Au fil de Nino

Je m’appelle Nino.
Je pèse 1 kilo 900 grammes et mesure 43 centimètres.
Je suis né le 26 novembre 2008 à 9 h 07 et je me suis éteint ce jour à 10 h 55.

Au fil de Nino raconte l’histoire de Géraldine Marine et de son garçon Nino. Un journal qui ne serait pas vraiment un journal. Disons un carnet de bord écrit par un capitaine fantasque qui remplirait ses phrases d’onomatopées qu’on lit habituellement dans les bandes dessinées. Quand la porte de sa chambre d’hôpital s’ouvre, la porte parle et elle dit : « WOUFFF ». Géraldine est Belge vous comprenez. Elle vit à Bruxelles.
Un jour on lui apprend qu’elle attend un bébé. 97 jours plus tard, il y a une fuite. Le liquide dans lequel son bébé grandit, ce liquide s’échappe et c’est très dangereux. On allonge Géraldine sur le lit de la chambre 14, à l’hôpital Saint-Bidule. La vue est jolie et le programme se résume à une phrase : interdiction de se lever. Alors commence une croisière immobile sur les vagues d’un matelas rempli d’eau. WOUFF, la porte qui s’ouvre à toute heure du jour et de la nuit. Les prises de sang et les échographies. Les infirmières et les médecins. Ossi, le mari de Géraldine qui débarque avec de vrais repas. Des brassées de roses qui comptent les jours que Nino et elle passent dans la chambre 14 en attendant qu’il soit assez grand pour venir au monde. La croisière dure 113 jours. Nino arrive le 26 novembre à 9 h 07. Il repart le 26 novembre à 10 h 55.

Bien plus qu’un journal de bord, Au fil de Nino est avant tout un récit qui explique ce qui se passe entre une maman et son enfant pendant le temps d’une grossesse. Comment ils se parlent et comment ils s’aiment. Comment ils se tiennent les coudes quand les choses vont mal. Ce livre raconte également l’hôpital-bureaucratie, les horaires décalés et les prises de sang au petit matin. Mais il y a aussi l’hôpital-lieu-de-vie, le personnel qui se prend d’affection pour cette maman hors-normes. Le Dr Claire qui la suit jusqu’au matin du 26 novembre et au-delà.

Au fil de Nino est un livre en couleurs où les sages-femmes rient en remplissant d’eau un matelas.
Au fil de Nino est un livre noir et blanc où un petit garçon meurt. Ou ne meurt pas. C’est selon. Après son départ, Géraldine part en voyage avec son mari. Elle essaie de trouver son chemin. Elle installe Nino dans chaque endroit du monde.

À la fin du livre, Géraldine a 36 ans et Nino brille quelque part.

Vous retrouvez l’auteur sur son site et son livre sur amazon

Moi non plus

Je t’aime. Je t’aimais, je t’aime et je t’aimerais. I honestly love you. Miss you. Peu m’importe si tu m’aimes. Que je t’aime. Ne me quitte pas, I’m still loving you. Ti amo.  Parler d’amour. And I love her. Love me do. Hoplessly devoted to you. Amoureuse. Mourir d’aimer.

Dans le poste de télévision. A la radio. En cœur avec dix mille briquets. En voiture ou en avion.  En cage dans l’ascenseur. Au restaurant ou en boite et jusque dans les toilettes, la jupe ou le pantalon en tire-bouchon sur les chevilles. Les yeux fermés dans le noir. Les yeux ouverts en courant. Au temps des slows et de la boule à facettes. En trois dimensions avec stimulation sensorielle. A tort ou à raison. Avec mon consentement. A mon corps défendant. Tout petit déjà. Devant la porte de l’incinérateur.

En flots continus. Je t’aime. Moi non plus. Je te  quitte. Tu me manques. Quand on n’a que l’amour. Il n’y a pas d’amour heureux. Combien de coups de foudre ? De moments d’extase ? Combien de râles et de moments d’abandon ? Combien de cris de rage et de ruptures déchirantes ? Combien de fonds du trou ? Combien de menaces  et combien de suicides plus ou moins évités ? Si tu pars je me tue, si tu pars, tu éteins mon soleil, je mourrai si tu pars. Combien de nostalgies au moment où vient l’apaisement ? Combien de lunes avant que la mer efface sur le sable le pas des amants désunis. Rappelle-toi du temps où nous étions éperdument amoureux, Remember when we were crazy in love. It used to be so easy. En ce temps-là, c’était si facile, il suffisait que tu me touches pour que je m’envole, one touch and I was high. I miss the days when we were crazy in love. Je voudrais tant revivre ces jours où nous étions éperdument amoureux.

Combien de chansons d’amour, tous les jours, en comptant les années bissextiles ? Des chansons faciles ou difficiles, qui rentrent dans votre cerveau comme dans du fromage de tête ou du Parmesan. Des chansons emprisonnées pour des siècles dans votre boite crânienne. Tous ces refrains faciles ou difficiles qui s’inscrivent à l’encre indélébile sur les parois de nos mémoires. Qui nous imbibent jusqu’au fond des os. Tous ces mots qui finissent par s’installer. Former des associations. Des idées. Une certaine idée de l’amour. Une mécanique des sentiments entraînée par les lois de la physique des corps qui s’enlacent, s’envolent et finissent par retomber lourdement sur le sol.

A quoi ressemble l’amour sans les chansons d’amour ? Sans tous ces mots, ces cris, sans cette femme qui implore à genoux, sans cet homme qui désire à genoux ? Est-ce que l’amour devient plus léger ? Plus habitable ? Plus carré ? Est-ce qu’il reprend sa place tout au fond, près de la fenêtre et du radiateur ? Est-ce qu’il vire du rose au noir ? Est-ce qu’il s’évapore ? Est-ce qu’il existe encore ? A quoi ressemble l’amour sans Julio Iglesias ? Sans le chewing-gum de Julia Roberts dans Pretty Woman, le mouchoir de batiste d’Emma Bovary ? Sans l’agonie sans fin de Marguerite Gauthier en format de Poche ou à l’opéra ?

Est-ce qu’il y aurait encore des fleuristes ? Des fabricants de guimauve ? Des cœurs roses fourrés au chocolat ? Est-ce la vieille fée transformerait la robe de Cendrillon ?

Est-ce qu’on s’aimerait encore sans toutes ces chansons ?

Avec, par ordre d’apparition sur scène : Lara Fabian, Francis Cabrel, Olivia Newton-John, The Rolling Stones, Édith Piaf, Jonhny Halliday, Jacques Brel, The Scorpions, Umberto Tozzi, Ute Lemper & Art Mengo, The Beatles, Véronique Sanson, Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Yves Montand et c’est Kim Carnes qui était Crazy in Love.

Les mains propres

Deux mains inutiles.
Deux mains pour ne plus rien toucher.
Juste glisser sur la face lisse du monde,
Du côté froid du verre poli.

Deux mains pour peindre sans peinture.
Deux mains pour sculpter sans sculpture.
Deux mains qui pendent
Au bout des corps qui bandent
Penchés sur le bord des écrans.

Toute cette odeur, cette fumée et ce bruit,
Toute cette vie qui bat, c’est insupportable.
De l’autre côté du verre poli,
Le monde sent la transpiration.
Les routes sont remplies de poussière sale.
Le monde craque.
Les torrents débordent au plus mauvais moment.
Le monde crache.
Un kilo de fumée pour faire peur aux avions.

Protégés par l’épaisseur d’un écran de verre,
Les corps fatigués bandent à la mort.
Sans plus jamais transpirer.
Sans plus jamais se toucher.
Toutes leurs mains inutiles
Embrassent du vide,
Embrassent du rien.
Rien que du vide.

Plus jamais besoin
De se nettoyer les mains.

Cheese ROYAL – Les Aventuriers du Saint Trou


Une enquête troublante au pays du Gruyère par Candice Nguyen / theoneshotmi & myself.

De quoi s’agit-il exactement ? Je vais laisser la parole à Candice qui va vous expliquer. Dans cette enquête, c’est elle qui a fait les photos et elle n’est pas commode, si vous voulez mon avis. Vous comprendrez mieux quand vous aurez parcouru le compte-rendu illustré de notre voyage à Gruyèreland.

Candice, c’est à toi.

Parce que les Parisiens pensent qu’il y a des trous dans le Gruyère et qu’un incident diplomatique a presque eu lieu entre la France et la Suisse, il y a quelques mois de cela, nous avons voulu rétablir la vérité concernant ce sujet hautement sensible qu’est l’existence de trous dans le Gruyère..

Nous nous sommes donc livrés, en février dernier à une enquête de terrain on ne peut plus sérieuse doit-on le dire, mêlant approches scientifique (c’est Nicolas en blouse blanche), ethnographique (moi-même diplômée d’un Master d’Ethnologie et Sociologie Comparative s’il vous plaît du peu comme c’est pompeux) et photo-journalistique. Autant dire que d’une telle conjugaison de démarches ne peut naître que quelque chose de profondément CONSTERNANT.

Aussi, il n’y a plus grand chose à rajouter pour vous décrire cette folle épopée, si ce n’est que cela a été terriblement éprouvant.

Voici donc les RÉSULTATS DE CETTE ENQUÊTE et sa révélation finale.

Post Scriptum : la compression des images est affreuse mais quand je serai grande, j’apprendrai des trucs de PAO et de machin chouette bidule.
Photographies © Candice Nguyen www.theoneshotmi.com  / texte © Nicolas Esse www.nicolasesse.com

Sur la face nord de Paris

Il y a « Pris » dans Paris.
Dans Paris il y a « Pars ! »
Il y a « Parti » dans Paris.
Parti-pas-pris.
Paris sans laisser d’adresse.

Dans Paris il y a la mer,
Les pavés qu’on arrache à la terre,
Et des automobiles.
Des automobiles
Qui roulent sur les bords du crépuscule,
Le long des routes parallèles.

Paris allongée sur les draps
D’un lit défait.
Paris prise dans la résille
Des pots d’échappement
Que les voitures exhalent
Pour voiler la couleur de l’été.

Le métro passe et les murs tremblent,
Deux orages dans l’air
Les gouttes sifflent sur les rails brûlants.
Ça sent le fer, ça sent la mer.
Ça sent le couscous et la bière.
Toutes les odeurs du monde
Se rejoignent ici,
Entre le ciel gris et la terre,
Sur cette face nord de Paris.

Il y a « Partie » dans Paris.
Allongée sur le dos,
Je reste.

En attendant la nuit.

Ceci n’est pas un anniversaire

Douze mois ne font pas une année
Douze mois font un siècle ou une éternité
Douze mois sont nés hier
Douze mois sont encore aujourd’hui

Quatre saisons emmêlées
La neige tombe en été
Le printemps tombe en hiver
Je tombe sur le verglas du joli mois de mai.

Douze mois depuis le retour de l’été.
Ceci n’est pas un anniversaire.

Pomme de terre

A l’opposé de la pomme qui grandit sur l’arbre, la pomme de terre grandit sous l’arbre.

Voici un légume introverti, de forme plus ou moins allongée et de surface plus ou moins cabossée. Une structure minimale : au milieu, la chair et tout autour, la peau.  Je vais vous dire, la pomme de terre, c’est le dépouillement, l’épure, la forme qui ventouse la fonction. Aucun chichi. Que de l’essentiel.

Un coup de pioche et elle se retrouve dans votre casserole. Plongée dans l’eau, la pomme de terre cuit un point c’est tout. Quand elle est cuite, elle se mange et voilà tout. Le reste, c’est de la littérature. Toutes ces préparations, ces mises scènes sophistiquées ne sont rien d’autre qu’un épiphénomène. Que l’une des multiples manifestations de la perplexité de l’âme humaine, de son angoisse lorsque arrive l’heure du repas du soir, que le frigo est vide et les enfants affamés. Face au vide et aux invites lascives de la restauration rapide, l’âme humaine décide que ce soir, ce sera purée, à cause des vitamines ou de ce que vous voudrez.
La pomme de terre se laisse faire et c’est là son moindre défaut.

Pour le conditionnement, la pomme de terre se fait en sac. Souvent plastique. Souvent transparent. Là encore l’âme humaine vient mettre son grain de sel et précise que la pomme de terre est ferme ou alors pas trop ferme ou alors carrément farineuse ce qui favorise la formation de purée, voir plus haut.
Sur le plastique, je lis donc : Pommes de terre. Farineuses – pour purée, gnocchi, gratin. Ça, c’est le mode d’emploi.

Sur la face arrière du sac, je lis, en lettres capitales : COMPOSITION : POMMES DE TERRE.

Et là, je crois bien que je vais passer l’âme humaine au presse-purée pour en faire de la pâtée Ronron. Apprenez donc que la pomme de terre est composée à 100% de pommes de terre. Rien d’autre. Rien que de la vraie bonne pomme de terre. Aucune trace de Gruyère ou de chocolat. Aucun colorant. La pomme de terre se compose de pomme de terre. Exclusivement.

Mais enfin qu’est-ce qui se passe ? Est-ce que l’âme humaine a bu ou fumé la moquette ? Est-ce que le fabricant du sac veut se protéger contre une plainte en nom collectif déposée aux noms des gens qui mangent des pommes de terre en pensant que ce sont des sardines ? Est-ce pour prévenir les effets du cancer de la pomme de terre ? Est-ce que la pomme de terre va se retourner contre nous ? Aux armes citoyens ! Tapie en rangs serrés, dans l’ombre de nos sillons, la pomme de terre fomente sa révolution.

En face du frigo, j’ai des envies de batte de baseball. Mon sac de pommes de terre à la main, je pense qu’il me faut du lait, pour la purée. Pour la purée, il faut du lait. Du lait blanc. Du lait livré en bouteilles. Du lait qui coule, en quelque sorte.

Sur la bouteille, je lis en lettres capitales : LAIT.
Et un peu plus bas : CONTIENT DU LAIT.

Ninety-nine friends

Ninety-nine friends
Is this last friend before one hundred?
Or one friend too many?
Ninety-nine friends.
Countdown to one hundred
But still,
Ninety-nine friends.
One more to go

Will you Poke me?
Will you Like me all the time?
I need one more friend to love me,
Just one more friend and I’m the queen.
One more friend and I can close
My perfect circle of love.

I feel warmth and happiness.
I feel love pouring down the line.
Ninety-nine avatars
Framed in their colored squares.
Ninety-nine lies
One more to go.
One more lover
To make it one hundred liars.

Will you Poke me?
Will you Like me all the time?
I need one more friend to love me,
Just one more friend and I’m the queen.
One more friend and I can close
My perfect circle of love.

Le papier torché

Entre le pouce et l’index, le contact rugueux du papier jauni : les pages des vieux Folio ont un grain épais qui ressemble à ces feuilles de papier buvard qu’on pliait en deux au temps des encriers.

Buvard, quel beau nom de papier ! Le papier qui boit ! Le papier ivre à force de gober les taches d’encre bleu de Prusse ou indigo.  Le papier torché. Qui finit par voir double, triple, imprime tout à l’envers, tête-bêche, sens dessus dessous, sans queue ni tête. Ce papier boit jusqu’à l’engorgement, messieurs-dames et ce n’est pas beau. Il passe du blanc au bleu, pour finir entièrement noir, entièrement poivre. Complètement cuit, si vous préférez.

Le buvard boit de l’encre noire, bleue ou rouge. Qu’importe l’encrier et qu’importe la plume. Le buvard buvait tout, même l’empreinte floue de mon index maculé par le bec de plume. Il fallait remettre de l’encre dans les encriers, de l’encre Pelikan bleu nuit. Il fallait passer la poussière ou nettoyer le tableau imbibé de l’odeur sèche de la craie. Dans le cartable, un plumier, des cahiers aux lignes italiques. Dans le cartable, l’eau descendue de la montagne qui ruisselle sur le sol brûlé des vignes en été.
Dans le cartable, un livre orange comme une promesse « Bien lire et aimer lire. »  

Aimer lire, c’est ce qui reste à la fin de tous les étés. 

Peut-être que

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez blonde,
Pas encore assez rouge,
Pour te saisir du bout des doigts,
Te soulever du bout des ongles,
Et te faire danser pour moi.

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez noire,
Pour te saisir entre mes lèvres,
Planter mes dents dans ta chair rouge,
Et te faire crever sous moi.

Je suis ce que je ne suis pas.
Blonde et rouge sur talons rouges
Ou noire et noire, de haut en bas.
Je serai toutes les femmes
Quand tu me regarderas.

Peut-être que
Je
Ne suis encore pas assez longue,
Pour m’enrouler autour de toi.
Te glisser dans mon nœud coulant
Et t’étouffer dans mes bras.

Peut-être que
Tu
Préfères les mains de ta guitare,
Son corps tiède collé contre toi,
Ses hanches rondes dans ta chair rouge,
Six cordes pour te lécher les doigts.

Je suis ce que je ne suis pas.
Blonde et rouge sur talons rouges
Ou noire et noire, de haut en bas.
Je suis toutes les femmes
Quand tu ne me regardes pas