les passagers prennent leur téléphone pour dire que non, ils ne partiront pas. Ils ne seront pas là ce soir pour embrasser les enfants.
Après un temps d’hésitation, la neige se remet à tomber.
Les passagers sont très énervés. Il doit bien y avoir un moyen de faire décoller les avions. C’est invraisemblable tout de même. Moi qui devais me rendre à la Réunion. Manger un homard à la vanille. Faire la planche dans le grand lagon.
La neige redouble d’intensité.

Après deux jours la neige fond.
Privés de leur baiser du soir les enfants ont pleuré.
La neige regrette.
Privées de Directeur de la Communication, les réunions stratégiques n’ont pas eu lieu.
La neige s’en fiche comme d’une cerise.
Les contrats attendent toujours la signature du Chief Executive Officer.
La neige s’en contrefout.
Dans le grand lagon de l’Île de la Réunion, le requin a fait des ronds dans l’eau en attendant un touriste dodu à la chair pâle.
La neige compatit.

Pendant deux jours, deux mètres de neige ont changé le cours du monde.
Deux jours plus tard, rien n’a changé.