Chercheur d’eau

L’eau qui passe polit le dos des cailloux
Dans le lit des rivières que le temps creuse.
Dans son lit le caillou fatigué se souvient
De la main de l’eau qui caressait son dos.

L’eau qui passe use le dos des cailloux
Des rivières fatiguées que le temps creuse
Sans jamais se fatiguer.

Rivières verticales
Rivières horizontales
Rivières compliquées
Qui tracent sur mon visage
Une carte du temps
Le temps qu’il faisait hier ou avant-hier.
Le temps qu’il faisait lorsque j’avais dix ans.

Sur ces berges arides il y avait trop de larmes
Et la rivière a débordé.
Sous ce pont suspendu, qui dort tranquille,
Vous trouverez un bébé,
Un enfant qui joue,
Les yeux noirs de la colère.

En regardant vers la gauche,
En vous penchant un peu,
Vous verrez remonter du fond de cette gorge
Les dernières heures d’une nuit blanche,
Le parfum gris du tabac blond.

Ici, soyez très prudents.
Cramponnez-vous à la barrière !
Ce gouffre est dangereux.
Vous pourriez y laisser
Les meilleures années de votre vie.

Mais si vous allez plus loin vers le contour des yeux.
Vous passerez sous l’ombre bleue d’un arbre
Planté au milieu d’un champ de cheveux blonds.

Vous verrez de la neige et du froid
Des dunes rouges que le vent soulève
Et des nuages pour regarder le ciel.

Je cherche une eau bleue pour remplir ces rivières.
Une eau gorgée de gouttes de soleil.

Je voudrais fabriquer des souvenirs heureux.

Octobre, cinq heures du matin.


La route noire luit, léchée par le faisceau des phares.

Le compteur bleu dit 130.
Six heures du matin, les lumières de l’aéroport. Six heures cinq, 13 kilos dans son sac de voyage. Six heures six, à Londres ce sera le même terminal. Six heures quinze, nous buvons un café. Six heures trente, il faut que j’aille travailler. Six heures trente et trente secondes, je l’embrasse, je lui dis « À bientôt. »
Six heures trente-cinq. Je reprends la route noire. Six heures quarante, j’aimerais que la nuit reste. Six heures quarante-cinq, le ciel se troue vers l’Est. Sept heures, le jour passe.
Sept heures trente, le jour étale. Sur le billet, c’est l’heure où son avion décolle. Je cherche la couleur du ciel à travers les nuages. Je cherche un coin de ciel bleu comme une promesse.
Sept heures quarante, derrière mon volant. Sept heures cinquante, derrière mon écran. Pendant ce temps, le temps passe qui ne sait faire que ça. Son avion partage le ciel d’un trait blanc et pointillé. Moi, j’espère que les vents lui seront favorables.
Dans le sillage des avions, les gens qui partent laissent des traces.

Le Père-Lachaise

L’automne arrive et il fait gris. C’est le moment d’aller au Père-Lachaise. 

C’est un cimetière très gai. Très peu d’enterrements. Beaucoup de passants. Des badauds. Des touristes égarés, une carte à la main.
En automne, sous leur plafond de pierre, les morts voient défiler des imperméables et des dessous de parapluies. Quand vient l’été, ils voient sous les jupes des filles des dessous affolants. De mon vivant j’ai détesté l’automne. Quand je serai mort, je préférerai l’été.
Je marche d’un bon pas dans la région de Chopin. Chopin est mon phare. Ma balise. J’aurai trouvé quand j’aurai trouvé Chopin. Un couple allemand et mélomane me dit que c’est là, juste là, à quelques pas. Alors j’avance et voilà Chopin. Je me retourne, je regarde. Je viens et je reviens. Chopin. Petrucciani. Je suis bien là c’est bien ici. Mais où mon Dieu ? Ne me tripote pas ! C’est pas le moment.
Et c’est quand Dieu cesse de me peloter que mon regard tombe sur une rambarde noire en fer forgé. Un balcon sans balcon. Une plaque en cuivre et un rosier. Alors et sans prévenir, deux larmes s’installent sur le bout de mon nez. J’en suis le premier étonné. Je baisse la tête. Il y a tous ces gens qui visitent Chopin et moi, j’ai l’air d’un con, ma mère, devant ma barrière et son rosier.  

J’ai baissé la tête et j’ai pleuré. Juste un petit coup. Heureusement, il pleuvait.  

Trois mille mètres au-dessus du vide

Le soleil crisse dans l’air bleu de froid.
Il fait moins dix ou peut-être moins vingt.
Il fait si froid que l’air se cristallise.
Il fait si froid que l’air se matérialise.

Il fait moins dix ou peut-être moins vingt.
Et la neige a oublié la pesanteur.
La neige légère dans l’air glacé
S’envole sous mes spatules,
S’envole légère à toucher les nuages.
Le ciel et la neige se confondent et moi,
Je skie la face nord d’un nuage.
Je skie une ligne verticale,
Et des courbes à l’horizontale.
Je skie l’horizon et la mer.
Je skie l’écume de la neige.
Je descends vers le ciel sans fin,
Le long d’une coulée verticale.

Dans ma tête, ça fait clic.
Ma conscience
S’efface.
Se dilue.
S’envole enfin.

Je suis la pente verticale.
Je fais le mouvement parfait.
Je plane sans bruit.
Je peux fermer les yeux.
À trois mille mètres au-dessus du vide,
Je vole.
Enfin.

L’horoscope panoramique de l’homme vierge

De l’insatisfaction nait l’ulcère à l’estomac.
Soucieux de la qualité des sucs gastriques qui parcourent vos intérieurs, je sacrifie mes heures de sommeil pour repartir sur le chemin que les étoiles tracent pour les hommes vierges. Cette fois-ci, pas de quartier. Ceci est un horoscope divisé en quatre rubriques carrées et tendues de rigueur spartiate : Santé, Travail, Argent et Amour. Avec des majuscules pour bien montrer où se trouve le début du mot.

SANTÉ
L’homme vierge est en bonne santé mais faut pas pousser. S’il sort de chez lui torse nu en hiver, alors, l’homme vierge attrapera une bonne broncho-pneumonie. Il sera allongé sur un lit d’hôpital. Il souffrira en implorant le ciel.
Conseil : en hiver, ne pas sortir le torse nu. Mettre une veste. Ajouter une écharpe pour les grands froids.

TRAVAIL
L’homme vierge travaille. Parfois beaucoup. On me signale également des cas d’hommes vierges qui travaillent peu ou pas du tout. Croyez bien que je le déplore. Le travail est une invention qui vient de loin et qui permet à l’homme moderne de courir vers l’imprimante pendant que la mort gourmande l’attend dans ses cuissardes vernies.
Conseil : n’oubliez pas de remettre du papier dans l’imprimante.

ARGENT
L’homme vierge mange son pain à la sueur de son front. Lorsqu’il découvre le pain aux raisins, il se dit que sans sueur et avec un peu de vanille, le pain est beaucoup plus bon.
Conseil : Enfournez, enfournez d’avantage, pour que la vanille se mélange aux raisins.

AMOUR
Un sujet délicat mais il faut aujourd’hui laisser enfin la vérité éclater au grand jour : il arrive que l’homme vierge éprouve une bouffée de chaleur.
Son pouls s’accélère. Il a des vapeurs. Ces changements physiologiques visibles à l’œil nu sont les manifestations du trouble que l’homme vierge éprouve à la vue de l’être aimé. Il a des frissons. Il regarde le sol. L’homme vierge s’avance alors vers l’objet de ses transports et l’aborde en lui demandant si elle / il habite chez ses parents. Ensuite, le couple nouveau procède à un échange de fluides corporels, l’extase n’est pas bien loin, oui, oh oui, prends-moi tout(e). Brigand. La nuit recouvre les amants épuisés d’une ombre aussi noire que les cuissardes vernies de la mort. L’aube bleue vient caresser leurs visages. Il dit alors heureuse ? Elle / il dit que oui. Alors, ils se lèvent, s’habillent et s’en vont remettre du papier dans les imprimantes. Le soir, ils se retrouvent. Ils achètent un frigidaire, un monospace et une voiture d’enfants. Ainsi motorisés, ils procréent en toute hâte.
(Pour la clarté du récit, nous abandonnons ici la voie du couple monosexuel. Non. Je n’ai rien contre le couple monosexuel. C’est juste que cette alternance elle / il alourdit le récit. Et il faudrait approfondir la question de la procréation, envisager ses aspects plus sophistiqués. Il existe à ce sujet une littérature luxuriante que je vous laisse consulter.)
Ils vont à la mer et aux sports d’hiver. L’homme vierge remplit les imprimantes par pleines lessiveuses. Son épouse aussi. Ils ont une résidence secondaire et c’est un rayon laser qui tond la pelouse. Ensuite les enfants s’en vont à leur tour, mettre du papier dans les imprimantes. Le soir tombe. L’homme vierge s’assied sur un banc. Il sort de sa poche une blague à tabac gris et une pipe culottée jusqu’à l’os.
Il regarde le soir tomber et se tourne vers son épouse. Il lui dit femme, les enfants sont partis et le soleil se couche dans tes yeux gris, on dirait la mer qui se reflète sur les falaises blanches de Douvres. Avant de partir, il est temps de penser à nous.
Elle pose son regard sur son homme vierge que le crépuscule embrase. Elle dit oh oui. Pensons à nous. Achetons une imprimante.

Pourquoi Amadeus dans Mozart ?


Pourquoi Amadeus ? C’est très simple.
En latin, qui était un peu l’Anglais de l’époque, amare signifie aimerDeus, pas besoin de vous faire un dessin. Ah Si ? Ah bon. Alors, nous dirons que Deus = Dieu. Donc, Amadeus est à peu près égal à Deus amat ou Dieu aime qui pourrait être customisé en Celui que Dieu aime pour les besoins de la démonstration.

Bien des années plus tard, alors qu’il sentait monter de ses intérieurs d’insistantes effluves de sapin, Amadeus se dit qu’il serait opportun d’écrire un morceau de musique à la fois vocale et instrumentale pour proposer un deal à Dieu : Requiem aeternam dona eis, Domine. En gros : Dieu, donne-leur le repos éternel et, avant qu’ils ne redeviennent poussière, prends bien soin de séparer les os des implants mammaires.

Alors, Mozart y va, la tête dans le sac. Il produit de la musique céleste pour faciliter l’envol de son âme vers ce Dieu qui se demande ce que ce petit Autrichien facétieux va bien pouvoir inventer. Mozart écrit des pages et des pages. Dieu ne lit pas la musique. Dieu s’impatiente. C’est long.  De guerre lasse, Dieu s’introduit dans la tête de Mozart, il sait bien que la loi interdit les écoutes télépathiques, mais Dieu est au-dessus des lois.

Alors, Dieu écoute la musique que Mozart joue dans sa tête. Dieu aime tellement ce qu’il entend qu’il rappelle immédiatement Amadeus à Lui.
Et c’est ainsi qu’en voulant le sauver, le père Mozart à tué Mozart.

Si vous aussi vous voulez vous introduire furtivement dans la tête de Mozart  http://bit.ly/9dSKii

Recette de tartine à la confiture d’abricots

Sans confiture, pas de tartine. Nous commencerons donc par nous pencher sur l’abricot. Pour que la confiture soit réussie, il faut se lever tôt.

C’est au printemps que commence la confiture à l’abricot.
L’abricotier est un arbre délicat qui produit des fleurs fragiles. S’il grandit à l’ombre des montagnes, il redoute mars et ses retours de froid. Vous voyez, une fleur blanche aux pétales délicats frissonne aux moindres frimas. Elle tousse, elle s’enrhume et parfois, elle meurt d’un simple refroidissement. Et il arrive que mars, ce gros con, vienne cueillir la fleur d’un bon coup de gel. Ensuite, mars ricane et c’est la pénurie annoncée pour la confiture aux abricots.
Bon, dans les bonnes années, la fleur blanche survit. Ensuite beaucoup de soleil et un peu d’eau, pas trop d’eau, en fait. Trop d’eau noie le goût, transforme l’abricot en outre à eau. C’est un dosage de haute précision : il y a la peau qui craque et prend l’odeur du vent. Il y a la chair tendre qui mélange l’été au printemps. Il y a le noyau qui envoie un parfum d’amande douce-amère pour que flamboie la tarte aux abricots dont nous parlerons dans une prochaine causerie.

Alors voilà. Il a plu un peu et sinon, il a fait beau. Chaud. Sec. Juillet tire à sa fin et parfois jusqu’en août. L’abricot est orange jusqu’au rouge. Il peut avoir des taches de rousseur. L’abricot est mûr. Il offre sa croupe tendue à la main délicate qui le cueille.
Pour la confiture, il est au bord de la rupture. Il laisse peut-être couler un filet de jus doré. Il est au bord de la moisissure. Il va éclater, c’est une question de temps. Alors, c’est le moment. Vous aurez quelques heures pas plus. Pour la recette, aucun mystère, tout est dans l’abricot. S’il est bien comme il faut, gorgé de soleil, au bord de l’éclatement, alors il suffira d’un tiers de sucre pour deux tiers de fruits. Le sucre, c’est bon pour la conservation, mais l’espérance de vie d’un vrai pot de confiture aux abricots ne nécessite pas tout ce luxe de précautions. J’ajouterai une touche de pectine pour la consistance et je mettrai à cuire avec quelques noyaux, pour l’amande. 10 minutes à plein feu et une demi-heure à feu doux pour que la peau se mélange à la chair. Ensuite, nous retirons les noyaux et nous mixons le tout pour obtenir un beau liquide un peu épais et tout à fait orange. C’est brillant, ça coule et ça sent une odeur qui fait penser au paradis, si le paradis ressemble à un abricot.
Ensuite, verser le liquide bien au milieu du pot, attendre que ça refroidisse, aller chercher du pain à la mie blanche, idéalement une baguette. Ouvrir la baguette par le milieu. Déposer une couche de confiture dont l’épaisseur variera entre 3 et 6 millimètres pour les abricots-dépendants. Et surtout bien étaler jusqu’au bord pour que chaque bouchée soit équitable. Porter la baguette à sa bouche et mordre dedans. Accéder enfin à l’extase.

Pour l’accompagnement, je suggère un Earl Grey pas trop brutal et pas trop chaud, avec juste ce qu’il faut d’amertume. Pour souligner la touche d’amande amère qui vit toujours dans l’abricot.

L’horoscope interactif de l’homme vierge

Un excellent ami né sous le signe de la vierge me fait part de sa frustration. Il a bien lu les deux articles consacrés au décryptage de son futur astrologique, il les a retournés, secoués, mélangé la pulpe et l’orange. Après lecture et relecture, il pointe un doigt accusateur et me reproche de ne pas du tout avoir traité le sujet. Mais, Yann, qui  parle de sujet ? Et d’abord, qui est le sujet ? L’homme vierge ? Ah oui ? Ah bon. Alors, l’homme vierge. Pourquoi pas ? J’ai bien parlé de l’homme lion.

Pour éviter tout risque de dérapage, je m’habille de rigueur spartiate. Le sujet c’est l’homme vierge. Donc, il faut trouver le sujet. Alors, je lance un avis de recherche sur toute la toile avec ces mots : « Personnages célèbres signe vierge. » Du fond du gouffre électronique, une voix me répond et me renvoie à cette page dont je raccourcis l’adresse pour fluidifier le propos.
http://bit.ly/bdvevh
Ici, j’assume le fait que vous utilisez bien un ordinateur connecté et pas une machine à écrire pour lire cet article. La quatrième proposition que vous découvrez sur la page s’intitule « Signes Zodiacaux. » Vous voyez ? Cliquez sur le lien et vous arrivez ici.
http://www.evatomaz.com/pagecadre00113.htm
Là, vous êtes sur le Bélier, mais on parle de la vierge, alors s’il vous plait, un peu de concentration. Descendez dans la page jusqu’à la vierge. Vous y êtes ? Sans vous commander, si vous pouviez activer un peu, il me reste une tonne de repassage. Ça y est ? Bien. Ne perdez pas de temps à lire la fiche technique et allez directement aux « Personnages Célèbres de ce signe. » Qui voyez vous dans cette liste ? Vous lisez : Ingrid Bergman, Leo Teolstoi, Johann Wolfgang von Goethe, Agatha Christie, Sean Connery, Greta Garbo, Jacqueline Bisset, Richelieu.

Bon. Et alors, Tout va bien ? On est content ? On est heureuse ? Ah oui ? Ah bon. Alors, on relit et je vous donne un indice, en gras dans le texte : Ingrid Bergman, Leo Teolstoi, Johann Wolfgang von Goethe, Agatha Christie, Sean Connery, Greta Garbo, Jacqueline Bisset, Richelieu. Vous pouvez refermer votre navigateur. Nous en avons déjà trop vu.

Johann Wolfgang von Goethe. Et pourquoi pas Johann Wolfgang Chrysostomus von Goethe ? Tant qu’on y est, pourquoi ne pas y aller carrément et s’appeler Johannes Wolfgang Amadeus von Brahms Goethe ? Les hommes vierge ne sont pas sérieux. Quand ils sont Allemands et écrivains, ils copient leurs prénoms sur les musiciens. Et plus personne ne s’y retrouve. Le père de Brahms s’en fout. Mais pas le père de Mozart : il a passé une année sur le choix des prénoms. En cette fin de mois de janvier glacial, il arrive enfin à la mairie de Salzbourg et il a tout noté pour ne rien oublier. Devant l’officier de l’état civil, il déclare : « Johannes Chrysostomus Wolfgang Theophilus Mozart, né le 27 janvier à 20 heures, heure de Salzbourg. »
Assis au fond de la salle en attendant son tour, le père de Goethe n’en perd pas une miette. Il est impressionné. Il avait fait un choix simple et discret : « Marcel Goethe. » Mais tous ces noms latins le mettent en transe. Quand Mozart père a terminé il se lève. Il s’approche et devant l’officier il déclare : « Johann Wolfgang von Goethe. » Le sang du père Mozart ne fait qu’un tour. Il se rue sur le père Goethe en hurlant que les auteurs sont tous des copieurs. S’en suit un pugilat. Les gendarmes arrivent. On sépare les belligérants. Mozart dit qu’il veut changer. L’administration lui répond que non, ce n’est plus possible. Alors, le père Mozart dit qu’on verra bien. Il dit : « Puisque c’est comme ça, on l’appellera Amadeus. »

Vous saurez pourquoi en lisant le prochain horoscope de l’homme vierge.

Cri d’amour à Heath Ledger

Dans Batman, il y a Batman, type bizarre avec un costume noir, une Batmobile et l’air d’avoir avalé une chauve-souris.

Mais en fait, dans Batman, il y a surtout le Joker. Et dans le Joker, il y a surtout Heath Ledger. Pour se mettre en condition, avant de se mettre à jouer, Ledger se dit que la meilleure chose à faire est de s’enfermer dans une chambre d’hôtel et d’en ressortir lorsqu’il aura trouvé une voix et une posture convenables.
Alors, il arrive à l’hôtel, il rentre dans sa chambre et en ressort six semaines plus tard, sans avoir beaucoup dormi, parce qu’il n’avait pas le temps. Il devait faire des exercices de voltige mentale comme entrer dans la tête de Sid Vicious pendant un concert des Sex Pistols. Ou fabriquer un personnage de psychopathe avec zéro gramme d’empathie, aucune conscience, aucun remords. Penser que le Sida est une maladie désopilante. Penser à rien. À vraiment rien du tout.
Après six semaines, Heath Ledger estime qu’il est prêt. Il a trouvé une voix. Alors il joue le Prince du Mal en bloc. En vrac. Et surtout, en continu : il refuse de regarder les rushes. Il dit que le Joker est un psychopathe tendance cyclothymique, alors lui aussi.

Il suffira de deux extraits de 5 secondes pour admirer le résultat et aimer l’acteur qui brille derrière le personnage.

http://www.youtube.com/watch?v=CWILhrSzw5o
http://www.youtube.com/watch?v=NPm_9YWRKMA

Ensuite, Heath Ledger a tellement manqué de sommeil qu’il ne s’est plus réveillé.

Le temps de l’indécision

Est-ce que je pars, est-ce que je reste ?
Est-ce qu’il fera beau demain ?
Est-ce que je pars, est-ce que  je reste ?
J’attendrai demain matin.

Si je pars, est-ce que je reviens ?
Est-ce que je pars pour toujours ?
Si je pars, est-ce que je reviens ?
J’attendrai un autre jour.

Est-ce que Paris au mois d’août
Vaut Paris au mois de septembre ?
Est-ce que j’attends le mois d’octobre
Pour enfin aller à Berlin ?

Est-ce que j’écris, est-ce que je peins ?
Combien de temps je vais attendre ?
Combien de temps je vais rester
À regarder mes mains vieillir ?

Et si je l’avais prise par la taille ?
Et si j’avais poussé sa porte ?
Et si j’étais simplement monté
Avant de redescendre ?

Une fois de plus, je me suis trompé.
Et simplement n’existe pas.
Finalement qu’est-ce que ça change ?
Demain, je me tromperai encore

Je me tromperai moins demain.