25 seconds with Jimmy Page


A while ago, I wrote a short and totally subjective review on Mark Knopfler’s gig in Montreux this year.

For those of you who don’t have time to open the link and procrastinate, here’s the deal: I entered the concert a handsome 48 years old gentleman. As Knopfler started to play his red Stratocaster, he sent me back to the times when I was eighteen and listening to his guitar for the first time. See the point? It happens with music, scents, perfumes, maybe the way the sun casts a shadow of a tree. Marcel Proust used a soft cookie, a Madeleine, as a time machine. There are many ways to feel like a teenager when you are actually buying a second pair of reading glasses.

So, I was hopelessly trying to assemble words in a coherent way to capture that feeling. And then I saw this extract from It Might Get Loud a movie starring 3 guitar players: Jimmy Page, The Edge (U2) and Jack White. (The Whitestripes)

You won’t waste your time. It’s only 25 seconds.

Page takes his guitar and starts to play the opening riff of A whole lotta love. When they hear that, The Edge and White just look at him. I know, it’s all planned, there’s a script, it’s a MOVIE. But still. Just look at them when they hear Page begin. Look at their eyes. It’s there. This is exactly it. This is exactly what my two thousand miserable adjectives will never be able to reach.

Just look at their eyes. That’s it:  http://bit.ly/aDSxfU

L’horoscope de l’homme lion

 
L’homme lion ferait mieux de se couper la crinière. Il aurait moins chaud en été. En hiver il porterait une écharpe mauve enroulée autour du cou. Et des moufles comme tout le monde.

Sans sa crinière, l’homme lion est plus aérodynamique. Sa silhouette s’allège et il voit mieux sur les côtés. Il parle à sa voisine dans les diners en ville. Le matin, il parle à son voisin. Lui demande des nouvelles de sa femme. Le voisin surpris lui répond que sa femme va bien.
Au repas de midi, la vue ainsi dégagée, l’homme lion découvre les crudités, à côté du pâté en croûte et de l’aiguillette. Il mange une salade verte pour son transit intestinal. L’après-midi se passe dans un rêve. Le soir il va au cinéma sans déranger la salle derrière. Il voit le film jusqu’à la fin. 
Il rentre chez lui et se couche. Près de lui, la lionne sourit. Enfin débarrassée de tous ces poils qui l’empêchent de respirer, la femme lion se réjouit. Alors, elle se retourne. Elle embrasse son lion. Lui, surpris, répond à son baiser et la nuit dure jusqu’au petit matin.

Quand elle se réveille, il lui demande alors, heureuse ? Elle dit que oui. Elle dit que sans sa crinière, l’homme lion est beaucoup moins con.

L’horoscope de la femme lion

Aux mâles plaintes qui s’élèvent contre l’absence d’horoscope pour les hommes cancer le mois dernier, j’apporte une réponse en deux temps.
Dans un premier temps, je vous encourage à considérer l’ensemble des recherches et des lectures nécessaires à la rédaction d’un horoscope qui s’étend sur plus de 10 épisodes haletants : Il restait deux lecteurs au moment du dénouement.
Dans un deuxième temps, le mois d’août touche à sa fin et nous n’avons toujours pas effleuré toutes les épreuves qu’un destin tragique réserve aux natifs du lion.
Donc, que les hommes béliers relisent l’horoscope de la femme bélier. Toutes les informations sont là. Il suffira de remplacer « Prince Charles » par « Camilla ».

La femme lion commence le 23 juillet et finit le 23 août. C’est court et heureusement : tout le monde voudrait être un lion. Alors, une lionne, vous pensez bien. En été, ses longs poils en corolle tout autour de son cou indisposent le lion. Alors que la lionne pas du tout. La nuque dégagée et les narines débarrassées de tous ces poils dans le nez, la lionne se promène, lascive et indolente au milieu de tous ces lions que la crinière gêne. Ils économisent leurs pas. Ils suent. Ils passent leurs journées allongés.

La lionne en les regardant a comme un rire intérieur. Elle garde pour elle le secret du ciseau, l’existence du coiffeur.

Quatre mains

Enlever tout ce qui n’est pas nécessaire et respirer un peu.
Enlever toutes les couches inutiles et aimer ce qui reste.

Aimer tout ce qui reste, ne serait-ce que pour un zeste.
Aimer le zeste et les pépins.

Réserver le zeste et avaler les pépins.
Réserver le reste et manger dans ta main.

Sixième promenade : à pied sur mon vélo


Le vélo est un bon compagnon.
Léger, souple, agile. Géométriquement épuré : deux triangles et deux cercles suffisent à transporter une femme ou un homme dans le silence absolu. Juste le cliquetis soyeux de la roue libre au moment où la vitesse libère les pédales.

Le vélo est un ami fidèle mais pas toujours fiable : son poids varie en fonction de l’inclinaison de la pente ou de la vitesse du vent. Dans les montées où je peine, ou à plat, face au vent, ce cadre posé entre mes jambes pèse des kilos et des tonnes. Devant moi, la route enroule ses lacets. Je souffle, je transpire, je coule.
Ce vélo n’avance pas. C’est le cadre trop lourd, ou les pneus dégonflés qui se collent au goudron. Ou peut-être mes jambes. J’ai le souffle trop court dans les montées trop raides, c’est une loi physique et moi,  je n’ai pas l’esprit des lois.

Alors je m’arrête et je souffle. Je regarde les lacets de la route. Les prés et les arbres. Les nuages qui passent plus vite que moi. Les chèvres qui broutent. Je me dissipe. Je m’oublie. Mon vélo s’ennuie. D’autres cyclistes passent, arqueboutés sur leurs pédales et considèrent ce frère inférieur assis sur le bord de la route. Ils se mettent en danseuse, les pieds sur les pédales, tout droit vers le sommet. Ils ont un but. Un plan. Un temps.
Moi, je n’ai pas de plan. Je reprends mon souffle. Je regarde le ciel immobile. Je pense à un dimanche. À des chèvres qui broutent. À un arbre. À deux couvertures blanches.

Je suis un cycliste au bord de la route. 

Cinquième promenade : retrouver la nuit rouge

Huit années bissextiles sont une éternité.

Mais les mots ont ouvert une brèche qui a laissé passer les mots. Les couleurs. Les odeurs. La neige est froide et bleue, l’été une saison. Nous marchons dans le jour et c’est de la poussière. Ça, c’est de la pluie et ça sent bon. Nous reconnaissons la soif et la faim. Les glaçons dans l’eau et les bulles légères. Nous retrouvons le parfum du monde comme au début du monde et le soleil se couche, au fond du balcon.

Je promène mes mots et une saison nouvelle.
Nous marchons vers le froid qui appelle la neige,
Quand un coup de soleil vient éclater l’hiver.
Faire fondre mes flocons.
L’hiver est là et j’ai plus chaud que froid.
L’été dure tout l’hiver.
Tout le printemps.
Il faudrait éteindre ce soleil.
Baisser ces stores.
Refermer ces volets.
Ce soleil ne se couche jamais.

Huit années bissextiles depuis ce premier janvier. Un nouveau parking et c’est presque l’été. Je sors du souterrain dans le bruit de la ville. Autour de nous, des automobiles. Au bout du chemin, une porte qui s’ouvre et je reconnais

Le sol qui gronde.
Et la musique liquide
Comme une eau noire et blonde.
Les femmes que la musique enlace,
Les yeux clos ou le regard ailleurs.
Les femmes qui dansent
Tout au bout de leurs jambes
Que les talons soulignent
D’un point d’extension.
Une courbe dangereuse
Qui rejette leur tête au-dessus du vide
De leur dos suspendu.
Au milieu du cercle rouge,
Dans le rayon de lumière rouge,
Elle fait danser sa minirobe rouge.
Fait se lever un soleil blond.
Elle me fait le cadeau d’une nuit nouvelle.
Plus belle.
Plus noire.
Plus rouge.
Enfin.

Quatrième promenade : s’envoler du jour pour parler de la nuit

Les années se succèdent en années de plomb. En années de jours et plus jamais de nuits. Des années uniformes. Des jours de huit heures. Des jours de douze heures. Des jours qui se prolongent jusque tard dans la nuit.

Les jours se suivent, se ressemblent et s’assemblent. Les jours se lient sans plus jamais de nuits. Nous marchons fatigués le long des heures grises. Alignées devant moi, les semaines ont perdu leurs dimanches. Les mois ont perdu leurs saisons. Les années ont perdu leur raison. Mon regard fatigué prend le bleu de l’écran. Le bleu du ciel au-dessus des nuages, entre les continents.
Au milieu du temps suspendu, dans la fumée blanche des quatre réacteurs, des mots remontent à la surface et font un court-circuit. Alors, le personnel de cabine regagne ses sièges. Le personnel attend et les mots aussi.

Un jour de décollage, les mots s’envolent en direction du jour pour parler de la nuit.

Troisième promenade (4) : des choses qui se font aux choses qui ne se font pas

Nous ressortons luisants dans le noir.
La nuit recouvre la nouvelle année.
Au milieu de mon front, marqué au fer rouge,
Un cercle rouge et brûlant de lumière rouge.
La neige sombre glisse et brille.
Nos pas lourds se souviennent
Des couleurs que la musique allume
Au fond des dalles translucides.

Nous marchons dans la nuit, loin des heures du jour. Nous marchons encore pendant que l’aube recule. Le soleil a perdu l’est. La nuit éclate et rouge. Le jour est parti pour retrouver ce rouge.

Le jour ne suffit pas.

Nous marchons dans la nuit de l’hiver, dans les nuits de l’été. Il fait froid, chaud ou tiède. Il fait nuit partout et pendant des années. Nuit au bord de l’eau ou au bord des montagnes. Au début de l’automne, à la fin du printemps. Partout le sol qui gronde et la musique lourde, qui prend les femmes dans sa lumière rouge. Chaque soir, un nouveau jour commence.

Un jour la vie reprend la nuit. La vie reprend ses droits ses devoirs et ses billes.
Le jour revient toujours deux fois.

Alors, le jour brillant me parle et me dit que voilà.
Que la nuit est finie.
Qu’il y a des choses qui se font
Des choses qui ne se font pas. 

Troisième promenade (3) : entrer dans la lumière rouge

La porte s’ouvre et devant nous
Flotte un rai de lumière rouge
Au fond du noir absolu.
Le bruit vient du centre de la terre,
Sous vos pieds, dans votre estomac.
Votre tête mange le bruit.
Votre tête ne pourra pas
Avaler d’un seul coup tout le bruit.

Nous marchons vers la lumière rouge
Vers ce centre flou.
Vers les corps qui bougent
En équilibre
Sur les dalles translucides
Que les couleurs allument
Sous les pots de lumière rouge.

Sur la piste de danse,
La musique tombe en lingots lourds
Coule en eau noire et or.
Parfume nos veines.
Repeint notre sang
D’une nouvelle couleur rouge.

La musique s’enroule
Autour des hanches des femmes qui dansent
Les yeux clos ou perdus ailleurs,
Sur la ligne basse de lumière rouge.
La musique enlace
Leurs bras dans un geste de grâce,
Leurs talons hauts ou plats
Que les jambes terminent ou pas.
Leur profil perdu,
Leur nuque qui balance
Au-dessus du vide d’un dos suspendu

D’un seul coup je découvre
La beauté des femmes qui dansent.
Je découvre le rouge,
Le noir et les ombres dorées
Que la chaleur allume sous les paupières fardées.

J’ai seize ans et je pense
Qu’il est bien tard
J’ai seize ans et je pense
Qu’il serait temps.
Il me manque deux ans et je pense
Qu’il n’y a pas de choses qui ne se font pas.

Troisième promenade (2) : de la nuit noire au souterrain

Les premiers pas sont durs sur la neige qui craque.
Les premiers pas sont durs sous le ciel noir glacé et craquelé d’étoiles. Le froid nous découpe à la hache. À chaque pas il faut casser le froid. La route est étroite et bordée de congères. Nous marchons, le regard sur le sol, à la recherche d’un peu de gravier mélangé à la neige. Nous marchons, le regard rivé sur la ligne noire que forment les petits cailloux scintillants. La route remonte. Le froid recule. Les sapins nous regardent sous ce début de lune.

Aucun bruit. Silence majuscule.
Devant, la route se courbe. Au delà de la courbe, deux ou trois points de lumière nous aspirent vers le monde éclairé. La route est large et nous apprivoisons le froid. Rien de mystérieux, il suffit de marcher. Un pas réchauffe l’autre. Un pas réchauffe la tête et les mains qui vont avec. Nous sommes tout à fait bien dans le monde glacé. À l’aise. Les mains dans les poches. Il suffit de monter. Prendre à droite, ce chemin abrupt et surtout, ne pas tomber.
Un dernier effort, c’est la dernière pente. Le souffle court, plus jamais de foie gras. Plus jamais de Sauternes et de Bordeaux sombres, demain légumes et thé. Demain bouillon. Demain sera eau minérale.

Demain est déjà demain. Il est une heure et nous sommes dans l’escalier étroit qui sent l’essence et le parking. Sous la terre maintenant, dans un corps de béton. Nos pas résonnent. Devant nous, une large porte coulissante. L’entrée est orange. La porte s’ouvre et ce vide projette d’un seul coup tout le bruit de la fête : les éclats de rire, les exclamations plus ou moins claires en Français, en Allemand, en Italien ou en Hollandais. Les sons bruts à gorge déployée. Le hall de l’hôtel est orange et rempli de monde. La moquette est orange et parcourue de brun. La cheminée est ronde et les angles arrondis. Les garçons ressemblent aux filles qui ressemblent aux garçons.
Un panneau indique « Discothèque » avec deux flèches rouges qui pointent vers le sous-sol. Dans la cage d’escalier, la moquette orange. Au fond de l’escalier, deux hublots percent la porte. Devant la porte, le videur carré aux longues boucles brunes me regarde et me jauge. Le videur détourne la tête. Cette nuit c’est la fête. Cette nuit est déjà ce matin. Le premier matin de 78 peut-être.

Il me manque deux ans pour avoir dix-huit ans.