Recette de biscuit au chocolat


Le biscuit au chocolat est un univers impitoyable.

Regardez le poste de télévision : pas un jour ne se passe sans qu’un constructeur de biscuits ne dépose un nouveau brevet. Le biscuit sous le chocolat. Le chocolat dans le biscuit.  Le chocolat en sandwich entre deux couches de biscuits qui apparait par une fenêtre en forme d’étoile, c’est joli. Le chocolat laminé. Le chocolat fritté. Le chocolat injecté. Le chocolat en fusion. Le chocolat moléculaire. Le chocolat virtuel, en 3D à manger avec des lunettes spéciales. Le chocolat que tu vois même pas dans tes rêves.
Cette débauche d’effets spéciaux nous consterne. Le biscuit au chocolat est une chose simple. D’un côté, le biscuit. De l’autre le chocolat. Et seulement deux manières de les assembler.

1) Assemblage mécanique : Une petite plaque de chocolat collée à la surface d’un petit beurre à l’aide d’une colle spéciale, voir avec le fabricant. La plaque peut être collée sur la face extérieure du biscuit ou compressée entre deux plaques de biscuit, selon le principe du sandwich au jambon.
2) Assemblage fusionnel : une couche de chocolat coulée sur la surface du petit beurre ou sous le petit beurre. Les molécules de chocolat enrobent les molécules de biscuit selon un procédé spécial, voir avec le fabricant. (Cette catégorie inclut les pépites de chocolat plus ou moins enfouies au cœur du biscuit)

Que nous ayons affaire à un biscuit mécanique ou fusionnel, il n’existe qu’une seule manière de le manger, qui consiste à séparer le biscuit du chocolat.
Pour les produits résultant de l’assemblage mécanique des composants, on procédera avec les mains en tenant fermement le biscuit et le chocolat. On imprimera ensuite une traction progressive jusqu’à ce que le biscuit se désintègre, et fasse des miettes partout. Au final, des mains sales et il reste des fragments de biscuit agrippés au chocolat. Dans le cas du sandwich, appliquer une traction, ensuite procéder comme avec le produit issu du coulage. (Voir ci-dessous)
Les biscuits où le chocolat a été coulé directement sur la surface du biscuit présentent une difficulté supérieure et les ingénieurs sourient derrière la vitre. Seul un passage au four pourrait dissocier les deux éléments, mais comment récupérer le chocolat qui coule ? Ne reculons pas. Ouvrons la bouche. Enfonçons la galette à demi en direction du palais, face chocolat vers le haut. Poussons avec la langue vers la sortie. Simultanément, nos incisives supérieures raclent la surface et décollent une longue bande de chocolat qui fond sur la langue et pas dans la main. Répétons l’opération. Pas mal, mais au final, il reste de longues trainées sombres et le biscuit a ramolli. On procèdera de la même manière pour les pépites, en utilisant les incisives mieux adaptées aux crevasses.

Il est long, le chemin qui reste à parcourir pour séparer le biscuit du chocolat.

Remerciements @sophierandr  princesse tweeteuse du Pépito, biscuit de coulage au chocolat noir.

La Pluie Sans Parapluie


Le dernier ouvrage de Françoise Hardy est paru sous forme de CD, ou de fichier téléchargeable depuis n’importe quelle plate-forme informatique.

Quel dommage.

Un beau 33 tours rempli de craquements aurait tant aimé la patine de cette voix. Les sillons gravés dans le vinyle noir auraient si bien rendu cette odeur de pluie qui fume, sur les trottoirs, après l’orage, à la fin de l’été.

Sur la première chanson – Noir sur Blanc – cette voix voilée donne envie de prendre un train pour 1966 et de prendre la main d’Anouk Aimée en lui disant « Vous ». Cette voix française me fait penser à Catherine Deneuve dans une chanson bleue comme une aube sur les Champs. Cette voix dessine la ligne d’horizon de Paris, aussi sûrement qu’une chanson des Beach Boys dessine la ligne d’horizon de la Californie. Cette voix d’automne au jardin du Luxembourg. Cette voix haute-couture. La voix de cette femme hautement française et habillée par Paco pour l’éternité.

Il pleut sur Paris, mais les gouttes de pluie s’écartent pour laisser passer Françoise Hardy.

Le Beaujolais nouveau est arrivé

Encore boutonneux et acnéique, j’ai extrait il y a bien longtemps d’un hectomètre linéaire de livres de poche une couverture jaunie qui annonçait au monde non-civilisé la venue du Beaujolais nouveau.
Le titre correspondait de manière troublante à mes préoccupations de l’instant et je me retrouvai propriétaire du « Beaujolais nouveau est arrivé » sans même connaître le nom de l’auteur. Je suis ainsi entré de plein fouet dans l’univers de René Fallet, peuplé de caniveaux où coule en rigoles souples le fruit de tous les chais scellés sur le territoire français, ou tout autre territoire planté de vignes. Fallet n’est pas sectaire. Il  boit un peu de tout et même du malt écossais quand le climat s’oppose à l’épanouissement du raisin.

« Le Beaujolais… » c’est l’essence de la série paillarde falletienne. Debedeux, Camadule, Polouc et Captain Beaujol sont inscrits pour un voyage immobile autour du zinc le plus délavé de France, posé sur la sciure du Café du Pauvre. Le projet s’articule sur une absence regrettable d’activités productives combinée à la pratique de plaisirs subversifs comme la pêche à la ligne, l’assimilation de produits toxiques (camembert, rillettes, fromage de chèvre frais…) et l’absorption d’hectolitres de diverses boissons alcoolisées permettant de combattre les effets pervers des produits cités plus haut.
Vacillant sur toutes les autoroutes reliant Paris à Pétaouchnok, Fallet s’assied au bord de l’eau du monde. Il nous propose d’aller pincer les fesses de la vie, ce que nous faisons avec joie. Alors, Fallet nous gâte, il écrit en équilibre sur la poésie, la chanson populaire et l’argot dans une langue qu’il réinvente en père tranquille et moustachu.

Livre paru en 1975 et jamais soupçonné de listériose malgré son affinage au lait cru, « Le Beaujolais nouveau est arrivé » doit être consommé frais et si possible d’un trait. Pour un effet optimal, choisir un jour vif, un banc de dimensions généreuses, déplier le nécessaire de lecture, à savoir : une baguette à la mie fine, un assortiment de fromages posés à quelque distance d’une tranche respectable de pâté de campagne. Une larme de Beaujolais. Une autre, au coin de l’œil.

Une soirée avec Mark Knopfler


Posé devant moi sur la table, un billet de concert dit que Mark Knopfler sera sur scène à Montreux. Le 15 juillet 2010. 19h45. Pile. « Mark Knopfler on stage at 19h45 prompt ». La dernière fois, suite à un désagrément routier, j’étais arrivé avec 5 minutes de retard et Mark jouait déjà. Il jouait en père peinard avec Emmylou Harris. Des chansons bleues  où sa voix enrhumée et encore remplie de l’accent du Nord de l’Angleterre raconte les paysages brûlés du Sud américain.

C’est un long chemin qui mène de Newcastle à New Orleans. En 1977, Knopfler vit en collocation avec son frère David et un bassiste, John Illsley dans un appartement de Deptford au sud-est de Londres. Illsley fait la cuisine, des ragoûts au kilomètre qu’il réchauffe à mesure que la semaine s’écoule. En 1977, Knopfler écrit une chanson qui parle d’un groupe amateur, un groupe de Dixieland, la musique de jazz de la Nouvelle Orléans. La chanson s’appelle « Sultans of Swing ». En 77 toujours, Pick Withers, un batteur, rejoint les deux Knopfler et le bassiste. Guitare solo, guitare rythmique, basse, batterie, voilà un groupe. Pour le nom, ce sera Dire Straits, ce qui veut dire être dans la dèche, avoir un trou béant dans les poches de son pantalon. Le titre, c’est une explication littérale de la situation financière du groupe qui continue de manger du ragoût.

J’ai entendu les notes claires de Sultans of Swing pour la première fois dans une discothèque, deux ans plus tard et le temps s’est arrêté. C’était le temps du rock boursouflé. C’était le temps du punk aux deux accords épileptiques. Au milieu de tout ce bruit, arrive un type avec une tête de chou-fleur dégarni et une guitare rouge Ferrari. Il pose délicatement ses notes autour de la trame rythmique. Il danse autour de la mélodie. Il laisse parler le silence. Il marmonne une histoire plutôt qu’il ne chante. Il parle avec ses tripes. Et toujours, à intervalles réguliers, il vient poser des notes de guitare, fluides et transparentes. Le type à la tête de chou-fleur fabrique de l’eau de source. Sur les photos, il a l’air d’avoir faim.

Du premier concert – vu cette année-là – au 15 juillet 2010, j’ai souvent écouté Mark Knopfler tailler ses notes en public, raconter ses histoires qui parlent souvent du passé. Et même si je ne partage pas son élan pour la musique country, je continue à acheter ses disques, à aller le voir sur scène. Parce que je sais qu’il y aura une seconde ou une minute où Mark va prendre sa guitare rouge et poser les mains dessus. Au bout de sa main droite, ses doigts vont pincer les cordes, le pouce tendu comme un arc qui fait la ligne de basse pendant que les autres doigts tissent la mélodie. Et sortira ce son délicat et sans aucun effet. Le son limpide et nu d’une Stratocaster rouge qu’il s’apprête à faire chanter ou pleurer, qui me renvoie dans une discothèque rouge que la neige recouvre.

On a la madeleine qu’on peut.

Ici, la première démo de Sultans of Swing.

Sous la jupe de Kadhafi

kadhafi
Dans un roman que j’ai écrit, un dictateur africain vénère le muscle, parle comme un livre et  échange des machines de fitness contre des réfugiés.
Bon, c’est un roman. Une FICTION. On peut se laisser aller. Forcer un peu le trait. Épaissir les lunettes noires. Remettre une couche de décorations.

J’ai imaginé cette histoire quelques années avant le grand retour de Kadhafi. Ses lunettes de soleil. Ses cheveux en pâte à modeler. Ce visage à mi-chemin entre Keith Richards et Michael Jackson qu’il rejoint petit à petit sur la couleur de la peau. Ses quintaux de décorations. Son cours magistral sur la condition féminine devant 1000 femmes françaises et 700 femmes italiennes. Son fils renvoyé de France et arrêté à Genève.
Deux otages pour enseigner le respect à la Suisse. Les affaires qui cessent et l’interdiction faite aux médicaments suisses de soigner les maladies libyennes. L’interdiction faite à la bière sans alcool suisse d’humecter les gosiers libyens qu’un vent brûlant assèche impitoyablement.

Dans la réalité, il y a un dictateur aux lunettes aveugles qui recycle son passé de terroriste contre du pétrole et des réfugiés. L’Italie se couche. La France se couche. Les Etats Unis se couchent. La Suisse se couche. L’Union Européenne se couche. Kadhafi reste debout. Bien droit dans ses bottes.
Dans le roman que j’ai écrit, un dictateur entravé par l’abus de stéroïdes parle comme un livre et échange des machines de fitness contre des réfugiés.

Je suis un rigolo. Je ne fais pas le poids contre la réalité.

Que le bonheur soit!

GET HAPPY! Est une anglaise injonction pour dire : « Deviens ou devenez heureux. » Pragmatique, l’Anglais ne pratique pas le vouvoiement. Sauf pour la reine qui a la majesté arrogante, dans ses vingt châteaux remplis de Rolls construites au début du XXème siècle.

GET HAPPY! Sinon ça va fumer sur ta sale gueule de réfractaire. Deviens heureux! Comme tout le monde! Même si tu vomis la bonne humeur en tube. Même si tu gerbes sur la musique en tranches ou sur le Hummer en limousine. Mets un sourire de césarienne sur ton groin de césarien. C’est écrit dans le journal. Vu à la télévision. Le bonheur nous submerge! La fête globale! Tout le monde rigole. TOI AUSSI, BORDEL! En rang! À À À la queue leu leu! Bronzé! Repeint en carotte. Liposucé. Blanchi. Un cocktail dans une main, une pouffe ou un chippendale luisant dans l’autre.

C’est la méga-teuf globale. Tout le monde aligné. Et je veux pas en voir un seul qui fait la gueule. Parce que si t’es pas heureuse, Paulette, c’est que t’es malade. Et si t’es  malade, t’es contagieuse. Et si t’es contagieuse, tu vas introduire un virus sain dans  toute cette épidémie de bonne humeur aussi authentique qu’un implant mammaire posé comme un bouse transparente sur une compresse stérile.

Le testament de Joe Stack.


Joe Stack était ingénieur en aéronautique. Américain. Le 18 février 2010. Il s’est envolé dans un avion de tourisme pour aller s’écraser contre un batiment du fisc, à Austin Texas.
Avant de partir, il avait incendié sa maison. Dans le message [English] laissé sur son site, que le FBI a bouclé depuis, Joe Stack explique son geste. C’est un texte long et détaillé. Joe Stack était ingénieur et il aime les faits. Parfois, il s’énerve aussi, mais c’est rare. Pour les anglophones, ce texte mérite le détour. Pour les francophones, voici une traduction française de la conclusion.

« Je sais bien que je ne suis pas le premier qui décide qu’il en vu assez. Que les gens aient cessé de mourir pour leur liberté dans ce pays [USA] est un mythe. Les gens continuent à mourir pour leur liberté et ce phénomène n’est pas limité aux noirs ou aux immigrants sans le sou. Je sais qu’avant moi il y a eu des morts innombrables et il y en aura encore beaucoup après moi. Mais je sais également que si je n’ajoute pas mon corps au nombre des victimes, j’aurai fait en sorte que rien ne change. J’ai choisi de ne pas continuer à regarder Big Brother par-dessus mon épaule pendant qu’il nettoie ma carcasse. J’ai choisi de ne pas ignorer ce qui se passe autour de moi. J’ai choisi de ne pas faire comme si les affaires n’allaient pas continuer. J’en ai juste eu assez.
Je peux seulement espérer que le nombre des victimes augmente rapidement au point de ne plus pouvoir être escamoté. Que les zombies américains se réveillent et se révoltent. Il faudra au moins ça. J’espère simplement qu’en atteignant le nerf qui déclenche automatiquement une réaction partiale de notre gouvernement, et crée invariablement d’autres restrictions encore plus draconiennes et absurdes, les gens se réveillent. Qu’ils voient enfin le vrai visage des voyous qui nous gouvernent et ceux de leurs laquais. C’est triste : j’ai passé ma vie à essayer de croire le contraire, mais je dois bien l’admettre : non seulement la violence est une réponse, mais la violence est la seule réponse. L’ironie de l’histoire, c’est que ces tas de merde qui nous gouvernent le savent depuis toujours. Depuis toujours ils se moquent et broient les imbéciles comme moi.
J’ai lu un jour que la définition de la folie était de répéter sans cesse la même action en espérant obtenir tout à coup un résultat différent. Je suis enfin prêt à arrêter toute cette folie. Alors, Mr Big Brother, Mr Fisc, cette fois-ci, on va essayer autre chose. Prend ma livre de chair et dors bien. »

Recette de tartine à la confiture de framboises

Tout le monde est prêt ? Cahier ? Stylo ? Vous notez.
D’abord, le pain. Prendre un pain, de préférence à la mie blanche. JE SAIS. La farine complète, c’est très bon pour le cholestérol, le tansit intestinal, la souplesse des artères, la balance commerciale. Pour tout. Mais là, c’est une question de goût. Le pain complet à tellement le goût du pain complet que tout le reste sombre dans l’anonymat.
La réussite de la recette du jour repose sur un équilibre fragile : d’une part le choix d’ingrédients de première bourre, d’autre part une cuisson de haute précision, mesurée au centième de seconde. D’ailleurs, les ingrédients : un pain frais, doré mais pas trop, à la mie blanche mais pas trop. Une cuillère à soupe rase de confiture de framboises. Un toaster branché. Un couteau à pain. Une planche à pain.
Poser le pain sur la planche à pain. Couper 1, 2, ou 3 tranches, selon l’étendue de votre libido boulangère. L’épaisseur idéale de chaque tranche sera comprise entre 17 et 20 millimètres. Je précise que le pot de confiture est déjà placé sur la table, sans couvercle, prêt à l’emploi. La cuillère aussi. Glisser une tranche de pain dans le toaster. (Et pas deux, quand vous mangez la première la deuxième surgrille ou refroidit) Appuyer sur le levier. Le pain disparoît et le toaster rougeoie.
Nous arrivons au grand secret. À la révélation. Pour un toastage parfait, il ne sert à rien de se fier  à la machine. Même perfectionnée ou électronique, la mécanique est privée de vue et surtout d’odorat, le seul sens qui compte en matière de toastage du pain. Vous ne sentez rien ? c’est pas bon. Vous sentez une odeur de café rôti ? c’est pas bon. Il faut sentir une odeur de brioche pâtissière chaude très légèrement grillée. Vous comprenez ? Vous sentez ? Alors, là, appuyez tout de suite sur « stop » ou « off » suivant que la machine parle Français ou Anglais. STOP. Sortez la tranche dorée, posez-la sur une assiette de porcelaine froide et attendez 30 secondes. On est pas des bêtes. Aussi bien que la farine complète, la mie brûlante égorge tous les autres parfums.
OK. Les 30 secondes sont écoulées. Remplissez la cuillère à soupe de confiture de framboises. Étalez sur toute la surface, bien jusqu’au bout de  l’arrête formée par la croûte qui entoure la tartine. Très important, sinon la confiture reflue vers le centre qui s’affaisse et devient mou, alors que la périphérie s’assèche et durcit comme fer à mâcher. Voilà. La surface brille d’un beau vermillon uniforme et ça sent un peu l’odeur tendre du pain grillé. Mordez dedans. La mie cède en premier, la croûte craque. La confiture soyeuse remplit les trous. Les grains de framboise explosent. Tout le parfum de l’enfance envahit vos intérieurs.
C’est l’heure du goûter.

Dans ma prochaine causerie culinaire, nous parlerons de l’élevage des framboises et de la meilleure manière d’en faire une nourriture céleste.

La grande partouze de la Saint Valentin

ISEULT : Qui c’est ?
LE FLEURISTE : C’est le fleuriste.
ISEULT : Qu’est-ce que c’est ?
LE FLEURISTE : Des roses rouges avec des cœurs rouges. Pour la St VALENTIN!
ISEULT : Oh, mon chéri, c’est tellement original, tellement romantique.
TRISTAN : Mais non chérie, c’est rien, il faut que notre amour éclate sur le monde comme une bombe anarchiste.
ISEULT : Oh, mon chéri, c’est tellement beau ce que tu dis que je sens mes sens s’embraser. Oui, mes sens sont tout à fait embrasés. Viens maintenant.
TRISTAN : Alleluia ! Noël ! À nous les femmes qui fument.
ISEULT : Oh oui, encore. Un peu plus à droite. Encore. Non. Trop à droite
TRISTAN : Ben, faudrait savoir.
ISEULT : 1 degré à gauche. Doucement. STOP. OH OUI.
ISEULT & TRISTAN : Râh. Âah. Oh oui. OUI. OUI! EXTASE ROMANTIQUE!
TRISTAN : Alors, heureuse ?
ISEULT : Mieux, amourheureuse.
TRISTAN : Il faut virer le type qui écrit les dialogues.
LE FLEURISTE : Ces messieurs-dames ?
TRISTAN : Quoi encore ?
LE FLEURISTE :  Les fleurs, je les mets où ?
TRISTAN : T’as pas entendu notre moment romantique ?
LE FLEURISTE : Ah ben ça, faudrait être sourd…
TRISTAN : Alors, maintenant que j’ai tiré mon coup, tu remballes tes tulipes à deux balles et tu te barres. COMMERCANT!

Sous la jupe des lettres rondes ou carrées

calligraphieMon fils de 19 ans termine son collège, lycée, gymnase, pour obtenir sa maturité ou son bac, comme vous voudrez, je traduis pour le monde entier. La dernière année d’études comprend un travail de maturité – ou de bac – sur un sujet plus ou moins imposé. Là, il s’agit de réchauffement climatique et d’inondations. Mon fils a établi un questionnaire sur le sujet, qu’il a distribué autour de lui et que je dépouille pour en tirer les jus essentiels et des diagrammes en forme de camemberts pas mûrs. Comme il s’agit d’un travail scientifique, j’ai procédé avec méthode. J’ai pris tous les questionnaires et fait quatre piles. 4 catégories d’âge, en gros :

1) Les adultes en voie de développement
2) Les adultes en voie d’accouplement
3) Les adultes en voie de vieillissement
4) les adultes en voie d’achèvement

Toujours pénétré de rigueur spartiate, je commence avec les jeunes et fais un tas avec les questionaires retourné par les participants de 0 à 20 ans. Je commence mon travail de fouille. Et là, la stupéfaction me prend à la gorge. Je n’y crois pas. Je regarde encore. C’est un choc visuel. Je regarde l’écriture. La calligraphie. Stupéfiant. 33 adolescents ont retourné le questionnaire.
Chez les 16 adolescentes je vois une écriture pratiquement identique. Des lettres bien liées, rondes, pleines, régulières, dessinées avec soin. C’est chou.
Les 17 adolescents écrivent n’importe comment, montent, descendent, certains s’étalent, d’autres explorent la verticalité ou la diagonale aléatoire. Le dessin des lettres relève de l’esquisse et même de l’éllipse pour les plus pressés. C’est le bordel.

Pourtant, toute cette belle jeunesse a été scolarisée dans la même région, avec les mêmes enseignant(e)s utilisant les même méthodes d’enseignement de l’écriture.
Au final, les filles, les garçons et le mur de Berlin au milieu.