Une pierre qui ne roule jamais

Tu entends cette chanson pour la millième fois et tu chiales. Tu te dis qu’avant de mourir, tu aimerais que quelqu’un puisse appuyer sur le bouton PLAY et toi tu partirais, un casque sur les oreilles et le volume à fond.
Tu n’as jamais aimé les reprises. Les redites. Les violons qu’on ajoute pour faire un joli bruit.

There’s a lady who’s sure all that glitters is gold, and she’s buying a stairway to heaven.
Il y a une femme qui est sûre que tout ce qui brille c’est de l’or, et elle achète un escalier pour le paradis.

Assis dans  leur loge, Robert Plant, Jimmy Page et John Paul Jones, qui ont écrit ces mots et ces notes il y a plus de quarante ans, joué cette chanson jusqu’à la nausée, en trois, dix, ou trente minutes, dans tous les pays du monde. Ils ont épuisé, essoré ces notes jusqu’à la corde. Il n’y a plus rien à en dire, un peu trop longue, un peu trop épique, la voix de Robert Plant si haute, si rauque, s’est assagie avec le temps et ne fréquente plus ces hurlements. Et là, au premier rang, devant le président Obama venu distribuer des médailles, les trois vieux musiciens écoutent pour la millionième fois cette introduction de guitare et ont un sourire poli.

Pourtant, il se passe quelque chose après quelques secondes. Il y a une intensité nouvelle, un autre son, un mouvement; cette femme devant la scène et le chœur à l’arrière prennent le mors aux dents et se mettent à grimper aux rideaux de l’escalier qui mène au paradis. Avec eux, les autres musiciens décollent, s’envolent, ils s’envoient en l’air et là, un peu interloqués, les trois membres survivants de Led Zepplin se font proprement soulever par leur propre musique. Ils ont l’air étonné, échangent un sourire gêné, ils sont en public et ils essaient de cacher cette émotion qui naît de ces notes qu’ils connaissent par cœur, à l’envers, à l’endroit et de haut en bas. Alors, ils ferment les yeux, battent la mesure, on voit bien que Robert Plant, le vieux monsieur aux cheveux gris-blonds bouclés, est peu à peu happé par ses propres paroles, par sa propre voix incarnée par cette femme qui est à l’opposé de son personnage de l’époque, androgyne et blond, aux fesses et au sexe moulés dans un jean enfilé au démonte-pneu. Cette femme ample et puissante qui le tient du bout de sa voix, qui l’aspire vers la scène, le garde au bout de son fil tendu jusqu’à cette note rageuse qu’elle envoie après cinq minutes, plein pot, brute, to be a rock and never roll, cette note que lui Plant, quarante ans plus tard ne peut plus aller chercher, ce hurlement qu’elle lui retourne en pleine poire, intact et épuré. Alors, Plant est cueilli par son cri, il a comme un hoquet, quelque chose qu’il essaie de réprimer, mais la vague l’emporte et une larme jaillit, incongrue, au milieu des smokings et des têtes grisonnantes qui battent aussi la mesure en cadence.

The tune will come to you at last.
À la fin, la chanson viendra à toi.

Stairway To Heaven, Kennedy Center 2012

La somme de tout ce que nous sommes

Les mots coulent, dégoulinent, font des rivières et des lacs. Les mots tombent en pluie d’orage ou en bruine, sprayés sur nos visages par le trou de souris d’un brumisateur.

Les mots repeignent les corps de peaux de toutes les couleurs.

Les mots et les idées, le ciel et les immeubles, les cailloux et l’été, le bruit étouffé des pots d’échappement, le passage du feu à l’orange, les images dans tous les écrans. Les cris. Le son du violoncelle. Le bruit des bottes et les explosions. L’absence de l’hiver.  Le vent. L’empreinte d’une autre main. Les gens qui nous parlent de l’intérieur. Les rêves qui nous hantent,  les châteaux en Espagne, les souvenirs qu’on étend et qui ne sécheront jamais.

Le grain rugueux du quotidien, contre notre peau comme un gant de crin qui frotte, gratte, ponce, enlève une couche de peau blanche que le ciel  repeint de bleu ou zèbre d’éclairs brillants.
Toute l’eau du monde qui nous lave à grande eau, à grands coups de Javel, notre chair à vif, nos nerfs à vif, nos entrailles ouvertes, exposées à tous vents. Tout le soleil du monde qui réchauffe les lambeaux de nos chairs provisoires et assemblées par hasard.

Tout ce qui n’est pas nous et fait la somme de tout ce que nous sommes.

Juillet en décembre

Devant moi l’eau turquoise

et les vagues qui surfent l’horizon glacis de noir, oultremer, vert de glace et vert de gris. L’océan ondule et déroule ses anneaux, son dos souple parcouru de frissons, son dos se creuse jusqu’au fond de la croupe, son dos se soulève; l’océan, c’est le ciel couché sur le ventre et les vagues qui le traversent le miroir de l’écume des nuages.

C’est un jour bleu et blanc de l’autre côté de la terre. Ici, il est midi en décembre et le soleil accroché dans le ciel est bloqué sur juillet. Dans le vent du large qui remonte vers la plage, il y a l’odeur chaude du sable séché, des bouffées de tabac blond et d’ambres solaires qui vont de la noix de coco au parfum de framboise. Les corps brillants, de toutes les couleurs, tombants, tendus, étendus, dressés vers le ciel au point de chute de la courbe d’un ballon. La ligne claire et croisée qui délimite le pourtour de quatre paires d’abdominaux : il suffit de deux mains pour faire le tour de cette taille; pour celle-là, deux bras ne suffiront pas. Les baseball caps côtoient les cowboys hats sous le regard impassible des mouettes qui planent en vol stationnaire.

L’humanité éphémère passe, vêtue de strings et d’ambre solaire. L’humanité bronzée, rôtie, pâle, en lunettes de soleil, arrosée de bière et de décibels, dans le froissement éternel des vagues que l’océan indifférent continue d’étendre sur les longs fils du vent.

La vie qui s’endort

Peut-être que la vieillesse commence à la seconde où meurt l’émerveillement. Il y a peut-être dans notre cerveau une carte mère qui lit tous les contours du monde, chaque détail, chaque lumière, chaque pli orange des nuages; un processeur chargé d’analyser en continu toutes les nouvelles données du monde, d’en faire le tri, de les stocker pour les ressortir plus tard, en d’autres circonstances et en d’autres lieux pour amortir le choc de l’inconnu; pour se rassurer; pour ne pas perdre l’équilibre et rester debout trop droit dans ses bottes.

Peut-être que l’immense voile de nos expériences passées finit par estomper les contours trop nets de tous les nouveaux paysages et par défléchir les directs du droit de la beauté du monde. Peut-être que c’est l’estomac qui a trop pris de coups ou peut-être que la tête a atteint son quota d’images neuves, de sons jamais entendus ou de parfums jamais sentis. Peut-être que la mémoire se remplit au fil des années pour atteindre les limites de sa capacité de stockage à un instant T.

Mémoire pleine.

Plus moyen de revenir en arrière et d’effacer la playlist infinie des chansons débiles qui encombrent inutilement l’espace. Les photos de vacances ratées. Les profils de personnes dont on a oublié le nom et qui croupissent là depuis des années. Il n’y a plus d’espace disponible sur le disque dur. Tout ce qui viendra ensuite sera automatiquement effacé : même Mozart ou Hendrix ressuscités ne pourront plus provoquer le moindre frisson, la moindre chair de poule; faire que tout à coup on ferme les yeux, on s’envole et on découvre émerveillé le son de la musique d’un ange noir ou blond.

Peut-être qu’on est vieux le jour où on en a trop vu et que se superposent entre l’œil et les mouvements du monde trop de couches de déjà-vu : à chaque nouveau paysage répond un autre paysage et dans chaque nouveau visage affleurent les traces de mille autres visages. Un jour, le monde usé jusqu’à la corde cesse de produire de nouvelles images.

Un jour, le cœur fatigué ne produit plus qu’une série de battements réguliers.
Le cœur élastique se fige en un cœur mécanique qui bat la mesure triste de la vie qui s’endort en attendant la mort.

Le regard des gens qu’on casse de l’intérieur

Les yeux sont faits pour regarder, rire, pleurer, sentir la pluie qui tombe et le soleil en été. Les yeux bleus, verts ou gris et toutes les autres couleurs qui brillent lorsqu’il fait nuit.
Les yeux humides et remplis de nuages, d’aubes orange et mauves, piqués d’étoiles de givre suspendues dans l’air gelé.

Les yeux tristes ou gais.
Les yeux noirs de colère.
Les yeux. Amoureux.

Les yeux brisés.

Le regard atone, inerte et figé sur rien.
Quelle que soit l’heure et quel que soit l’endroit. Qu’il fasse chaud ou qu’il fasse froid. Aujourd’hui, demain et tous les autres jours, leurs yeux éteints fixent le fond d’une crevasse longue et noire que la mort a tracée sur la face claire de la vie.

Marylin dans une moitié de robe


Director John HUSTON and Marilyn MONROE during the filming of « The Misfits »
Le réalisateur John Huston et Marylin Monroe sur le tournage des « Désaxés »

Sur la fiche technique de l’agence Magnum, la légende indique que  la photo a été prise en 1960 par Bruce Davidson, Reno, Nevada, USA. Pour faciliter les recherches des internautes, l’image a été taguée avec les termes : Cowboy hat, Dress, Exterior, Film shoot, Man 45 to 60 years, Monroe Marilyn, Seated, White people, Woman 25 to 25 years. Ce qui veut dire que si, dans le moteur de recherches, on entre les mots-clés : chapeau de cowboy, robe, extérieur, tournage de film, homme de 45 à 60 ans, Monroe Marylin, assis, personnes de race blanche, femme de 25 à 45 ans, on arrive sur cette image en noir et blanc où John Huston porte un chapeau de cowboy et Marylin Monroe a 34 ans.

Au premier plan, à droite, un coude bronzé émerge de la manche d’une chemise blanche. Ce coude ressemble à celui d’Arthur Miller, l’écrivain qui a écrit le scénario et qui a peut-être déjà rencontré Inge Morath, une autre photographe de l’agence Magnum, venue en reportage sur le tournage du film. En 1960, Miller est encore l’époux de Marylin Monroe. En 1961, ce sera le divorce. En 1962, Ruth remplacera Marylin sur les registres de l’état-civil.

À l’arrière-plan, à gauche, une main noueuse et remplie de veines fait ressortir le cylindre blanc d’une cigarette.

Deux hommes, de part et d’autre de l’image. Deux hommes debout et coupés au milieu du tronc.  D’un côté, Arthur Miller qui note à la hâte sur son carnet le nom d’Inge Morath. De l’autre, les abdominaux vieillissants de Clark Gable peut-être, avec, dans sa main droite une cigarette qui attend une allumette. Un peu plus loin, un gobelet de café.

Boire ou fumer.

Le troisième homme est assis sur le deck.  John Huston, sa tête allongée sous un chapeau de cowboy, un peu surpris et à-demi amusé, lève les yeux vers l’objectif pour l’interroger : qu’est-ce que tu veux de moi ? Est-ce que tu devrais être là ? Peut-être que ce n’est pas le moment. Je suis assis par terre et ce chapeau, je ne sais pas, ce chapeau est trop lisse et trop blanc. On dirait un chapeau de femme et moi je suis le réalisateur à tête d’Indien. Le désert a brûlé mon visage et j’ai l’air d’être dur. J’ai l’air d’avoir vécu. Alors, je me demande si ce chapeau ne va pas faire tache dans le reportage. Bruce, tu nous ennuies, arrête avec tes photos.

Bruce, dans son viseur voit une composition. Deux colonnes mâles, noueuses et indifférentes qui encadrent une forme claire, la frôlent sans jamais la toucher, sans jamais la regarder. Sous les cheveux platine, on dirait deux paires de jambes qui s’accrochent aux plis d’une robe blanche remplie de cerises qu’on ne trouve jamais en été.

Trois hommes verticaux et projetés vers le monde. Au milieu, dans une moitié de robe, une femme, le regard enfoncé dans le sol. Marylin, toujours à distance et toujours à portée de mains.

Marylin pliée en deux, prise dans l’étau des hommes qui l’enserrent à jamais sans jamais la toucher.

Pour revenir il faut partir

Partir des mois ou des années, loin ou près, peu importent les kilomètres, partir ailleurs, sous un autre ciel, dans une autre seconde. Changer de terre et de lumière. Changer de ciel. Regarder d’autres corps et d’autres visages. Il suffit d’un lac ou d’une vallée, de la route qui s’arrête au bas d’un immeuble et d’un nom manuscrit collé à la hâte sur la face d’une boîte à lettre. Il y a du courrier. Des factures et de la publicité. Le journal. Des paquets. Des emballages brillants pour l’anniversaire des enfants. Les rappels. Le papier qui déborde au retour des vacances. Et un jour, collée à la hâte sur le front sale de la plaque métallique, une étiquette indique une nouvelle adresse.

Partir encore un peu plus loin, juste quelques mètres ou quelques kilomètres, regarder le ciel d’une autre fenêtre. Survoler des étendues de nuages, des océans métalliques et des bandes de terre en damier. Se réveiller d’un seul coup de l’autre côté du monde avec devant les yeux l’image fixe des vignes rousses suspendues aux balcons des montagnes. Le ciel trop bleu des jours de foehn. Et le raisin rouge et chaud qui colle entre les doigts, un jour de vendange.

Un jour d’été oublié au milieu de l’automne, gravir les escaliers taillés dans les murs de pierre sèche, la chaleur de l’ardoise plate et grise qui craque sous mes pas. Le soleil hors-saison et le sentier qui monte, le long des lignes parallèles.

Je peux marcher les yeux fermés.
Ici, je sais d’où je suis parti.

Améliorer Rothko

Ce 8 octobre 2012, Vladimir Unmanets entre dans la Tate Gallery de Londres.

Il s’approche d’une toile de Rothko, « Orange, Red, Yellow ». À droite, en bas du tableau, il inscrit en Anglais et au feutre dégoulinant :  » Vladimir a potential piece of yellowism. » Ce qu’on pourrait traduire par : « Vladimir une pièce potentielle de jaunisme. » Pardonnez l’inélégance de la traduction littérale, je ne vais pas consacrer une seconde de mon temps à ciseler les contours d’un étron.

Une fois, à Londres, j’ai longtemps regardé le tableau en question et quand je vois la trace immonde laissé par ce pantin triste et soi-disant jaunissant, j’ai les mains moites et un long filet de sueur froide me coule dans le dos.

Mais là où nous passons de la connerie ordinaire à la connerie de compétition, c’est lorsque Vladimir se fend d’une explication. Vladimir est un être pensant. Il se prend la tête dans les mains. Il réfléchit. Il a un message qu’il délivre en ces termes : « Je crois en ce que je fais et je veux que les gens commencent à en parler. C’était comme une sorte de plateforme. Je n’ai pas diminué la valeur de l’œuvre, je n’ai pas détruit ce tableau, j’ai mis quelque chose de nouveau. »

Vladimir, mon garçon – tu permets que je te tutoie – Vladimir, mon gros lapin en chocolat, il faut que je te dise, je crois qu’il y a quelque chose de pourri dans ton esprit troublé et, ce qui me chagrine, je crois que tu n’es pas tout seul à clapoter dans les eaux croupies du jaunisme. La fièvre jaune s’étend sur le monde et aucun vaccin ne semble en mesure d’enrayer cette pandémie qui se manifeste sous deux formes bien connues qu’on peut retrouver dans certaines galeries d’art contemporain : le caca et le crachat.

Le caca peut être déposé sur n’importe quel support par un derrière inspiré. Là où le geste prend toute sa dimension artistique, c’est dans l’intention, dans le mouvement du derrière qui imprime au caca une trajectoire suspendue que le trou percé dans la cuvette des WC fige et avale, au grand ébaudissement du monde des vivants.

Le crachat ne se dépose pas, il se projette. Il s’élance, aérien et imprévu, porté par des vents changeants. Il vole, il s’allonge et se déploie. Il prend une forme fuselée pour mieux pénétrer ce goulet d’air fluide qui voudrait l’étrangler. Lorsque finalement il rencontre la surface dure du monde, le crachat s’écrase en mille étoiles de salive et là, c’est le monde qui est ébaubi.

Mais comme le monde n’est pas parfait, il arrive parfois qu’un vent contraire et contrariant interrompe l’élan tendu du crachat et le retourne en plein dans le groin de l’expéditeur.

Cher Vladimir, mon gros minou en sucre, c’est toute la grâce que je te souhaite.

Sur le même thème, beaucoup mieux dit et en musique : In the Gallery, Dire Straits, traduction française. Juste en dessous ou http://wp.me/plN4f-1A4

Dans la Galerie


Harry fit un cavalier fier et libre, monté sur un cheval à cru.
Et pour la NCB, un mineur de charbon qui était à la fois
Un ange tombé du ciel et Jésus sur la croix.
Une ballerine qui patine, il fallait la voir sur la glace, qui dansait la valse.

Il y a des gens qui n’ont pas d’autre choix que peindre et dessiner
Harry devait tailler la pierre, modeler la terre glaise
Exactement comme les vagues doivent aller vers la plage
C’était inscrit dans son sang et sur ses os.
Ignoré de tous les artistes trendy à Londres ou à Leeds
Il aurait tout aussi bien pu fabriquer des jouets ou des chapelets
Mais il ne pouvait pas entrer.
Dans la galerie.

En même temps, vous avez un artiste qui dit qu’il refuse de peindre
Il prend une toile blanche qu’il colle au mur
Suivi par tous ses amis artistes, tous pareils, tous faux, tous bidons
Pendant que les marchands se réunissent
Et ils élisent celui qui sera primé
Celui qui pourra entrer.
Dans la galerie

Il refusait de mentir et de se compromettre
Pas de merde, pas de bouts de ficelle
Et tous les autres mensonges subventionnés
Qui ne veulent juste rien dire.
Je dois dire qu’il est mort sans jamais sortir de l’obscurité.
Et maintenant tous les vautours descendent de l’arbre
Pour l’exposer.
Dans la galerie.

Dire Straits, In the Gallery, 1978
http://www.youtube.com/watch?v=XEl7devfqdc

Voitures à vendre

Voitures brillantes que personne n’achètera jamais.
Des voitures alignées à l’infini des parkings de fortune pendant que les chaînes de montages ne peuvent plus s’arrêter. Des voitures neuves et entièrement équipées. Sans aucun apport ni  conditions de reprise. À zéro pour cent. À partir de 159 Euros par mois. Avec une prime à la casse, pour faire de la place.

Mais voilà, ici, les conducteurs ont déjà deux voitures et seulement un derrière. Alors, pour sauvegarder l’industrie automobile, il faut sans tarder greffer une deuxième paire de fesses sur chaque postérieur.

Deux paires de fesses par conducteur : voilà qui aurait de l’allure pour faire tourner les voitures. À la bourse de New York, les fabricants de fesses feraient flamber l’indice. Les designers s’empareraient de l’affaire. Pour mieux s’adapter aux formes automobiles, on aurait la fesse ergonomique, la fesse molle ou ferme, grasse ou étique, comme un coup de trique. Et pour égayer nos postérieurs, l’industrie du textile proposerait un grand choix de couleurs et des imprimés à fleurs. On aurait la fesse printanière ou la fesse automne-hiver.

Frères et sœurs bipèdes encore pour un temps, en vérité je vous le dis, songez dès à présent à assurer vos arrières.
Désinfectez vos postérieurs.
Achetez une troisième voiture.
Vendez vos manoirs et vos actions.

Investissez dans la jupe ou dans le pantalon.